Cannes 2014 – "Captives", le puzzle brillant d'Atom Egoyan

Cannes 2014 – "Captives", le puzzle brillant d'Atom Egoyan

CRITIQUE – Avec "Captives", en lice pour la Palme d’Or, le cinéaste canadien Atom Egoyan construit un thriller à tiroirs, où la résolution de l’intrigue est moins passionnante que les tourments affectifs de ses acteurs.

Comment raconter le kidnapping d’un enfant lorsqu’on connaît déjà le coupable ? A l’heure où le polar domine tout – films, séries, romans – Atom Egoyan s’est offert un challenge excitant : maintenir la tension inhérente au genre tout en explorant les grands thèmes de son cinéma : les conséquences psychologiques d’un drame intime (De Beaux Lendemains) ; la relation entre la victime et son bourreau (Le Voyage de Felicia) ; les dérives des nouveaux moyens de communication (Adoration)… et puis donc une admirable construction narrative à la manière du cultissime Exotica ou du sous-estimé La Vérité Nue.

Passé le générique, un long plan à 180° sur un lac gelé, aussi paisible qu’angoissant, The Captive (le titre original) raconte la disparition de la petite Cassandra sous la forme d’un puzzle qui effectue un aller retour permanent entre le passé et le présent. Et sur l’évolution de trois couples : les parents, Matthew (Ryan Reynolds) et Tina (Mireille Enos, la flic de The Killing US), les enquêteurs, Nicole (Rosario Dawson) et Jeffrey (Scott Speedman) ; et enfin Cassandra (Alexia Fast) et son ravisseur, Mika (Kevin Durand, l’une des plus belles sales gueules du moment).

Des faux-semblants en pagaille

Pour les premiers, il s’agit de continuer à vivre : avec le poids de la culpabilité pour Matthew, qui a laissé quelques instants sa fille sans surveillance ; avec la possibilité de lui pardonner pour Tina. Leur drame est poignant, tout en retenue. Belle gueule hollywoodienne, parfois insipide, Ryan Reynolds trouve là l’un des meilleurs rôles de sa carrière. Pour le couple d’enquêteurs, plus conventionnel, mais pas moins charismatique, les premières minutes du film réservent une autre énigme, qui ne se dénouera que bien plus tard : la disparition de Nicole, au soir d’un gala de charité organisé par les notables de la région…

Qui a fait quoi ? Qui est complice de qui ? Autant de faux-semblants pour nous détourner du véritable nœud de l’intrigue. Pourquoi, huit ans après sa disparition, Cassandra est-elle toujours en vie ? Pourquoi joue-t-elle du piano dans la cave de son tortionnaire ? Et à quoi servent les caméras qui filment sa mère, chaque jour, dans la chambre d’hôtel ou elle fait le ménage ? Autant de mystères qu'Atom Egoyan manie avec malice et dextérité, sans jamais se départir de son empathie envers les personnages. Grande classe.
 

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