Trois Anonymous diffusent les données personnelles de policiers : des peines "sévères" requises

Trois Anonymous diffusent les données personnelles de policiers : des peines "sévères" requises

PROCÈS – Trois prévenus âgés de 22 à 27 ans comparaissaient ce mardi devant la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour avoir récupéré puis diffusé les données personnelles de 541 policiers du syndicat SGP-FO. Le procureur a requis un an de prison assorti du sursis et 5000 euros d'amende à l'encontre de chacun d'eux. La décision a été mise en délibéré au 22 mars 2016.

Chemises, costumes et pour l'un d'eux, cravate. Ces anciens Anonymous, aujourd'hui âgés de 22 ans pour l'un et de 27 ans pour les deux autres, étaient jugés ce mardi devant la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour avoir notamment, en 2011 et 2012, récupéré et diffusé les données personnelles – noms, prénoms, adresses mail et numéros de téléphone- de 541 policiers du syndicat SGP-FO.

A l'encontre des trois prévenus "qui ne sont pas des pieds nickelés" et qui sont des "personnes dangereuses eu égard au fait qu'ils ont commis", le procureur a requis un an de prison assorti du sursis simple et 5 000 euros d'amende. Une sanction que le ministère public voulait "sévère" et qui sera connue le 22 mars, date à laquelle la décision a été mise en délibéré.

Trois professionnels de l'informatique

A l'origine de cette affaire, Quentin, alias Sunki, alors âgé de 18 ans. En 2011, le jeune homme était parvenu à déceler, à partir d'une "simple recherche Google" et des URLs apparus dans les résultats, une faille sur le site du syndicat de police. "A l'époque, Quentin a signalé la faille au webmaster du site mais le syndicat n'a rien fait pour la traiter. Le syndicat a, à l'évidence, commis une faute", a souligné Me Matthieu HY, son avocat.

Voyant que rien n'était fait, ce dernier avait partagé la faille sur différents sites et forums. "C'était pour défendre la liberté d'expression, ça me tenait à cœur. Et puis, il y avait l'image que pouvait représenter la police à l'époque", a dit à la barre le jeune homme devenu informaticien. A l'époque des faits, le FBI avait brutalement fermé le site d'hébergement MegaUpload, suscitant l'ire de milliers d'internautes, dont les Anonymous, qui avaient répondu par diverses attaques notamment de sites institutionnels.

Florent, 23 ans au moment des faits, avait capté et copié la base de données. Devenu ingénieur en téléphonie depuis, ce dernier a expliqué son geste en disant "qu'il voulait voir comment fonctionnait le logiciel" utilisé à l'époque pour déceler la faille.

Lucas, lui aussi âgé de 23 ans en 2012, avait annoncé la mise en ligne des coordonnées des 541 fonctionnaires de police, notamment en alertant de la diffusion des données sur Twitter. Selon sa sœur, le jeune homme chez qui un masque de Guy Fawkes, symbole des Anonymous, avait été retrouvé, "se vantait de pirater des sites". Une accusation dont s'est défendu le prévenu devenu développeur de logiciels qui a également réfuté tout acte de malveillance.

Appels malveillants et sites pornos

Scandalisée par le fait que la peine requise puisse être la même pour les trois prévenus, l'avocate de Lucas, Anne-Sophie Laguens a demandé que le procureur ne fasse pas "un package" de sanction et indiquant que son client ne pouvait être mis dans le même sac que les Florent et Quentin. "Son pseudo c'était "Calin". Son adresse mail, "grosnounoursbleu" et l'adresse IP était chez sa mère. Ça permet de relativiser !" a-t-elle insisté.

Me Daniel Merchat, avocat d'une cinquantaine de policiers parmi la centaine qui s'est constituée partie civile, n'a pas vu les choses de la même façon. "Les policiers ont eu à l'époque deux sentiments : de l'incompréhension et de l'inquiétude", a-t-il dit. "Après la diffusion des données, une vingtaine de policiers a fait l'objet d'appels malveillances, d'autres ont reçu une série de mails non désirés. Certains se sont retrouvés avec des flux de mails pour revues pornos" a fait savoir l'avocat des fonctionnaires rappelant que les conséquences auraient pu être bien plus graves si les données avaient été diffusées en 2015, en référence aux attentats qui ont endeuillé la France.

Au cours des trois heures d'audience, les trois anciens hackers, qui ne sont plus Anonymous, ont déclaré avoir "pris conscience" de ce qu'ils avaient fait et ont exprimé des regrets sur quelque chose qu'ils qualifient "d'extrêmement grave". Tous aujourd'hui travaillent. "Calin" a même fait savoir aux magistrats qu'il avait "l'honneur" de leur annoncer qu'il allait bientôt être papa. Reste à voir si le tribunal entendra la voix de ces jeunes travailleurs et ex-hackers ou s'il suivra les réquisitions du procureur.

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