VIDÉO - Douanes : soupçons d'importations illicites et de transactions frauduleuses, un haut cadre mis en examen

DOUTEUX - Elles sont chargées d'empêcher les trafics de marchandises mais pourraient être à l'origine de certaines pratiques frauduleuses : les douanes, ou plutôt certains de leurs responsables, auraient piloté des importations illicites, selon le JDD.

Cette affaire a de quoi secouer les douanes françaises. L'ancien numéro 2 de la Direction des opérations douanières (DOD) a été mis en examen fin juillet pour complicité d'importation de marchandises contrefaites notamment, selon les informations publiées ce dimanche 13 août 2017 par nos confrères du Journal du dimanche. 


Selon le JDD, le haut cadre du service le plus prestigieux des douanes a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer aux douanes à la suite d'une audition dans le cadre de l'affaire du faux café saisi au Havre en 2015 dans laquelle il est suspecté d'avoir cautionné l'importation de café de contrebande pour faire grimper les statistiques de saisies.


"Beaucoup de choses ont été faites derrière son dos [...] Le système existait avant lui", assure cependant l'avocat de l'intéressé, cité par l’hebdomadaire. Un autre ponte des douanes, ancien patron de la DOD et actuellement en poste à l'Office européen de la lutte contre la fraude, a ainsi vu son bureau et son domicile faire l'objet d'une perquisition au début de l'été.

Ce système que les gendarmes seraient en passe de mettre à jour semble bien rodé, comme le laisse entendre l'exemple développé par l'hebdomadaire du dimanche :


• Une saisie record : les douanes interceptent 43 tonnes de café contrefait dans le port du Havre le 3 juillet 2015. Bercy les félicite parlant d'une "première sur le territoire national". De façon étrange, les paquets très grossièrement contrefaits paraissent difficilement écoulables. 


• Possible échange de tuyaux : le même jour 77 tonnes de marchandises inconnues, stockées à côté du café, franchissent les barrières du port sans éveiller les soupçons. Il pourrait s'agir de cigarettes de contrebande sur lesquelles les douanes ont fermé les yeux après avoir été prévenues, pour le café, par un aviseur (c'est-à-dire une personne étrangère aux administrations publiques qui fournit au service des douanes des renseignements ou un avis sur une fraude contre rétribution en espèces).


• Série de perquisitions : une information judiciaire et ouverte et donne lieu en décembre 2016 à une rafale de perquisitions au Havre, où 800.000 euros d'espèces sont découverts dans les locaux de la douane et au domicile d'un chef de l'antenne de la DOD. Au siège, en région parisienne, tous les bureaux des directeurs sont fouillés. En avril, douze personnes, dont six fonctionnaires, sont placées en garde à vue.


• Une manœuvre impliquant les aviseurs : deux douaniers sont soupçonnés d'avoir géré l'aviseur et sont mis en examen, pour complicité d'importation, détention en bande organisée de marchandise contrefaite et détournement d'argent public notamment. Une hypothèse est alors évoquée : la manœuvre aurait permis à un informateur d'acheminer sa propre marchandise sous couvert d'une autre destinée à être saisie. Trois aviseurs sont mis en examen. 


• Les dérives de la culture du résultat : un autre scénario est mis en avant par le JDD, l'affaire pourrait cacher un "grand secret" compromettant pour les douanes, "un système corrompu" qui aurait "commencé en 2012" dans un contexte de politique du "résultat" ayant donné lieu à une série de dérives, selon une source haut placée citée par l'hebdomadaire. Pour gonfler les chiffres, il se serait d'abord agi d'intégrer dans les bilans certaines saisies à l'étranger puis carrément d'inventer des informateurs, et donc de sortir des espèces pour payer des aviseurs qui n'existent pas. 


Cette dernière hypothèse d'une corruption généralisée est totalement balayée par un responsable de la douane, également interrogé par l'hebdomadaire. Pour celui-ci, l'affaire du Havre est seulement due à "un dysfonctionnement localisé" et "aujourd'hui circonscrit". Ce que l'enquête judiciaire devrait aider à déterminer dans les semaines à venir. 

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