Procès des amants diaboliques : "Pourquoi l'as-tu brûlée, Didier ?"

Procès des amants diaboliques : "Pourquoi l'as-tu brûlée, Didier ?"

COMPTE RENDU D’AUDIENCE - Didier Barbot, co-accusé de l’assassinat de sa femme, s’est retrouvé confronté ce mercredi aux témoignages terribles des proches de la victime. Et les assises de Nantes ont retenu leur souffle, le temps des dépositions implorantes des deux sœurs d'Anne Barbot.

La ressemblance est frappante. Laurence et Marie-Dominique, les deux aînées d'Anne Barbot, partagent la même bouille ronde, la même coupe à la garçonne que leur sœur, dont le visage a été placardé dans toute la Loire-Atlantique, lorsque les recherchent battaient leur plein. Depuis, à l'automne 2013, elles ont appris que leur petite sœur avait été assassinée. Elles ont appris, aussi, que l’assassin serait Didier Barbot, beau-frère adoré et admiré, avec la complicité de sa maîtresse Stéphanie Livet. Mais, ce 20 janvier, devant la cour d’assises de Nantes, elles ont montré que leur douleur, elle, ne peut être domptée.

"Ils sont dangereux pour la société, ces gens-là"

La douleur de la perte, d’abord, d’une sœur qu’on a vu reprendre goût à la vie suite à un projet d’adoption qui se concrétisait. "Elle était gaie, bien dans sa peau", commence Laurence, à la barre. "On a toujours été proches dans la difficulté, et je sais qu’elle a souffert de la perte de sa petite fille, à la naissance".

De douze ans son aînée, Laurence se souvient des premiers pas de Anne, des premières gamelles et des séances biberon. Elle étouffe un sanglot. Avec tristesse, mais sans haine, elle poursuit : "Ils l’ont massacrée. C’est pas juste. Ils sont dangereux pour la société, faut pas qu’ils ressortent de prison ces gens-là." Et puis, très vite, se perçoit la blessure de la trahison. "J’ai du mal à admettre ce qu’il s’est passé. Didier, c’était comme mon petit frère", poursuit Laurence, qui connaissait en effet le co-accusé depuis plus de vingt ans.

"Didier, dis-moi! Dis-moi!"

Mais cette colère, c’est Marie-Dominique, la plus âgée de la fratrie, qui l’exprime le mieux. Dans sa voix, très aigue comme pour dominer les pleurs, il y a la candeur de l’incompréhension, la plaie du deuil non terminé. Tandis que sa sœur chuchotait presque dans le micro, Marie-Dominique fait trembler les murs. Et livre un monologue saisissant, à l’adresse d’une unique personne : Didier Barbot. "Je ne comprends plus rien. Didier, dis-moi! Dis-moi! Tu m’as écrit qu’il faut continuer de vivre, mais comment veux-tu que je reprenne le chemin de la vie si tu ne me dis pas la vérité ? Je n’ai pas pu faire mon deuil de Anne, parce que je ne l’ai pas vue. Pourquoi l’as-tu brûlée, Didier ? Pourquoi ?"

Dans la salle d’assises, le silence est pesant. Chacun retient son souffle. La présidente, d’un ton vif, demande à Didier Barbot de se lever. Est-ce le moment de vérité ? Face à ces larmes tragiques, l’accusé va-t-il enfin avouer le mobile du crime, reconnaître son implication dans l’assassinat, qui jusqu’à présent paraît bien floue ?

Pas le moins du monde. Didier Barbot déglutit avec difficulté, puis, froidement, déclare : "Je présente mes excuses à toute la famille. Je ne m’explique pas ce qui a pu se passer. Je m’exprimerai sur les faits demain." Le calendrier des audiences promet en effet une journée cruciale, jeudi, au cours de laquelle seront confrontées les différentes versions du crime des amants diaboliques. Mais ce soir encore, les sœurs d’Anne Barbot se coucheront la tête pleine de questions.

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