"Scènes de guerre", "sidération" : les médecins des urgences racontent

"Scènes de guerre", "sidération" : les médecins des urgences racontent

TERRORISME - Perforations du ventre, du thorax, hémorragies: les blessures des victimes des attentats de Paris, jeunes pour la plupart, évoquent des "scènes de guerre". C’est ce dont témoignent des médecins des urgences, qui décrivent des patients dans un "état de sidération".

Un "afflux de blessés par balle". Des "scènes de guerre". Des victimes dans un "état de sidération". C’est ce que racontent des médecins, qui ont travaillé tout le week-end à l’accueil des victimes dans les hôpitaux de Paris, après les attentats de Paris survenus vendredi.

C'était "une ambiance de scènes de guerre", raconte à l’AFP le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris. Il évoque notamment l'afflux de blessés par balles vendredi, dont un tiers de blessés graves qui ont été transférés aussitôt au bloc opératoire ou en réanimation. Dimanche, les "opérations continuent", une fois passées les plus urgentes. Des patients sont encore en réanimation en raison de leur "état préoccupant".

Des patients "anesthésiés, groggy"

"La plupart des blessés avaient été traversés de balles, c'était horrible", raconte un des chirurgiens de l'hôpital Lariboisière, sous couvert d'anonymat. Il évoque en pagaille les mâchoires, crânes, yeux, membres touchés, et surtout "un grand sentiment de désolation". Dans la nuit de vendredi à samedi , 8 blocs opératoires sur 12 tournaient dans cet hôpital. Les chirurgiens orthopédistes ont aussi été très mobilisés en raison des plaies aux membres.

"Le plus important, c'est l'organisation", souligne pour sa part le Pr Didier Journois, du service anesthésie réanimation de l'hôpital Georges-Pompidou. "La répartition des patients dans les hôpitaux a été faite afin de leur donner toutes leurs chances" de survie." Ceux qui ne représentaient pas une urgence absolue ont été "stabilisés" et placés sous surveillance. Tous les urgentistes parlent des dégâts considérables provoqués par les balles de gros calibre tirées par les terroristes, armés notamment de fusils d'assaut Kalachnikov et portant des ceintures d'explosifs : perforation du ventre, dégâts musculaires, osseux, hémorragies... sur des victimes jeunes pour la plupart.

Beaucoup de gens vont avoir des séquelles, déplorent les médecins. Et pour certains, de longs mois de traitement vont suivre (nouvelles interventions, greffes...). Mais les urgentistes ont aussi été frappés par l'état de "sidération" des patients "comme anesthésiés, groggy" par ce qu'ils ont vécu. "Ils sont comme KO debout. Ils n'expriment pas une émotion légitime", commente Dominique Pateron, chef du service des urgences de Saint-Antoine. Il évoque ainsi le cas d'un patient visiblement grièvement blessé au bras par une balle et qui "semble détaché à la fois du drame et de sa blessure". Quand on l'interroge, il dit simplement : "Je ne sais pas, j'ai rien vu". D’après le dernier bilan, 132 personnes ont été tuées, et plusieurs centaines blessées au cours des fusillades qui ont secoué la capitale vendredi soir.

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