Où se trouveraient "la centaine" de Molenbeek français ?

Où se trouveraient "la centaine" de Molenbeek français ?

POLEMIQUE – Le ministre de la Ville, Patrick Kanner affirme qu’il y a "une centaine de quartiers" qui ressemblent à Molenbeek. Une "sortie" critiquée qui risque de stigmatiser ces villes. Si le ministre n’a pas identifié nommément les communes concernées, certaines sont au cœur des attentions depuis plusieurs années. Metronews s’est penché sur cinq villes ou quartiers français dans lesquels des djihadistes ont grandi et tissé leurs réseaux.

La polémique n’en finit pas. Patrick Kanner a de nouveau soufflé sur les braises dimanche en affirmant qu’il y avait "une centaine de quartiers en France qui présentent des similitudes potentielles avec ce qui s’est passé à Molenbeek". Selon lui, les émeutes de 2005 ont d’ailleurs permis au salafisme de se développer dans les quartiers. Cette comparaison entre les quartiers français et la ville d’origine d’une partie des terroristes de Paris et de Bruxelles peut paraître problématique, voire dangereuse. Que compare-t-on ? Quels sont les critères ? Le taux de chômage, la composition démographique ou la marginalisation des quartiers ? Les frères Kouachi venaient des Buttes Chaumont, Coulibaly de Montrouge. Des territoires pas vraiment en marge de la République... A l'inverse, metronews se penche sur cinq quartiers ou villes symboles, malgré eux, de la radicalisation à la française.

Trappes, "le nid"


Les policiers du renseignement territorial surnomment le quartier des Merisiers "le nid". A tort ou à raison, ils estiment que c’est à Trappes (Yvelines) que des émeutes motivées par un islam rigoriste se sont manifestées en premier, à l’été 2013. A l’origine, un contrôle d’identité qui tourne mal. Une jeune femme portant le voile intégrale aurait fait l’objet d’une remarque déplacée d’un policier. Son mari s’interpose. Il est placé en garde à vue. Deux nuits de violences s’ensuivent.

"Contrairement à 2005, cette émeute est liée à la pratique de la religion", relève un policier. Ce qui, à l’époque, a été interprété comme une "solidarité religieuse" prend une tournure plus inquiétante encore avec le départ de deux frères, originaires de la ville, en Syrie. Tous deux ont été tués. Un de leurs proches a par ailleurs été interpellé dans le cadre d’une enquête antiterroriste.

Autre figure, celle d’Alexandre Dhaussy, un converti à l’islam radical depuis l’âge de 17 ans. Cet homme de 25 ans, sans repère et désordonné, a poignardé en mai 2013 un militaire Vigipirate à La Défense. Il s’était rapproché de la grande mosquée de Trappes, bastion des leaders du Tabligh, un mouvement transnational de prédication de masse. Opposés à l’action violente, les prédicateurs tablighis servent toutefois parfois de préliminaires avant le passage à l’acte terroriste. Alexandre Dhaussy ne sera pas jugé pour sa tentative d’assassinat en lien avec une entreprise terroriste. Les juges l’ont en effet déclaré irresponsable et ont considéré qu’il relevait plutôt de la psychiatrie.

► Lunel, le djihad entre potes


La ville a été baptisée "djihad city". Depuis fin 2013, une vingtaine de jeunes de cette paisible ville de l’Hérault (25.000 habitants) ont rejoint les rangs de Daech en Syrie et en Irak. Huit d’entre eux y ont trouvé la mort. Isolement, repli sur soi, communautarisme… "On est tous en train de monter des murs", explique Tahar Akermi, un éducateur de Lunel, dans un documentaire de Laurent Ferrari,Condamnés à vivre ensemble, qui s’attache à expliquer comment le lien social a pu se déliter dans la commune. Selon lui, si ces jeunes sont partis en Syrie, c’est parce que la société ne leur a pas donné "leur place". "Ce n’est pas en abandonnant une partie de sa population que le problème va se régler. La chape de plomb va sauter un jour".

A Roubaix, les "grands frères" du djihad à la française


C’était il y a 20 ans, tout juste. Il était 6 heures du matin quand le 29 mars 1996, le Raid donnait l’assaut contre le "Gang de Roubaix", des "islamo-braqueurs" à l’origine d’une vague de hold-up dans la métropole lilloise faisant un mort à Roubaix. Les autorités présentent l’affaire comme relevant du "grand banditisme" et non de l’islamisme violent, voire du terrorisme. Déjà à l’époque, des membres du gang font des allers-retours à Molenbeek. Certains d’entre eux sont des convertis.

Surnommés les "ch’tis d’Allah", ils ont épousé la route de la Bosnie où ils ont combattu au côté de l’armée bosniaque dans les rangs des moudjahidine de Zenica en 1994 et 1995 contre les Serbes. Aujourd’hui encore, des Roubaisiens ont rejoint les rangs de Daech. L’un d’entre eux, Sofiane, y a été tué. Sa mère tente aujourd’hui de faire reconnaître son décès pour engager les démarches administratives. "Une vraie difficulté car personne n’a la preuve formelle de son décès", indique à metronews l’avocat de la famille.

► Le Mirail, dans l’ombre des Merah


Toulouse, la ville rose. Et sa part d’ombre… Ce sont les quartiers du Mirail et des Izards qui ont vu grandir les frères Merah et Clain. Le tueur au scooter a d’abord été un voyou en rupture familiale , petit délinquant de quartier, dealer à ses heures perdues, avant d’épouser les thèses de l’islamisme radical en prison. Fabien Clain, un ami d’enfance toulousain des Merah, a revendiqué les attentats de Paris au nom de Daech. C’est lui aussi qui est soupçonné d’avoir commandité l’attentat raté de Sid Ahmed Ghlam en avril 2015 contre une église de Villejuif.

Dans le quartier du Mirail, les frères Clain ne passaient pas inaperçus. Ils avaient eux-mêmes épousé des converties qui portaient la burqa. Un style vestimentaire qui leur avait alors valu le surnom de "clan des Belphégor". C’est à Toulouse encore, entre le Mirail et le quartier des Izards que l’amitié entre les Merah et Sabri Essid se construit. Si bien que ce dernier deviendra le beau-frère par alliance du terroriste, tué par le Raid en mars 2012.

Sabri Essid, présent à l’enterrement du tueur toulousain, mettra deux ans à réapparaître. Cette fois-ci en Syrie, dans une vidéo macabre mettant à mort un homme soupçonné d’être un espion du Mossad.

► A Sevran, "la mosquée de Daech"


Dans cette ville de Seine-Saint-Denis, au moins six jeunes auraient trouvé la mort en Syrie, alors qu’ils se battaient dans les rangs de Daech. En tout, une douzaine de jeunes seraient partis faire le djihad. Les parents d’un jeune français de 23 ans tué en Syrie ont accusé la semaine dernière le maire de la ville de fermer les yeux sur la présence de "recruteurs" de Daech sur la commune. Dans une lettre ouverte, Véronique et Thierry Roy fustigeaient alors "l’immobilisme" de la municipalité.

De son côté, le maire, Stéphane Gatignon (ex-EELV) se défend d’avoir "laissé faire" la radicalisation des jeunes dans sa commune. "Une salle de prière s’est ouverte début 2014. Les premiers à être venus me voir en me disant qu’il y avait des prêches violents, ce sont les musulmans de Sevran",  a-t-il souligné au micro d’Europe 1 . Il assure alors avoir prévenu les services préfectoraux, afin de fermer au plus vite cette salle, surnommée désormais "la mosquée de Daech". "On m’a dit qu’il fallait la laisser ouverte pour du renseignement", explique-t-il. Selon lui, les services antiterroristes ne sont plus assez présents dans les quartiers et les banlieues. A Sevran, comme ailleurs...

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