Marseille : le professeur juif "agressé" a-t-il menti ?

Marseille : le professeur juif "agressé" a-t-il menti ?

FAIT DIVERS – Tzion Saadoun, enseignant juif au lycée Yavné de Marseille (Bouches-du-Rhône) a été placé en garde à vue ce mercredi matin dans le cadre d’une enquête pour "dénonciation mensongère". Mi-novembre, il avait affirmé avoir été agressé au couteau par trois individus dans le 13e arrondissement de la cité phocéenne, précisant que ces derniers avaient exhibé un T-shirt à l’effigie de "Daech" mais aussi des photos de Mohamed Merah.

François Hollande avait condamné l'agression appelant à "une terrible, impitoyable même, réaction". Un peu plus de trois mois après les faits, l'enseignant juif au lycée Yavné de Marseille (Bouches-du-Rhône) qui avait indiqué avoir été agressé par plusieurs individus alors qu'il quittait son domicile du 13e arrondissement, a été placé en garde à vue ce mercredi matin.

Tzion Saadoun est actuellement interrogé par les fonctionnaires de police de la sûreté départementale dans le cadre d’une enquête pour "dénonciation mensongère" selon  La Provence qui a révélé l'information. Le 18 novembre 2015, le professeur d'histoire âgé de 56 ans avait indiqué avoir été attaqué par des hommes qui s'en étaient pris à lui à l'aide de couteaux.

Une nuit à l'hôpital

Le jour même des faits, Tzion Saadoun avait déclaré avoir été abordé par des individus qui circulaient à bord d'un scooter. "En sortant de chez moi pour aller dans un événement qui se produisait dans une synagogue, deux personnes sur un scooter m'ont accosté prétextant une demande d'adresse. Je leur ai donné l'adresse et ils m'ont demandé si j'étais juif ou musulman. Je leur ai répondu que j'étais juif, avait déclaré l'enseignant à l'époque des faits. Après, ils ont sauté sur moi, ils m'ont dit clairement qu'ils vont me faire souffrir (sic) puis ensuite m'achever. Puis ils m'ont mis à terre. Ils m'ont montré d'abord sur leur appareil téléphonique une photo de Mohamed Merah de Toulouse et ensuite l'un des assaillants avait sous son manteau un t-shirt à l'effigie du drapeau de Daech. Ils ont commencé à taillader mes habits avec des couteaux, mon corps, pendant qu'un troisième se tenait un peu plus loin en train de filmer la scène".

La victime avait alors déclaré qu'elle devait sa survie à l'arrivée d'une voiture "au loin" qui avait fait fuir ses agresseurs. "Ils m'ont un peu roué de coups, puis ils sont repartis aussitôt", avait poursuivi Tzion Saadoun avant d'être hospitalisé à Lavénan où il est resté une nuit. L'enseignant était intervenu ensuite sur tous les médias pour raconter sa terrible agression, montrant notamment ses bras et son ventre tailladés.

Pour retrouver les trois hommes en fuite, le préfet de police des Bouches-du-Rhône Laurent Nuñez avait fait savoir que de très importants moyens policiers avaient été déployés. Le procureur de la République de Marseille Brice Robin était revenu sur cette attaque, répondant aux questions des nombreux médias français et étrangers. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, le Premier ministre Manuel Valls et le président de la République François Hollande tout de suite avertis de cette agression survenue quelques jours après les terribles attentats de Paris avaient réagi sans tarder

Aucun élément matériel

Pourtant, un peu plus de trois mois après l'événement, les enquêteurs n'auraient rien sur les agresseurs supposés et ne disposeraient d'aucune preuve pouvant corroborer le scénario décrit par le professeur. "Les blessures font un peu rigoler si l’on peut dire, et ensuite les constatations médico-légales qui ont été effectuées ne collent pas à ce qu’il raconte, tout comme d’autres examens qui ont été réalisés au cours de ces semaines d’investigations", a confié ce mercredi une source proche du dossier à La Provence.

Joint par metronews, le préfet des Bouches-du-Rhône Laurent Nunez n'a pas souhaité faire de commentaire sur cette affaire, précisant que toute information serait donnée par le procureur de la République, Brice Robin. Contacté, ce dernier n'a pas répondu à nos appels.

A l'école Yavné que nous avons également appelée, les personnels affirmaient ne pas être "au courant" de ce placement en garde à vue. "Vous nous l'apprenez" nous ont-ils répondu. A 11 heures, ils n'avaient pas livré de réaction sur l'affaire. Michèle Teboul, présidente du Crif Marseille-Provence, a indiqué à metronews qu'elle attendait "les avancements de l'enquête". "Je suis sonnée par cette annonce de garde à vue, a-t-elle commenté. L'antisémitisme en France est de plus en plus violent en France et de plus en plus fréquent. Si Monsieur Saadoun, que je connais bien, a menti c'est grave. Cela montre aussi qu'il ne va peut-être pas très bien". Avait-elle eu des doutes à l'époque de l'affaire."J'avais été avertie des faits par le préfet et le procureur, je ne doutais pas... Puis j'ai constaté que Monsieur Saadoun était un peu prompt à répondre aux interviews, j'ai trouvé cela étrange" conclut-elle.

EN SAVOIR +
>> Agression antisémite au couteau contre un enseignant à Marseille

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