Hasna Aït Boulahcen : sa petite sœur raconte l'itinéraire d'une jeune fille "trop gentille"

Hasna Aït Boulahcen : sa petite sœur raconte l'itinéraire d'une jeune fille "trop gentille"

TEMOIGNAGE - La sœur d'Hasna Aït Boulahcen, la cousine du planificateur présumé des attentats du 13 novembre, tuée, comme lui, lors de l'assaut du Raid à Saint-Denis le 18 novembre dernier, livre un témoignage inédit au "Parisien" sur la jeune femme qui avait trouvé l'appartement pour cacher son cousin.

"C'était une jeune fille de son époque". La sœur de Hasna Aït Boulahcen livre pour la première fois dans Le Parisien jeudi son témoignage après la mort de sa sœur aînée dans l'appartement de la rue du Corbillon à Saint-Denis, où se trouvait son cousin Abdelhamid Abaaoud, le planificateur présumé des attentats du 13 novembre.

Près de quatre mois après la mort de sa sœur, la jeune femme, dont le prénom a été modifié et que le quotidien appelle Djamila, veut connaître les "circonstances précises" dans lesquelles Hasna a été tuée au cours de l'assaut du Raid, cinq jours après les attentats sanglants à Paris et Saint-Denis. Elle décrit une jeune fille joyeuse et bonne vivante qui semble être tombée sous l'emprise de son cousin.

Séparées et placées en famille d'accueil

"C'était ma grande sœur, elle me protégeait. Elle était très sportive, faisait de l'équitation, du vélo et adorait aller à la piscine. C'était une fille joyeuse, très gentille et tournée vers les autres. Elle faisait rire tout le monde. D'ailleurs, on l'avait surnommé la Vache qui Rit car elle faisait bien rigoler son monde et elle adorait le fromage !", raconte la jeune femme.

Djamila explique également avoir été séparée de sa sœur à l'âge de 8 ans et placées chacune en famille d'accueil durant quatre ans parce que leur mère les maltraitait, affirme-t-elle. "A 16 ans, ma sœur est partie en vacances au Maroc dans la famille de notre cousin Abdelhamid Abaaoud (…) Il a dû se passer quelque chose là-bas mais je n'ai jamais su quoi. Ma sœur et lui ne se côtoyaient pas. A cette époque, Hasna portait des mini-shorts, des tee-shirts Jack Daniel's (NDLR : du nom d'une célèbre marque de whisky)."

"Se donner une identité, une image"

Puis en 2014, raconte Djamila, sa sœur a commencé à porter le voile. "Sur la religion, elle ne tenait pas de propos extrêmes. Elle me disait qu'elle faisait ses cinq prières. Elle se rendait beaucoup à la mosquée d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)", rapporte encore la jeune femme.

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"Quelque temps plus tard, j'ai vu des photos d'elle en niqab sur sa page Facebook. On ne voyait plus que ses yeux. Je ne l'avais jamais connue comme ça. Elle n'avait pas conscience de la gravité de son comportement. Là, j'ai commencé à prendre mes distances (...) Je me dis qu'à travers la religion, Hasna avait trouvé une façon d'exister. Elle voulait se donner une identité, une image."

"Elle voulait se marier avec lui"

Puis revient dans la conversation Abdelhamid Abaaoud, le cousin décrit déjà enfant comme "froid, voire glacial" par Djamila, qui l'a rencontré une fois lorsqu'il avait 11 ans. Sa sœur voulait en savoir plus sur son cousin, raconte la jeune femme : "Elle voulait savoir comment il avait pu rejoindre l'Etat islamique", précise-t-elle. "Elle m'a ensuite dit qu'ils avaient parlé ensemble sur Facebook. Elle voulait se marier avec lui. Il lui a répondu qu'il ne cherchait pas à se marier, qu'il n'avait pas la tête à ça et qu'il avait déjà une femme en Syrie avec laquelle il avait eu un enfant", explique encore la sœur d'Hasna. "Ce type était un monstre, capable de tout. Ce qu'il a fait est atroce".

"Pour moi, Hasna a été victime de notre cousin. Elle a été contrainte de lui trouver cet appartement à Saint-Denis. Aujourd'hui, les gens ne savent pas qui elle était réellement. Hasna était trop gentille, trop naïve, trop influençable", poursuit la jeune femme qui ajoute : "Ça m'a fait mal d'entendre que ma sœur était la première femme kamikaze en France... Je n'y ai jamais cru."

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