"Imagine" après les attentats : entretien avec le pianiste qui a ému Paris

"Imagine" après les attentats : entretien avec le pianiste qui a ému Paris

EMOTION - Samedi, Davide Martello a été immortalisé par les caméras du monde entier en train de jouer Imagine, de John Lennon. Ce pianiste de rue de 37 ans se déplace régulièrement dans les villes secouées de la planète pour tenter d’apporter un peu de réconfort avec ses mélodies.

Sa mélodie a fait le tour du monde : Davide Martello, assis devant son piano à queue, interprétant Imagine, de John Lennon, devant le Bataclan samedi matin. L’artiste, qui se définit comme un "paniste de rue" est reparti tout aussi vite qu’il est arrivé, à bord de sa drôle d’embarcation, un vélo tirant son immense instrument.


Son image et ses notes ont ému le monde entier, mais peu de gens savent que le musicien, surnommé “klavierkunst ” a fait la route de nuit pour être présent ce jour-là. “J’habite à Constance, en Allemagne et je donnais un concert vendredi soir, nous raconte-t-il. En sortant du show, je suis allé boire un verre dans un bar pour regarder le match France-Allemagne. C’est là que j’ai vu, sur l’écran, ce qu’il se passait à Paris. Je me suis dit tout de suite : ‘Je dois aller là-bas’”. Davide Martello hésite quelques instants, puis il se décide à prendre la route, à deux heures du matin, en voiture, avec son piano tiré par une remorque qu’il a spécialement construite pour l’occasion. "Je suis arrivé en début d’après-midi à Paris", précise-t-il.

"Il fallait que je revienne"

Davide Martello n’est pas un inconnu des scènes difficiles. Il a notamment joué à Kiev, en Ukraine, sur la place Taksim, envahie par les opposants turcs l’année dernière, ou en Afghanistan, pour l’armée allemande. “J’ai la chance de pouvoir jouer dans des endroits où les gens ont besoin d’apaisement. Ce que la musique peut justement leur procurer”, détaille-t-il. Je ne joue généralement qu’un seul morceau : Imagine. C’est un morceau parfait. Chacun de ses mots parle de paix”. Sa prestation devant le Bataclan restera gravée dans sa mémoire. Sur les vidéos, on voit le musicien de 37 ans au bord des larmes à la fin de son morceau. "C’est la première fois que je joue dans de telles conditions, raconte-t-il. Des gens sont morts dans le bâtiment en face de moi."


Samedi, malgré son émotion, l’artiste ne s’attarde pas et repart, direction l’Allemagne, le jour-même. “Mais j’ai senti qu’il fallait que je revienne, c’était plus fort que moi”, indique le pianiste. Il fait donc demi-tour, moins de 24 heures plus tard, pour revenir dans la capitale. “Lundi, j’ai joué sur tous les lieux des tragédies. Sauf à Saint-Denis”, nous dit-il, avouant être un peu “fatigué”. Il prévoit de jouer encore dans les jours à venir dans la capitale, mais dans des lieux “plus neutres”. 

Davide Martello n’est pas le seul artiste à se rendre sur des lieux symboliques, avec la musique pour seule arme. En 1989, le violoncelliste Mstislav Rostropovitch, pourtant habitant à Paris, avait pris dans la journée des billets pour Berlin quand il avait appris la chute du mur. Son concert improvisé du 11 novembre reste, encore aujourd’hui, l’une des images les plus marquantes de l’événement.


 


Quelques années plus tard, c’est encore un violoncelliste, Vedran Smajlović, qui s’était mis à jouer dans les ruines de la bibliothèque nationale de Sarajevo, tout juste détruite par les premiers mois de siège.

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