Au procès des amants diaboliques, l'accusé témoigne : "J’étais incapable de divorcer"

Au procès des amants diaboliques, l'accusé témoigne : "J’étais incapable de divorcer"

COMPTE-RENDU DE PROCES - Aux assises de Nantes, le procès des amants diaboliques se poursuit. En ce deuxième jour d’audience, c’est la personnalité de Didier Barbot qui est examinée. Celui qui dans sa vie a connu deux femmes a fini, le 16 mars 2013, par en tuer une.

Il a les épaules un peu voûtées, les mains croisées devant lui. En ce deuxième jour du procès des amants diaboliques, aux assises de Nantes, c’est au tour de Didier Barbot de se dévoiler à la cour. Accusé de l’assassinat de son épouse Anne avec la complicité de sa maîtresse, il porte son éternel pull à rayures, semblable à celui qu’il arborait dans les coupures de presse, en 2013, lorsqu'il menait tambour battant les recherches de sa femme dans les campagnes de Loire-Atlantique. C’était avant qu’il n’avoue son crime, huit mois plus tard, en garde à vue. C’était dans une autre vie.

Petit dernier d’une fratrie qui compte déjà deux filles, celui qui se décrit comme "le clown de service" au sein de sa famille ne se sépare plus aujourd’hui d’un mouchoir en tissu pour essuyer ses larmes. A plusieurs reprises, face à la cour, l'agriculteur, qui a repris l'exploitation de ses parents, ne cesse de sangloter. A propos de ses difficultés à concevoir un enfant avec Anne – rencontrée au début des années 90 dans un bal disco –, des multiples fécondations in vitro qui échouent. De cet accouchement tragique au cours duquel son épouse donne naissance à Félicie, qui décèdera quelques heures plus tard. "Ils ont essayé de réanimer notre petite fille mais… ils n’ont pas réussi. Le soir-même, j’ai rapporté au magasin le landau et le berceau. On pouvait pas garder ça."

EN SAVOIR + >> Assassinat d'Anne Barbot : les amants diaboliques jugés à Nantes

De nombreux fantômes

Un deuil qu’il partage avec Stéphanie Livet, sa maîtresse, co-accusée dans cette affaire. En 2012, elle aussi vient de perdre sa fille de 10 ans, emportée par une maladie du cœur. Elle non plus ne semble jamais pouvoir s’en relever. Alors, au-dessus du box planent, depuis l’ouverture du procès, les souvenirs omniprésents de ces deux fillettes décédées. Des enfants désirés plus que tout, injustement arrachés à leurs parents et dont les prénoms, Morgane et Félicie, reviennent inlassablement dans les débats.

"J'étais incapable de divorcer"

Et le fantôme d'Anne, dans tout ça ? C’est en tout cas la question que pose la présidente. Cette fois, les larmes ont disparu. Didier Barbot répond, au présent. "Anne, je l’aime". Avant de se reprendre et d'invoquer l’imparfait : "Je l’aimais. Mais j’étais rendu au bout du rouleau. Je mentais à Anne tous les jours, quasiment." Et dans la famille Barbot, comme dans la famille d'Anne, on ne divorce pas. Ça ne se fait pas. "Quand on est marié, on est marié. J’étais incapable de divorcer." Et voilà qu'un beau jour, Stéphanie Livet tombe enceinte. Et qu'elle annonce, définitive, à Didier : "Il est de toi". Le petit Noah, en vérité, n’est pas le fils de l'accusé. Un test a prouvé que c'est le mari de Stéphanie est le père de l'enfant. Mais à l’époque, Didier Barbot l’ignore encore.

Il reprend, abattu, mais la voix toujours calme : "J’étais amoureux de deux femmes. J’en trahissais une." La présidente lâche alors la question ultime, provocante, mais qui pourrait cacher la clef de l’affaire : "Pourquoi vous en prendre à Anne... et pas à Stéphanie?" L'accusé de répondre, très vite, comme si la phrase lui brûlait les lèvres : "Parce qu’il y avait Noah, peut-être". Il confessera plus tard : "Quand j'ai appris qu'il n'était pas de moi, je suis devenu fou."

EN SAVOIR +
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