Enquête sur la mort d'un élève de Saint-Cyr : "Rien n'est cohérent !"

Enquête sur la mort d'un élève de Saint-Cyr : "Rien n'est cohérent !"

ENQUETE – Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a ordonné une "enquête de commandement" pour éclaircir les circonstances du décès d'un élève-officier de l'Ecole de Saint-Cyr le mois dernier. Sa famille ne croit pas à la thèse du suicide, jusque-là privilégiée.

À 11 heures ce 9 février, des militaires se présentent à la porte de sa maison d'Haguenau. "Votre fils s'est suicidé, il n'a pas supporté le décès de son père", lui expliquent-ils. Dans sa tête, les mots se bousculent. Weyneshet Lavocat ne comprend pas. "J'apprenais en même temps la mort de Michaël et celle de Daniel, mon ex-mari", nous confie-t-elle au téléphone, la voix encore tremblante. Effondrée, elle trouve tout de même la force d'appeler sa belle-famille qui ne l'a étrangement pas prévenue de la mort de son ancien époux. Et pour cause, au bout du fil, Daniel Lavocat, qui réside au Cameroun, est bien vivant. Weyneshet Lavocat vacille.

"Depuis un mois, je vis l'enfer. J'ai l'impression d'être dans un mauvais polar", raconte la mère qui a déposé plainte contre x pour "connaître la vérité" sur le décès de son fils. Michaël avait 22 ans et était en troisième et dernière année à l'Ecole militaire de Saint-Cyr à Coëtquidan (Morbihan). Son corps a été retrouvé le 9 février au camp militaire de La Courtine (Creuse) où il effectuait un stage d'entraînement. "C'était un enfant plein de vie, brillant, intelligent. Il allait finir l'école dans quelques mois et préparait ses demandes d'affectation. Il avait une petite amie, devait venir chercher la voiture qu'on venait d'acheter... Ce gamin était plein de projets, souffle-t-elle. Et on m'annonce qu'il s'est tiré une balle parce que son père est mort alors qu'il est bien vivant ? Ça ne tient pas la route. Rien n'est cohérent !"

L'enquête requalifiée

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a fini par ordonner mercredi "une enquête de commandement". Le parquet de Guéret qui, au lendemain du drame, avait déclaré dans les Dernières Nouvelles d'Alsace  privilégier la thèse du suicide parce que "le jeune homme avait perdu son père il y a trois jours et ne s'en remettait pas", a également requalifié l'enquête. On parle désormais de "provocation au suicide". "Le suicide ne fait matériellement pas de doute mais l'enquête a évolué car les motivations sont curieuses", a ainsi commenté auprès de l'AFP le procureur Sébastien Farges. Selon le magistrat, le "jeune homme a annoncé tout autour de lui qu'il était déprimé en raison de la mort de son père. Sa hiérarchie lui avait même proposé quelques jours de congé pour assister aux funérailles, ce qu'il avait refusé".

"On nous baratine, tempête Weyneshet Lavocat. Pourquoi ses responsables ne m'ont-ils pas appelée ? Un jeune qui ne veut pas de permission pour aller aux obsèques de son père, c'est impensable. C'est aujourd'hui leur parole contre la parole de mon fils mort". Dans la version qui lui a été donnée, Michaël se serait donné la mort avec le Famas "non chargé" qui lui avait été remis le matin du drame. Il aurait subtilisé les balles une semaine plus tôt au cours d'un tir d'entraînement. "Il vole une balle le 2 février, soit 5 jours avant d'apprendre le prétendu décès de son père le 7 qui l'aurait poussé à son suicide le 9 février", résume Weyneshet Lavocat en pointant les incohérences.

Pas d'étude balistique 

Le père de Michaël, militaire de carrière, ne croit pas non plus au suicide. Dès l'annonce du drame, Daniel Lavocat a pris l'avion direction la France. C'est lui qui est allé reconnaître le corps de son enfant à la morgue. "Notre enfant avait une trace sur le crâne qui laisse penser qu'il se serait tiré une balle dans la tête par-derrière, explique la maman endeuillée. Comment est-ce possible de se tuer ainsi ? Pourquoi aucune étude balistique n'a été ordonnée ? C'était pourtant déterminant pour l'enquête. Nous étions même prêts à la payer".

Le procureur, qui n'a pu être joint ce jour, a précisé à l'AFP avoir basculé le dossier sur une "enquête pénale" afin d'avoir un "cadre plus large et plus efficace que la simple recherche des causes de la mort". Tout en ajoutant : "Nous n'avons aucune raison de penser quelqu'un a délibérément poussé ce jeune homme au suicide". Distincte de l'enquête judiciaire, celle ordonnée par le ministère sera menée par des généraux cinq étoiles, les plus hauts gradés de la hiérarchie militaire, qui rendront compte directement au ministre, a fait valoir son entourage. "Michaël était fier d'appartenir à Saint-Cyr, conclut sa mère. Une école prestigieuse mais qui ne doit pas être intouchable. J'ai enterré mon fils, ma fierté, avant-hier. Je veux savoir pourquoi".

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