"Vas-y, tire !" : jugée pour avoir tué son compagnon violent, Sylvie Leclerc invoque des voix intérieures

"Vas-y, tire !" : jugée pour avoir tué son compagnon violent, Sylvie Leclerc invoque des voix intérieures

JUSTICE - A partir de ce lundi 21 mars est jugée au tribunal de Nancy une femme de 54 ans pour le meurtre de son compagnon violent, en mai 2012. Une affaire qui n’est pas sans rappeler l’histoire de Jacqueline Sauvage, graciée par le président Hollande au terme de deux condamnations pénales.

Il est presque 22 heures, ce 15 mai 2012, lorsque la police débarque au domicile de Sylvie Leclerc, dans la commune de Jarville-La-Malgrange, près de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Sur le lit est allongé un homme, les mains croisées sur la poitrine, une importante plaie au niveau du coeur. Au sol, une grosse flaque de sang. Cet homme, mort sur le coup, c’est Gérard Schahan, le compagnon de Sylvie Leclerc. Immédiatement placée en garde à vue, celle-ci n’oppose aucune résistance au moment de reconnaître les faits. Dans la cuisine, contre le vaisselier, est d’ailleurs immédiatement retrouvée l’arme du crime, un fusil de chasse, dont le canon est taché de sang.

Auprès des enquêteurs, Sylvie Leclerc se raconte. Elle décrit trente-cinq années de vie commune avec Gérard, placées sous le signe de l’humiliation, du harcèlement psychologique et de la violence. Et n’a pas de mots assez durs pour qualifier le père de sa fille : "Mythomane, cleptomane, pervers, psychopathe…" Peu à peu, cette femme, âgée de 54 ans aujourd’hui, fait le récit des scènes de strangulation que son ancien compagnon lui aurait fait subir, ainsi que de pratiques sexuelles extrêmes et non consenties. Interrogée sur la présence d’une perruque, retrouvée dans l’appartement, elle explique qu’il lui reprochait sans cesse son infidélité passée et l’obligeait à se déguiser pour aller dehors, pour ne pas que "les Arabes la regardent".

EN SAVOIR + 
>>  "Tu as bien fait de le tuer, maman"
>> Sylvie Leclerc sur son compagnon : "C'était un malade"
>>  "Sylvie et Gérard, c'est d'abord une histoire d'amour"
>> Neuf ans requis contre Sylvie Leclerc

Des voix dans sa tête

Violences, fusil de chasse et épouse vengeresse. L’affaire, qui est jugée au tribunal de Nancy à partir de ce lundi 21 mars, en rappelle immanquablement une autre : celle de Jacqueline Sauvage, condamnée à 10 ans de prison pour le meurtre de son mari violent avant d’être graciée partiellement par François Hollande. Elle s’en rapproche d’autant plus que Sylvie Leclerc s’est offert les services des mêmes avocates, les très médiatiques Janine Bonagguinta et Nathalie Tomasini.

Contactée par metronews, maître Bonaggiunta établit elle-même un parallèle entre ces deux destins tragiques. "C’est la même histoire conjugale. Elle a connu son compagnon très jeune, a d’abord été charmée, puis s’est vite conformée à tout ce qu’il voulait." Mais chaque affaire, bien sûr, a des spécificités. Et ici, la différence est de taille. Car au coeur des débats devraient s’inviter des considérations psychiatriques, absentes des enjeux de l’affaire Sauvage. Peu avant de tirer à bout portant sur Gérard, Sylvie Leclerc dit en effet avoir "entendu des voix". Des voix lui disant, précisément : "Vas-y, tire, tu seras tranquille". C’est ainsi qu’après avoir fumé une cigarette, elle a armé le fusil - après avoir passé un quart d’heure à comprendre comment l’ouvrir -, a tiré, puis a appelé sa voisine pour la prévenir de son crime. Devant les enquêteurs, elle confiera par la suite : "Je suis en paix, je suis soulagée."

EN SAVOIR +
>>  Pourquoi Sylvie Leclerc n'est pas une nouvelle Jacqueline Sauvage
>> Procès de Jacqueline Sauvage à Blois : "J'ai tiré, tiré, tiré"

Elle avait parlé de son envie de tuer son mari

Observée par des experts qui concluent à l’altération du discernement au moment des faits, l’accusée ne devrait donc pas bénéficier de la même ligne de défense que Jacqueline Sauvage. Ses deux avocates ne devraient pas plaider une "situation de légitime défense permanente", mais plutôt attirer les jurés vers une idée d’abolition du discernement. "La frontière entre altération et abolition est ténue", prévient encore Janine Bonaggiunta, qui estime aujourd’hui que la prise en charge psychiatrique de sa patiente n’a pas été efficace.

"Quelques jours plus tôt, elle a parlé à un infirmier de son envie de tuer son mari. Il lui a proposé une hospitalisation, elle a refusé, ils en sont restés là. C’est normal, vous trouvez ?" Les avocats des parties civiles, sollicités, n’ont pas souhaité s’exprimer sur l’affaire avant la tenue du procès, qui doit durer quatre jours. Sylvie Leclerc, poursuivie pour "homicide volontaire par conjoint", encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Les tags

    Et aussi

    Sur le même sujet

    À suivre

    Rubriques