Comment la rivalité entre l'OL et l'ASSE a ruiné un mariage (et s'est finie au tribunal)

Comment la rivalité entre l'OL et l'ASSE a ruiné un mariage (et s'est finie au tribunal)

COMPTE-RENDU D'AUDIENCE - 10 supporters ultras de l’ASSE comparaissent mercredi devant le tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône. Ils sont accusés d’avoir saccagé le mariage d’un supposé supporter lyonnais. Metronews, sur place, vous raconte.

La rivalité entre les clubs de l'AS Saint-Etienne et de l'Olympique lyonnais est historique. Elle se mue en véritable haine chez quelques groupes de supporters ultras. Dix supporters de l'AS Saint-Etienne comparaissaient mercredi devant le tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône. Tous membres ou affiliés du groupe ultra Magic Fans, la plupart ont déjà été condamnés pour des faits en lien avec le hooliganisme. Ils sont accusés d'avoir participé au saccage du mariage de celui qu'ils pensaient être "le traître" : Maxime Gaucher. Un homme dont le nom a été omniprésent lors de débats en forme d'incursion au sein du petit monde du hooliganisme local.

EN SAVOIR PLUS >> Mariage d'un supposé supporter de l'OL saccagé : 10 Stéphanois jugés

Vol de bâche et petites trahisons entre amis

"C'est une opération planifiée qui depuis le mois de juillet faisait l'objet de réunions au sein des Magic Fans", lance le procureur à l’audience. En face, sur le banc des prévenus, Jonathan Chaume. Plutôt carré, cheveux très courts, vêtu d'un pull camionneur gris, cet ancien engagé de 35 ans, aujourd'hui soudeur mais qui rêve de devenir scaphandrier, comparaît détenu. Membre du noyau dur des Magic Fans, l’homme, récidiviste, a été condamné en 2013 pour des violences en marge d’un match de l’ASSE à Nantes. En octobre dernier, il est cette fois arrêté à Rome, lors d’un match d’Europa League contre la Lazio, et écope de deux ans avec sursis pour détention d’armes. Il est présenté comme l'organisateur de cette opération. Il le reconnaît : "j'ai apporté ma science de l’armée".

Ce jour-là, ils ont décidé de se venger enfin de celui qu'ils ne nomment plus : le "traître", Maxime Gaucher. C'est un ancien des leurs, passé chez l'ennemi juré : les ultras de Lyon 1950. Depuis avril 2013, les deux groupes sont en guerre ouverte. Car quel est l'objet le plus sacré pour des supporters ultras ? Leurs banderoles, leurs "bâches", dans le jargon. Alors quand des Lyonnais parviennent à dérober une partie d'un des chefs d’œuvre des Magic Fans, une bâche longue au total d'une centaine de mètres, c'est une véritable déclaration de guerre. Pour les ultras stéphanois, le coupable est tout désigné. Seul Maxime Gaucher les connaît suffisamment pour monter une telle opération. La suite : deux ans d'escarmouches, de passages à tabac et de mauvais coups où "le traître" aurait joué un rôle déterminant. "C’est lui qui savait quelles voitures viser quand des pneus étaient crevés aux abords des stades", assure un autre prévenu.

"Je voulais que sa famille se retourne contre lui"

La date de "l’expédition" aurait donc été fixée lors d’un conciliabule dans les locaux des Magic Fans, à l’issue du match de championnat Saint-Etienne-Bastia, le 30 août dernier. Jonathan Chaume y détaille son plan : un an auparavant, le fils d’un traiteur l’aurait informé que Maxime Gaucher se mariait le 5 septembre 2015 au château de Talancé, à Dénicé, dans le Beaujolais. "C'est moi qui ai eu l'idée. Je voulais un choc psychologique, je voulais que sa famille se retourne contre lui", explique Jonathan Chaume à la barre. "C’est lui qui a fait en sorte d’attiser la haine, qui a politisé le groupe lyonnais avec ses idées d’extrême droite", justifie-t-il. Le but : semer le chaos lors du mariage du "traître".

Il compose alors un groupe d’une douzaine de sympathisants des Magic Fans et répartit les rôles : "j’ai acheté les combinaisons et j’ai trouvé les barres de fer étant donné que je travaille en soudure", explique-t-il. Le reste est dégoté par son co-prévenu, Marc Desile, lui aussi détenu car en état de récidive légale : "je suis plombier chauffagiste, il y a des chutes". Agé de 43 ans, le front légèrement dégarni et le ventre bedonnant, cet homme établi à Chartres est fan de l’ASSE depuis toujours. Ses mains sont chargées de tatouages que le procureur lui demande de détailler alors qu’il vient de s’excuser auprès des victimes : "sur la main droite, j’ai un poing américain, sigle ultra-hooligan", répond-t-il. Avant de poursuivre, en s’excusant auprès des gendarmes qui l’encadrent dans le box : "sur les doigts, j’ai un ACAB : ça veut dire ‘all cops are bastards’ (tous les flics sont des batards, ndlr)". Son frère de 48 ans figure également parmi les prévenus.

Le marié s'appelait Maxime

Le 5 septembre à 15h30, le commando débarque au château de Talancé. Ils jaillissent d’un utilitaire, en combinaisons blanches, masqués, gantés et armés de barres de fer. Certains, menaçant, s’attellent à retenir les employées du traiteur en panique ou le DJ de la réception, en les enjoignant de se coucher au sol. Les autres saccagent tout dans un déchaînement de violence : les buffets extérieurs, les bouteilles de vins qui se répandent au sol, les plats, les vitres, les miroirs. Entre trois et dix minutes d'ultraviolence, puis le commando repart dans le même véhicule, en lançant un fumigène en guise de signature. "Si on pense avoir atteint notre but ? Sur le moment, oui", raconte Jonathan Chaume.

Au même instant, à une vingtaine de kilomètres de là, dans un château de l’Ain, le "traître", le jeune identitaire et supporter lyonnais Maxime Gaucher, célèbre paisiblement son mariage, dans la douceur du mois de septembre. Lorsque la nouvelle du saccage du mariage de Dénicé vient à lui, il comprend aussitôt. Les Magic Fans se sont trompés de cérémonie : le marié s’appelle bien Maxime mais n’a rien d’un ultra. Ni de Lyon, ni de Saint-Etienne.

>> Le tribunal a rendu son délibéré, conforme aux réquisitions du procureur, mercredi, peu après 22 heures. Jonathan Chaume, présenté comme l’instigateur de l’expédition, a été condamné à trois ans de prison dont six mois avec sursis. Marc Desile écope lui d’une peine de 18 mois dont six avec sursis. Sept autres prévenus ont été condamnés à des peines allant de 12 mois dont 8 avec sursis à 18 mois dont 8 avec sursis. Toutes ces peines s’accompagnent d’une mise à l’épreuve de trois ans, incluant notamment une interdiction de stade. Le dixième prévenu a quant à lui été relaxé. Enfin, le tribunal a ordonné le renvoi de l’examen des demandes des parties civiles au 4 avril prochain.


 

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