Il assurait avoir été agressé "au nom de Daech" : l'instituteur d'Aubervilliers relaxé grâce à des vices de procédure

Il assurait avoir été agressé "au nom de Daech" : l'instituteur d'Aubervilliers relaxé grâce à des vices de procédure

JUSTICE - Il était poursuivi pour "dénonciation de crime imaginaire", après avoir déclaré avoir été agressé par un homme, dans sa salle de classe, se revendiquant de Daech. Le tribunal de Bobigny a rendu sa décision ce vendredi 12 février : il a décidé de relaxer l'instituteur d'Aubervilliers, qui, après s'être rétracté, avait maintenu sa version des faits.

C'est tout sourire que Stéphane A. a quitté le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Cet instituteur d'Aubervilliers était poursuivi  pour avoir inventé une agression "au nom de Daech" au mois de décembre dans sa salle de classe de l'école Jean-Perrin. Mais le tribunal l'a relaxé de cette dénonciation de crime imaginaire ce vendredi et annulé les trois-quart des procès-verbaux pour vices de procédure. Le procureur avait requis entre deux et trois mois de prison avec sursis et 1000 euros d'amende.

La "pression" des policiers

"Je me réjouis que la justice m'ait été rendue et qu'elle m'ait écouté. Le jour J, j'étais coupé du monde. On m'a fait changer de version", a-t-il expliqué à la sortie de la salle d'audience, maintenant avoir été réellement agressé le 14 décembre 2015 dans son école. Cet homme de 42 ans était pourtant revenu sur sa version initiale devant les enquêteurs de la brigade criminelle, reconnaissant s'être auto-mutilé et avoir inventé ce scénario pour mettre en lumière les failles de sécurité dans les écoles.

Mais son avocate, Noémie Saidi-Cottier, avait plaidé le jour de l'audience pour que les PV d'audition dans lesquels il reconnaissait avoir inventé l'agression soient annulés. Elle avait notamment soulevé le fait que Stéphane A. était sous morphine à ce moment-là et qu'il n'était pas assisté d'un avocat. A la barre, le quadragénaire avait finalement maintenu sa première version, invoquant la "pression" des policiers au moment de son audition : "J'avais peur, je voulais que cela cesse. Ils m'ont dit de dire ça. Car une telle information ne pouvait pas sortir maintenant en France".

Le tribunal ne se prononce pas sur les faits

Le tribunal correctionnel de Bobigny ne s'est pas prononcé sur la véracité de l'agression ni sur les faits. "Il constate simplement qu'une partie de la procédure n'est pas valable. La relaxe est une conséquence de l'annulation des procès-verbaux", indique une source proche du dossier. 

L'instituteur avait été suspendu de ses fonctions juste après les faits. Il souhaite désormais pouvoir réintégrer "rapidement" l'Education nationale. "C'est mon métier de m'occuper des enfants. Il faut aussi que je me reconstruise", a-t-il commenté à la sortie du tribunal. Au regard de ce jugement favorable, il pourrait retrouver son poste prochainement. Cette décision de justice lui ouvre aussi la possibilité de faire reconnaître son statut de "victime". "On verra s'il a envie d'aller plus loin dans la procédure", nous a soufflé son avocate. Jusqu'à présent, Stéphane A. n'a toujours pas porté plainte pour cette agression. Le parquet a dix jours pour faire appel.

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