Jawad Bendaoud écrit au juge : "Je suis passé d’une vie normale à une vie d’enfer"

Jawad Bendaoud écrit au juge : "Je suis passé d’une vie normale à une vie d’enfer"

JUSTICE - Mi-décembre, Jawad Bendaoud , mis en examen dans le cadre des attentats du 13 novembre, a adressé une lettre à l'un des juges chargés de l'affaire depuis sa cellule de prison, à Villepinte. L'Obs dévoile ce vendredi des extraits de cette missive, où le jeune homme ne cesse de clamer son innocence.

C'est une lettre manuscrite qu'il a été écrite à la mi-décembre, soit près d'un mois après son arrestation. Depuis la maison d'arrêt de Villepinte, où il a été placé en isolement, Jawad Bendaoud a pris la plume pour s'adresser à l'un des juges en charge du dossier des attentats du 13 novembre. L'Obs a eu accès à cette missive longue de 18 pages, où des "traits ont été tirés sur le papier blanc pour que les phrases s'alignent régulièrement", note l'hebdomadaire . Son implication exacte dans les attentats, sa précédente condamnation coups mortels ou encore son passage moquée sur BFM TV  : le jeune homme, notamment mis en examen pour participation à une association de malfaiteurs terroristes criminelle, s'explique. Morceaux choisis.

Sur l'appartement de Saint Denis :
"A aucun moment je n’ai senti une ambiance terroriste ou dangereuse dans la location de l’appartement. [...] Je suis conscient d’avoir hébergé les pires assassins que la France n’a jamais connu (sic), mais à aucun moment je me suis associé je n’ai vu de mes yeux des armes", écrit Jawad Bendaoud qui, au cours de sa garde à vue longue de six jours, à tenté de se mutiler à deux reprises. Le jeune homme le martèle plusieurs fois dans sa lettre : il ignorait qu’Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, morts tous les deux dans l'assaut du raid de Saint Denis et qui ont participé au commando des terrasses le 13 novembre, étaient des terroristes. Une défense qu'il a déjà exposée devant le juge lors de sa mise en examen le 24 novembre : "Le monsieur Abaoud, le chef de Daech ou je ne sais pas quoi, je ne l'ai vu que cinq minutes, le temps qu'il soit rentré dans l'appartement et que je lui fasse visiter".

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Sur le coup de fil qu'il a reçu le 3 novembre
Comme le rappelle L'Obs, il reste un fait accablant pour Bendaoud, et sur lequel il n'a toujours pas pu fournir la moindre explication : ce numéro belge qui l'a contacté le 3 novembre sur son portable, soit dix jours avant les attentats. Si l'enquête n'a toujours pas permis d'identifier cet interlocuteur, il a en revanche été prouvé que ce dernier était en contact avec une autre personne en Belgique, dont le lien avec les terroristes a été établi. Et le 13 novembre au soir, ce fameux interlocuteur qui a contacté Jawad se trouvait aux abords du stade de France, puis dans le 11e et le 18e. De ce fameux coup de fil et cet interlocuteur, Jawad Bendaoud assure ne conserver aucu. "C'est un élément grave qui pour moi n'a aucun sens". Et qui aujourd'hui l'accable.

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Sur l'assaut du Raid à Saint Denis le 17 novembre
Ce soir-là, Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh sont avec Hasna Aït Boulahcen dans l'appartement que leur a passé Jawad Bendaoud. Nous sommes à quelques heures de l'assaut du Raid. Le jeune homme assure ne se douter de rien. Et pour cause : il est "défoncé", après avoir usé cinq briquets à fumer du crack.

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De son précédent passage en prison
Metronews vous le révélait le 19 novembre  : Jawad Bendaoud n'est pas un inconnu des services de police. En 2008, le jeune homme a été condamné à huit ans de prison pour "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner", à l'encontre de son meilleur ami. Les faits remontent à deux ans plus tôt : le jeune homme a poignardé un certain David à la sortie d'une épicerie de quartier, pour une sombre histoire de téléphone portable disparu. Derrière les barreaux, le jeune homme se serait radicalisé, ont assuré depuis son interpellation plusieurs de ses anciens codétenus. Faux, assure le jeune homme dans sa lettre au juge : Je n’ai jamais prié, la dernière fois que j’ai prié j’avais 16 ans et mon père en était la seule raison. Je n’ai jamais fréquenté une seule mosquée, je fais tout ce qu’un bon musulman ne ferait pas." En prison, reconnaît-il, "J'ai peut-être dit que j'allais faire tout péter en sortant. Mais c'était parce que j'étais énervé [...] J’y ai peut-être pensé en prison, mais une fois sorti, tout est sorti de ma tête. "Je n’ai rien à voir avec Daech, ni de loin ni de près", assure-t-il.

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De son apparition sur BFM TV
Son apparition à la télévision avait déchaîné les réseaux sociaux, donnant lieu à de nombreux détournements. Le jeune homme le déplore : "Je n’ai pas demandé à être filmé par ce foutu cameraman, il m’a entendu dire aux policiers que j’étais le loueur de l’appartement, il a allumé sa caméra si j’avais su ce qu’aurait causé cet interview je n’aurais jamais parlé". Cette soudaine célébrité, Jawad Bendaoud s'en serait bien passé : "Je suis passé d’une vie normale à une vie d’enfer en une fraction de seconde. Mon nom de famille a été sali, je fais l’objet de parodie, de blague (sic)."

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