Pierre, atteint d'Alzheimer, a disparu depuis 6 mois : l'appel à l'aide de sa fille

Pierre, atteint d'Alzheimer, a disparu depuis 6 mois : l'appel à l'aide de sa fille

APPEL À TÉMOINS - Pierre Saillard, un sexagénaire atteint d’une maladie dégénérative du cerveau, a disparu il y a cinq mois et demi après être parti marcher à l’extérieur de son domicile. Le phénomène d’errance des personnes âgées souffrant d’Alzheimer ou de maladies apparentées est mal connu des autorités alors que le nombre de cas, lui, est inéluctablement voué à augmenter. La fille de Pierre confie son désespoir à metronews.

Suicide d’un homme qui ne supportait plus sa maladie, ou errance d’un sexagénaire souffrant d’une maladie dégénérative du cerveau ? Le 3 août 2015, Pierre Saillard est parti "faire un tour". Il n'a jamais regagné le domicile familial à Sagriès, petit village de 900 âmes au nord de Nîmes (Gard) . Deux mois plus tôt, "Pierrot", comme on l'appelait chez lui, avait été diagnostiqué comme malade d’Alzheimer ou apparenté. Cet ancien expert pour les assurances souffrait par intermittence de perte de mémoire. Depuis cinq mois et demi, aucune trace de Pierrot, 66 ans, 1m80, barbu, porteur de lunettes rondes et dégarni sur le haut du front.

"Les médecins nous ont expliqué que sa maladie a pu déclencher chez lui une volonté terrible de suivre un but que l’on ne connaît pas. Il a pu marcher très longtemps. D’autant que papa faisait de la randonnée et était en très bonne forme physique", raconte à metronews sa fille, Sybille, 40 ans. Cette dernière, desespérée, ne compte plus le nombre de mails envoyés aux associations, mairies ou autres organismes avec en pièce jointe l’avis de recherche . Ni les difficultés liées à l'affichage public, "interdit dans les gares, par exemple". Aujourd’hui, elle a le sentiment que l’affaire s’est essoufflée. "Les gendarmes suivent la procédure. Mais ça reste limité au secteur d’Uzès. Seuls les hôpitaux du sud de la France sont prévenus. Or, il a travaillé à Paris. Il a pu y retourner", croit-elle.

Failles juridiques pour les malades

Immédiatement après sa disparition, et compte tenu de la maladie de Pierre, les gendarmes ont ouvert une enquête pour disparition inquiétante . Chiens pisteurs, hélicoptères, mobilisation des gendarmes… Comme dans la plupart de ce type d’affaires, des moyens importants sont déployés les 48 premières heures.  Mais une fois passé le délai, sans trace de vie, les recherches sur le terrain s’arrêtent. Place aux vérifications des témoignages. Une femme dit l’avoir vu deux jours après sa disparition à proximité d’une école. Etait-ce bien lui ? Impossible de le vérifier. Seule certitude : Pierre Saillard est parti avec ses papiers d’identité.

La famille se heurte aujourd’hui aux longueurs de l’enquête. "On nous a dit que tout le monde avait le droit de disparaître. Oui, c’est vrai. Mais là, mon père était malade. C’était contre sa volonté de nous quitter", appuie Sybille, convaincue que Pierrot est encore vivant, quelque part, perdu en France. En l'absence de corps, la disparition d’une personne atteinte d’Alzheimer peut poser des problèmes juridiques pour la famille. "Il n’y a aucun statut. Comment résilier l’abonnement téléphonique ? On ne peut prendre aucune décision le concernant sans attestation. A moins de le déclarer mort", assure-t-elle.

La solution du ministère : la géolocalisation

La connaissance des autorités du phénomène d’errance de personnes âgées est relativement mauvaise. Aucun chiffre n’existe au sein de la police ou de la gendarmerie recensant ce type de faits. Pourtant, régulièrement, la presse locale se fait l’écho de ces tragiques disparitions . "Cette maladie touche des personnes de plus en plus jeunes. C’est un sujet qu’il va falloir creuser dans les mois à venir pour développer la prévention et la réaction face à une telle situation pour donner des repères aux aidants", nous explique Joël Jaouen, président de l’association France Alzheimer .

"C’est une problématique importante, concède-t-on dans l’entourage de Laurence Rossignol, secrétaire d’Etat chargée des personnes âgées. Notre axe d’action est la géolocalisation des personnes âgées en respectant leur liberté de circuler." Des dispositifs de bracelets électroniques existent déjà. Ils vont sans doute être encouragés et développés dans le cadre de la loi sur l’adaptation de la société au vieillissement entrée en vigueur en janvier dernier. Pas question toutefois, nous indique-t-on, de créer un dispositif d’alerte spécialement pour les personnes âgées atteintes de troubles de la mémoire comme cela existe déjà pour les mineurs .

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