Avec Ali, réfugié syrien : "Le cauchemar recommence"

Avec Ali, réfugié syrien : "Le cauchemar recommence"

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RENCONTRE - Ali Tarabein, 37 ans, était arrivé en France le 9 septembre dernier, parmi les premiers contingents de réfugiés en provenance d'Allemagne. Metronews, qui le rencontre régulièrement, est retourné le voir pour recueillir ses sentiments après les attentats de Paris. Il redoute les amalgames et craint plus que jamais pour la sécurité de sa famille restée en Syrie.

Lundi après-midi, Ali s'est rendu avec un ami à Paris pour déposer des fleurs et allumer une bougie sur les lieux visés par les attentats. Il avait auparavant observé, comme partout en France à midi, une minute de silence avec les autres réfugiés du centre d'hébergement de l'île de loisirs de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise). Tous ont ensuite déployé sur un mur du centre une banderole "Pray for Paris" en hommage aux victimes. "C'est terrible ce qui s'est passé, soupire le jeune homme originaire de Damas, attablé mardi matin dans un café proche de la préfecture de Cergy. Je sais ce que les Français ressentent, je l'ai vécu en Syrie : lorsque deux de mes cousins et des voisins ont été tués sous mes yeux par une bombe, j'étais fou". Pour Ali, c'est "le cauchemar qui recommence" : "Si j'ai quitté mon pays, c'est à cause d'Assad et des terroristes !"

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Aujourd'hui Ali, comme beaucoup de ses compagnons d'exil, redoute un retour de bâton alors que, déjà, les anti-réfugiés pointent la responsabilité de leur afflux en Europe dans ces attentats : l'un des kamikazes du Stade France, dont le corps a été retrouvé avec un passeport syrien à proximité, aurait emprunté la route des Balkans, la principale voie des migrants. "J'ai confiance dans le gouvernement français, mais je ne sais pas trop comment peut réagir une partie de la population, celle qui ne veut pas de nous de toute façon", s'inquiète Ali, qui ne "croi(t) pas à l'histoire du passeport syrien", "un faux ( c'est effectivement très probablement le cas, ndlr ) déposé là pour accuser les migrants". Et qui balaie d'un revers de main, et en quelques mots d'anglais, tout amalgame qui pourrait être fait entre eux et les terroristes : "It's not our business !". "D'autres pays d'Europe comme l'Allemagne ont accueilli beaucoup plus de réfugiés que la France, et ils n'ont par pour autant connu d'attentat, argumente-t-il, soulignant par ailleurs que beaucoup des combattants de Daech dans son pays "ne sont pas Syriens mais Européens, et même Français".

"Tout ce que je veux, c'est vivre en paix"

La femme d'Ali, restée à Damas avec leurs trois jeunes enfants, l'appelle chaque jour depuis les attentats. "Elle s'inquiète pour moi, mais moi je m'inquiète encore plus pour eux, lâche-t-il en rehaussant ses lunettes, qu'il porte depuis qu'on lui a récemment détecté des problèmes de vue lors d'une visite médicale. C'est déjà le chaos en Syrie mais je crains qu'ils ne soient encore plus en danger après ces attaques à Paris : à toute action, il y a une réaction". Le jeune homme, qui devrait bientôt obtenir sa carte de séjour définitive, veut donc plus que jamais faire venir sa famille. "Mais pour les accueillir, il me faut un appartement avec au moins d'eux chambres . Or, comme je suis en célibataire ici, on me dit que je dois habiter avec d'autres personnes pour pouvoir disposer d'un logement. C'est insoluble !"

Celui qui travaillait dans le commerce de produits agricoles en Syrie se dit prêt à aller habiter partout en France, "tant que c'est à côté d'une grande ville, pour pouvoir trouver un job". A Damas, j'avais mon bureau, ma ferme, mon magasin, mon appartement, trois voitures... Je ne demande pas tout cela, mais simplement qu'on m'aide, et vous verrez ce que je peux faire !", implore-t-il. Avant de conclure : "Je suis Syrien, aujourd'hui réfugié en France, et tout ce que je veux, c'est vivre en paix". Le jeune homme nous quitte, il doit se rendre à l'université de Cergy où il suit désormais, trois après-midi par semaine, des cours de français. La vie suit son cours, en attendant des jours meilleurs.

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