Un rescapé du Bataclan : "Tu te dis que la prochaine balle est pour toi"

Un rescapé du Bataclan : "Tu te dis que la prochaine balle est pour toi"

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TÉMOIGNAGE - Vendredi dernier, Alex Jofre était au Bataclan pour assister au concert de Eagles of Death Metal. Survivant de l'attentat qui a fait 89 morts dans la salle de spectacle parisienne, cet Argentin revient pour metronews sur ces horribles instants passés sous la menace des armes des assaillants.

Vendredi 13 novembre, Angelina a gardé les yeux rivés sur les points de suspension de son iPhone, pendant de longues heures, à attendre cette réponse qui n'arrivait pas. Quelques secondes plus tôt, elle recevait un message d'Alex, son compagnon, pris au piège dans le Bataclan. Elle n'en aura pas d'autre. A l'intérieur, il n'est plus question de faire du bruit, la furie des terroristes est sans pitié.

"Tu attends ton heure. Tu te dis que la prochaine balle est pour toi, c'est ça le plus dur. Mais bizarrement, j'étais très calme, je n'ai jamais paniqué", nous raconte, quatre jours plus tard, Alexandre Jofre, présent dans le Bataclan, ce funeste vendredi, et qui a accepté de raconter son calvaire à metronews.

"Vous êtes venus ici, vous allez le payer"

Quarante minutes après le début du concert, cet Argentin de 37 ans, expatrié depuis un peu moins de deux ans à Paris, décide d'aller acheter un t-shirt du groupe, puis passe par le bar pour ramener des bières. "Là, j'entends des pétards, partout dans la salle", se remémore-t-il. Pendant deux secondes, la confusion est totale. "Et puis je tourne la tête à droite et je vois le terroriste en train de tirer. Le mec se place au milieu de la salle et tire. Là, je comprends qu'il s'agit d'une attaque, et je me réfugie dans un couloir, entre les toilettes et le local technique. Je me suis souvenu que pendant les attentats de Charlie Hebdo, ceux qui ont survécu sont ceux qui se sont cachés. C'est ce que j'ai fait."

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Alors qu'un des terroristes recharge, il l'entend crier : "Vous êtes venus ici, vous allez le payer !'" Il se glisse alors à l'intérieur d'un caisson, "minuscule, comme ceux qui servent à transporter les amplis". Recouvert d'un drap noir, il va attendre, caché comme ça, que la police le trouve. C'est le moment qu'Alex choisit pour envoyer un texto à sa compagne. "Je lui écris que je suis bien caché, qu'ils ne me trouveront pas mais qu'il faut qu'elle appelle la police parce que sinon, ils vont continuer à tuer des gens". À compter de ce moment, c'est silence-radio, "parce que s'ils nous entendent, on est tous morts".

"A ce moment, je ne suis pas sûr qu'il s'agit vraiment de la police"

Durant ces interminables minutes, il croit comprendre que les terroristes demandent à tous les survivants de monter sur la scène. Son instinct lui dit de rester à couvert. "Puis il y a une forte explosion, depuis ma cachette, j'imagine que c'est un des kamikazes qui s'est fait sauter". Une poignée de secondes plus tard, des talkies-walkies crépitent. Dans un état paranoïaque, Alex imagine qu'il s'agit encore des terroristes. Peut-être communiquent-ils entre eux ? Sont-ils équipés de scanners pour écouter la police ? Plus loin, des bruits de verre brisé, du mouvement, "j'imagine qu'ils veulent mettre le feu à la salle. Il y en a un qui dit : 'Regarde s'il y a des câbles par terre'. Je crois qu'ils sont en train de confectionner une bombe, là, juste à côté de moi."

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Recroquevillé dans sa boîte, le survivant se masse les jambes "pour pouvoir courir, pour tenter un coup". En soulevant un bout de la couverture, il entraperçoit le casque d'un agent cagoulé et un autre individu, le visage à découvert. "A ce moment, je ne suis pas vraiment sûr qu'ils sont policiers, mais je vois qu'ils n'ont pas de kalashnikov, je décide de sortir de ma cachette", les mains au-dessus de la tête.

"D'où il sort celui-là"

"Je suis mis en joue, je leur dit que je suis un survivant. Ils m'ordonnent de me déshabiller et me passent les menottes par mesure de sécurité", continue le rescapé de 37 ans. En caleçon et en chaussettes, épaulé par un des policiers, il traverse la salle. "Ils me conseillent de ne pas regarder, de fixer le plafond"... Dehors, il y a d'autres agents de police, "ils se demandent d'où je sors. Je crois que je dois être un des derniers à être évacué de la salle de concert". Il est minuit moins dix. "Enfin, je peux contacter ma compagne, Angelina. Elle est soulagée, moi aussi."

Dimanche, après avoir vu une psychologue, Alex est allé se balader à Belleville, puis a pris la direction du Bataclan pour y déposer des bougies, une pancarte. "Ça m'a fait du bien", explique-t-il, serein, avant de conclure : "J'ai eu beaucoup de chance et maintenant, je veux profiter de ma vie le plus possible. À partir de maintenant, chaque seconde, j'en profiterai. Désormais, marcher dans la rue, pour moi, c'est un plaisir."

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