Colère des policiers : ont-ils le droit de manifester ?

ECLAIRAGE - Depuis ces derniers jours, on assiste à des manifestations nocturnes d'agents des forces de l'ordre en colère, en tenue et toutes sirènes hurlantes. Une mise en scène qui leur a valu un rappel à l'ordre de Bernard Cazeneuve, leur ministre. Pourquoi ? À quelles sanctions se sont-ils exposés ?

Premièrement, la règle est simple pour la grève.  La loi l'interdit aux policiers et aux gendarmes. Mais pour les "manifestations", les règles sont moins claires. Selon leur code de déontologie, ils ne peuvent pas, lorsqu’ils sont en fonction, exprimer ou manifester leurs opinions politiques.  En fait, les policiers ne peuvent manifester que lorsqu’ils ne sont pas en service, et lorsqu’ils ont en fait une demande préalable à la préfecture. 


En conséquence, tout le problème, par exemple le week-end dernier, c’est que beaucoup de policiers sont venus manifester sur les Champs-Elysées  pendant leurs heures de service, avec leurs armes, avec des voitures de police et, qui plus est, avec gyrophares allumés.  Tout cela est bien sûr totalement interdit.  C’est pour ça que Bernard Cazeneuve a saisi l’IGPN, la police des polices, pour lancer une enquête.


Bien sûr ces manifs spontanées sont impressionnantes et traduisent un ras-le-bol de beaucoup de policiers. Mais contrairement à ce qu'on l’entend ici ou là, elles ne sont pas inédites. 

Des flics dans la rue, c'est déjà arrivé

En avril 2012, avant la présidentielle, de nombreuses manifestations de centaines de policiers se succèdent pour protester contre la mise en examen d'un de leurs collègues pour homicide volontaire. Chez les policiers, on se souvient surtout du grand mouvement de protestation de novembre 2001. Un tiers des 114 000 policiers de France avaient manifesté pendant deux semaines après le meurtre de deux policiers lors d’un braquage.  Et quelques jours avant la présidentielle, l'agression d’un papy de 82 ans, "Papy Voise", avait ému le pays. L'insécurité coûta des points à Lionel Jospin au 1er tour. 


Enfin 1983, ce sont 1500 policiers qui manifestent sous les fenêtres du ministère de la Justice après le meurtre de deux des leurs aux cris de "Badinter assassin". Le lendemain, le patron de la police nationale était limogé.  On voit donc que la colère des policiers n’est pas nouvelle. Aujourd’hui, plus que le manque de moyens, c’est la faiblesse de la réponse pénale qui perce dans leurs revendications. 

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