Pourquoi tant d'armes circulent sur l'île de Saint-Martin ?

Pourquoi tant d'armes circulent sur l'île de Saint-Martin ?

DÉCRYPTAGE - Emmanuel Macron souhaite "désarmer" l'île de Saint-Martin, en proie aux pillages dans les heures qui ont suivi le passage d'Irma. " Il n'est pas normal que dans une île comme celle-ci, il y ait autant d'armes en circulation", estime le président. Pourquoi tant d'armes sont-elles en circulation sur ce petit bout de France dans la mer des Caraïbes ? Voici quelques éléments de réponse.

Emmanuel Macron a qualifié la situation de "problème endémique dans l'île". Ce mardi 12 septembre, le chef de l'Etat était à Saint-Martin pour rencontrer les populations touchées par l'ouragan Irma, apporter de l'aide et répondre aux interrogations, nombreuses de ces îliens qui, pour beaucoup, ont tout perdu. Après les ravages d'Irma, de nombreux témoignages d'habitants de l'île font état de "gangs" armés, de pillages de magasins et de courses-poursuites entre pilleurs et gendarmes dans les rues. 


Emmanuel Macron a enjoint les habitants à ne pas se faire justice eux-mêmes, et "de ne procéder en aucun cas à l'autodéfense", ajoutant qu'il n'était "pas normal" qu'il y ait "autant d'armes en circulation" sur l'île. "Je souhaite qu'au bénéfice de cette crise, on puisse désarmer l'île. Il n'est pas normal que dans une île comme celle-ci, il y ait autant d'armes en circulation", a-t-il ajouté. Des propos qui interrogent, forcément. L'île est-elle vraiment en proie à un trafic d'armes important ? Si c'est le cas, d'où viennent-elles ? LCI a demandé à un expert en trafic d'armes et geopolitique, Jean-Charles Antoine.

124 vols avec armes pour 35 000 habitants

D'après une étude du Ministère de l'Intérieur datant de 2015,"Saint-Martin apparaît comme un territoire hors-norme avec 124 vols avec armes pour 35 000 habitants (soit 3,5 pour 1000). À titre de comparaison, dans aucun département de métropole l’intensité des vols avec armes ne dépasse 0,6 fait pour 1000 habitants", peut-on lire dans un compte rendu du service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI). 

LCI : Quand Emmanuel Macron dit que la présence d’armes à feu à Saint-Martin est un problème endémique, est-ce vrai ?

Jean-Charles Antoine : Oui c’est vrai et c’est lié à un développement des réseaux de trafic de drogues. C’est l’arc antillais dans sa globalité qui est touché par ce trafic venu principalement des Etats-Unis ou d'Amérique Latine. Cette île est un terreau favorable du trafic de drogues et cela encourage les rivalités. Il y a un besoin d’armes pour défendre sa part du gâteau.

LCI : D’où viennent ces armes ?

Jean-Charles Antoine : Principalement des Etats-Unis. Sur toute la zone antillaise, concernant les armes légales, cela vient des USA. Mais aussi des vols dans les domiciles qui alimentent un trafic illégal. Saint-Martin est une île et donc sujette à des mouvements par bateau. Ces armes arrivent par ce biais, dans des petites embarcations, des bateaux de plaisance, par exemple. Rarement par cargo. Mais c'est un travail de fourmi car il ne s'agit pas de grosses cargaisons. De plus, la population passe facilement de la partie française à la partie néerlandaise : c'est un territoire soumis à la zone Shengen. Le contexte géographique facilite ce trafic.

LCI : Quel type d’armes trouve-t-on sur place ?

Jean-Charles Antoine : Des armes américaines. Des pistolets automatiques, des revolvers, des fusils d'assaut, parfois.

LCI : Y a-t-il plus d'armes en circulation là-bas, qu'en métropole ?

Jean-Charles Antoine : Il n'y a pas de chiffres précis. Sur tout le territoire français, on estime qu'il y a 4500 armes saisies chaque année. Ce sont les chiffres approximatifs annuels du Ministère de l’intérieur. Proportionnellement, on ne peut pas dire que ce soit plus important là-bas. C’est un pourcentage équivalent à ce que l’on trouve en métropole.

LCI : La France met-elle vraiment tout en oeuvre pour endiguer ce qu'Emmanuel Macron qualifie de "problème endémique" ?

Jean-Charles Antoine : Le problème est connu et pris en charge depuis plusieurs décennies. Des gendarmes sont présents sur l'île. Des escadrons de gendarmerie mobiles sont sur place en renfort et avant le passage d'Irma la situation était en équilibre. Habituellement, les escadrons de gendarmeries coopèrent avec les néerlandais sur le sujet du trafic d'armes. Il y a les mêmes politiques en France, des échanges d'informations qui permettent de gagner du temps, de faire des suivis... Or là, nous sommes dans une situation de crise, avec une criminalité qui a explosé après l’ouragan. Désormais, les moyens semblent suffisants pour endiguer cela, cela a été fait en un temps record.

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