Frank Lebœuf : "Malgré les attentats, les Bleus ne doivent pas culpabiliser de jouer au foot"

Frank Lebœuf : "Malgré les attentats, les Bleus ne doivent pas culpabiliser de jouer au foot"

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INTERVIEW - Titulaire lors des matchs de l'équipe de France qui ont suivi les attentats de Saint-Michel en 1995 et du 11 septembre en 2001, l'ancien défenseur sait ce que c'est que de préparer une rencontre dans un contexte dramatique. Pour Frank Lebœuf, pas de doute : quatre jours après les attentats de Paris, les Bleus ont bien fait de ne pas annuler la confrontation face à l'Angleterre mardi (21 heures).

Quels souvenirs gardez-vous des rencontres un peu particulières que vous avez jouées après les attentats de 1995 à Paris et ceux de 2001 à New York ? 
Peut-être parce que 1995 ça me paraît très loin aujourd'hui ou parce que j'étais plus jeune à l'époque (27 ans contre 47 aujourd'hui, ndlr), mais la vague d'attentats qui avait touché la France ne m'a pas marqué comme a pu le faire le 11 septembre ou les attaques de vendredi dernier. Peut-être que je ne m'étais pas bien rendu compte de ce qui se passait mais cela ne m'avait pas fait le même effet... Par exemple, je n'ai pas le souvenir d'un discours particulier dans le vestiaire ou d'un hommage avant le match (France-Pologne le 16 août [1-1], alors qu'une bombe avait fait 8 morts dans le RER B à Saint-Michel le 25 juillet, ndlr). 

En septembre 2001, c'était donc différent...
Complètement. Comme ces jours-ci, on avait l'impression de basculer dans un autre monde. D'entrer en guerre. Le 11 septembre, je venais de signer à Marseille et je me souviens que tout le monde dans le vestiaire était choqué. On était tous en deuil, effrayés par ce qui venait d'arriver. Malgré ce qu'on dit sur les footballeurs, on ne vit pas dans une bulle, on parle entre nous de ces événements-là. On pense aux victimes et à leurs familles. Un peu comme dans une vie plus "normale" lorsque vous retournez au bureau et que vous discutez de ce qui s'est passé. 

"En 2001, j'avais peur qu'un avion s'écrase sur le Stade de France"

Racontez-nous l'avant-match face à l'Algérie, le 8 octobre 2001, moins d'un mois après l'effondrement des Twin Towers...
Moi déjà, cette rencontre, je n'étais pas trop chaud pour la jouer. Entre le contexte et l'affiche, je ne la sentais pas. Je me souviens que j'étais allé parler aux organisateurs (la Fédération française et une organisation internationale, ndlr) pour le leur dire. Franchement, j'avais peur qu'un avion vienne s'écraser sur le Stade de France... Dans l'équipe, personne n'était rassuré. Et quand on a vu comment s'est terminé le match (la partie a dû être arrêtée à la 70e minute après un envahissement de terrain, ndlr), j'étais très en colère. 

Pensez-vous que, comme vous à l'époque, les joueurs actuels de l'équipe de France ont très peu d'envie de jouer mardi face à l'Angleterre ? 
Je ne sais pas. Je les comprendrais, ce n'est vraiment pas simple. Surtout pour ceux qui comme Lassana Diarra ( qui a perdu une cousine dans une fusillade, ndlr ) ou Antoine Griezmann ( dont la sœur est un des rescapées du Bataclan, ndlr ) qui ont directement été touchés par la tragédie. Ce qui est particulier et dramatique avec ces Bleus, c'est qu'ils savent qu'ils ont continué à jouer au foot alors que des gens se faisaient tuer... Ils ont fêté leurs buts et la victoire (face à l'Allemagne 2-0, ndlr) puis ils n'ont appris ce qui s'était passé qu'en rentrant aux vestiaires. Ils doivent culpabiliser. 

Fallait-il alors maintenir cette rencontre amicale à Wembley ?
Absolument ! Les joueurs ne doivent pas se sentir coupable de continuer de vivre et de jouer au foot. C'est aussi une forme de réponse aux terroristes, de montrer que la France n'abdique pas. Tout le monde va penser très fort aux victimes et on leur doit de continuer à avancer. Vendredi, je jouais dans un théâtre près d'Opéra (Frank Lebœuf est désormais à la fois acteur et consultant pour Téléfoot, ndlr) et on a tous eu très peur pour nos proches. On connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui a été victime de ces attaques... Mais mardi, même si je n'ai pas vraiment la tête à ça et que j'ai peur, je serai sur scène pour tenter de divertir les gens. On se doit de le faire, comme les Bleus en Angleterre. 

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