Une rescapée du Bataclan : "La policière m'a dit de ne pas encombrer la ligne puis m'a raccroché au nez"

Une rescapée du Bataclan : "La policière m'a dit de ne pas encombrer la ligne puis m'a raccroché au nez"

ENQUÊTE - Une commission d’enquête antiterroriste a été créée à l’Assemblée Nationale pour faire la lumière sur les attentats de novembre mais aussi pour savoir si l’Etat a bien mis en place tous les moyens nécessaires au lendemain de Charlie Hebdo. Les travaux se sont ouverts ce lundi par une table ronde des victimes et de leurs proches.

Une famille qui a veillé sur un corps qui n’était pas celui de leur proche, une autre qui a attend trois jours avant de pouvoir identifier la dépouille, un numéro d’urgence saturé… Les victimes et proches des victimes des attentats du 13 novembre ont dénoncé ce lundi devant les députés la prise en charge, jugée parfois "catastrophique", pendant et après les attaques. Ils étaient entendus au cours d’une table ronde à l’Assemblée nationale, première réunion de la commission d’enquête créée pour évaluer les moyens mis en œuvre par l’Etat pour lutter contre le terrorisme.

Les problèmes de communication sont au cœur des interrogations des victimes. Caroline Langlade, rescapée du Bataclan et vice-présidente de Life For Paris , a livré un témoignage glaçant, alors qu’elle était enfermée avec plusieurs autres otages dans une loge de la salle de théâtre. Après avoir composé le 17, elle s’est retrouvée en ligne avec une policière qui lui a demandé de parler plus fort, au risque qu’elle et son groupe d’otages se fassent repérer par les terroristes. "La policière m’a dit de parler plus fort. […] Puis qu’elle avait d’autres choses plus urgentes, […] de ne pas encombrer la ligne. […] Et elle m’a dit “bon tant pis” puis m’a raccroché au nez", a-t-elle raconté.

Le ratage des annonces de décès

Autre doléance, celle des examens médicaux et autopsies des victimes qui n’ont pas été versés aux dossiers, trois mois après les attentats. "On en a besoin pour faire notre deuil", a expliqué la fille de manuel Dias, unique victime décédée au Stade de France. Les familles veulent aussi rapidement être entendues par le juge Christophe Teissier, en charge des enquêtes sur les attentats de novembre. "On souhaite une information générale sur le processus", a mis en avant Georges Salines, président de "13 novembre : Fraternité et Vérité" qui milite pour que l’association puisse se constituer partie civile pendant l’instruction.

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Outre l’urgence judiciaire, les proches des victimes ont proposé la création d’un système d’information unique pour rechercher les blessés et les morts lors d’un attentat. Certaines familles ont en effet appris le décès d’un proche sur les réseaux sociaux, avant même d’en être informées par les autorités. D’autres ont dû faire le tour des services d’urgence des hôpitaux pour retrouver leurs proches. Toutes étaient unanimes pour constater que le numéro d’urgence mis en place par les autorités au soir des attentats était surchargé et "quasi-inaccessible". "L’annonce du décès a été au-delà de ce qu’on peut imaginer en terme de ratage", a en outre pointé Georges Salines.

Un transport de la commission au Bataclan

Les victimes souhaiteraient aussi voir leur image protégée, estimant que les victimes et témoins d’attentats même non blessés devraient pouvoir être floutés dans les médias. Le dirigeant de la Belle Equipe, Grégory Reibenberg, qui a perdu sa femme dans les attentats, est même allé plus loin demandant à ce que les images ne soient pas diffusées. "Je ne voudrais pas que dans dix ans ma fille voit son père, même flouté, en train de porter sa mère qui n’est pas encore morte", a-t-il avancé.

Cette table ronde doit être le point de départ des travaux d’une commission d’enquête sur les moyens mis en œuvre par l’Etat au lendemain des attaques de Charlie Hebdo. "Qui a décidé quels lieux fallait-il sécuriser en premier ?", a questionné Alexis Lebrun, rescapé de la fosse du bataclan, citant l’arrestation d’un djihadiste revenu de Syrie l’été dernier ayant comme projet de cibler une salle de concert parisienne. Au cours de leur enquête, les députés comptent auditionner des responsables policiers, des secouristes et des magistrats. Le président de la commission, le député Les Républicains Georges Fenech, envisage même de transporter ses collègues sur le site du Bataclan. Un calendrier plus précis des auditions devrait être connu en milieu de semaine.

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