Le désarroi de l'ex-entraîneur de boxe d'Ahmed Dahmani, ce Belge soupçonné d'avoir "repéré" les lieux des attentats

Le désarroi de l'ex-entraîneur de boxe d'Ahmed Dahmani, ce Belge soupçonné d'avoir "repéré" les lieux des attentats

ENQUETE - La police turque a interpellé samedi un Belge d'origine marocaine soupçonné d'avoir effectué des repérages en vue des attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Peu d'informations ont filtré sur Ahmed Dahmani dont nous avons retrouvé la trace dans une salle de boxe bruxelloise. Son ancien entraîneur nous a confié son sentiment d'impuissance face à un problème plus profond de société.

Il s'appelle Ahmed Dahmani et a été arrêté samedi par la police turque dans un hôtel de la station balnéaire d'Antalya. Un nom qui vient s'ajouter à la longue liste des suspects autour de l'enquête sur les attentats de Paris. Deux individus présentés dans les médias turcs comme des Syriens ont également été interpellés à ses côtés alors qu'ils s'apprêtaient à franchir la frontière syrienne. Selon l'agence de presse Dogan, Ahmed Dahmani, 26 ans, est décrit comme un membre du groupe Etat islamique (EI) et un proche de Salah Abdeslam. Il pourrait avoir participé au repérage des cibles des attentats, le stade de France, la salle de concert du Bataclan et les terrasses parisiennes. Informations que les sources officielles n'ont pour l'heure pas confirmées.

Peu d'éléments ont en effet filtré sur lui. Mais comme d'autres suspects - à l'instar de l'instigateur présumé des attaques Abdelhamid Abaaoud - Ahmed Dahmani présente un profil similaire : un citoyen belge d'origine marocaine qui a grandi à Bruxelles. Pendant des années, Ahmed Dahmani a côtoyé un des clubs de boxe de la ville que nous avons joint par téléphone. "Il était encore là il y a eu dizaine de jours", nous raconte l'un de ses anciens entraîneurs, qui décrit un garçon "réservé comme beaucoup d'autres ici".

"Des jeunes vulnérables"

L'histoire d'Ahmed Dahmani, c'est celle d'un très bon boxeur, un "passionné". Il avait intégré la salle en 2009. Il avait alors vingt ans. "C'était devenu une hygiène de vie, une discipline qui dirigeait sa vie. Être boxeur, c'est une façon de vivre, il faut se lever tôt, s'entraîner dur", poursuit l'éducateur du BBA (Brussels Boxing Academy). Pour Ahmed Dahmani, comme pour beaucoup, la boxe lui permet de garder la tête sur les épaules. Mais en 2012, un contrôle de dopage positif au cannabis va mettre un terme à ses ambitions sportives. "C'était une bêtise de jeunesse. On aurait pu le convaincre d'arrêter ça aussi avec un peu de temps. Mais sa licence lui a été retirée. Il a continué à venir au club. Mais moins souvent. Il ne pouvait plus combattre. C'était pourtant un des seuls endroits où il était encore présent dans la société". Dans cette salle, le cas Ahmed Dahmani ne serait pas isolé. "Je sais que nous avons des jeunes qui sont partis là-bas (en Syrie, ndlr). Mais on n'a plus d'emprise sur ça, glisse l'entraîneur démuni. Pourquoi Ahmed et pas les autres ? Il a le même profil que plein d'autres sportifs ici."

Car l'homme connaît bien les jeunes du quartier devenu tristement célèbre : 25% des licenciés du BBA sont issus de Molenbeek. "On s'est réunis, on a parlé ensemble des attentats. C'est important pour la prise de conscience. Mais c'est un travail de prévention au quotidien qui est sous-estimé. Ça fait des années que l'on essaye de tirer la sonnette d'alarme. Aujourd'hui, à part dire que ce n'est pas bien ce qui s'est passé à Paris, je ne sais plus quoi dire. On ne nous donne pas les outils pour être à la hauteur. Je ne sais pas si les autorités réalisent ce qui se passe dans les quartiers où le 'vivre ensemble' n'existe pas, conclut-il amer. Nous avons des jeunes à la recherche d'une identité, de valeurs à un âge où ils sont particulièrement vulnérables aux discours radicaux, à ce qu'ils voient sur Facebook, aux recruteurs... Mais on ne les aide pas. Je suis étonné de voir les autorités mettre en place un tel déploiement de force actuellement à Bruxelles sans se préoccuper du problème à la racine".

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