Procès Cottrez : le poids des mots

Procès Cottrez : le poids des mots

DOUAI – Lundi matin, la cour d'assises du Nord a entendu la sage-femme qui assisté lors de son premier accouchement Dominique Cottrez, jugée pour un octuple infanticide. Un événement "traumatique" pour l'accusée qui avait expliqué avoir développé une "phobie du corps médical".

C'est une femme mince, la soixantaine élégante, qui s'avance au micro. "C'est moi qui l'ai accouchée ? Certains accouchements me marquent, celui-là, je ne m'en rappelle pas". Dominique Cottrez, emmurée dans son mal-être, elle, s'en souvient trop bien. Ce devait être le plus beau jour de sa vie. Ce fut le plus "traumatisant". Le premier accouchement, celui de "l'humiliation", des mots "trop blessants" d'une sage-femme, au point qu'elle décide de ne plus se déshabiller devant ce corps médical qui aurait pu lui prescrire la pilule. Trente ans après, Pierrette Valot, la sage-femme, se tient là, tout près d'elle, et ne se rappelle pas.

"Avez-vous fait des remarques à Mme Cottrez sur son poids le jour de son premier accouchement ?", interroge la présidente au troisième jour du procès devant les assises du Nord. "A chaque fois, on explique aux dames que l'accouchement est difficile quand elles sont en surpoids", déclare la sage-femme aujourd'hui retraitée. "Mme Cottrez parle de propos humiliants..." - "Je sais que j'ai une voix forte. J'ai peut-être essayé de la faire pousser un peu plus". "Oui" la dame aux cheveux grisonnants et aux petites lunettes vertes concède qu'elle a pu lui conseiller de perdre 35 kilos ou encore lui expliquer "que sa corpulence gênait la descente du bébé". Mais ce n'était en rien "des propos humiliants". "Je n'avais pas la volonté de la blesser."

"Maltraitance des hôpitaux"

"Vous lui avez lancé que vous deviez écarter les graisses avec vos doigts pour faire descendre le bébé !", s'emporte l'avocate de l'accusée. "Oui, c'est la technique, je l'ai fait et je lui ai certainement expliqué", répond le témoin imperturbable, qui rappelle que ce n'est pas "son procès". Le procureur verra en Pierrette Valot, une femme "de caractère" qui sait "parler efficace au patient". Une de ces sages-femmes à l'ancienne que le docteur Damien Subtil venu lui succéder à la barre connaît bien. L'expert en gynécologie a travaillé dans plusieurs services. "La parole rapportée par Dominique Cottrez m'a révolté mais pas étonné. A l'époque, dans les hôpitaux et les cliniques, on disait des choses comme ça". Pour le gynécologue, qui évoque "la maltraitance dans les hôpitaux", "le mauvais accueil de Dominique Cottrez" lors de son premier accouchement "a été central".

"Connaissant le mal-être des personnes en surpoids, je n'ai eu aucune peine à imaginer qu'elle n'ait pas voulu revenir voir un médecin ensuite", poursuit le docteur qui livre alors un compte-rendu que la présidente qualifiera de "déconcertant". "Je sais que je sors de mon domaine, mais je m'excuse pour le mal que le corps médical lui a fait. Le système de santé n'est pas coupable des crimes de Dominique Cottrez mais il porte une part de responsabilité'.

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