Cannes 2017 - La Palme d'or à "The Square" de Ruben Östlund, une (très) drôle de surprise

DÉCRYPTAGE - Lauréat de la Palme d’or du 70e Festival de Cannes, le film suédois "The Square" est l’un des seuls de la quinzaine cannoise à nous avoir fait rire. Un atout majeur… mais pas seulement.

Lorsqu’on a demandé à Ruben Östlund, après la cérémonie de clôture, s’il était surpris de remporter la Palme d’or pour une comédie, le réalisateur suédois a longtemps cherché dans ses souvenirs de cinéphiles. "Je suis sûr qu’il y en a eu auparavant", a-t-il souri, un peu décontenancé. Rafraichissons sa mémoire. Depuis M.A.S.H., en 1970, voire Pulp Fiction, en 1994, les jurés du Festival de Cannes nous avaient habitués à primer des œuvres sociales et/ou politiques, généralement pas très rigolotes, de Rosetta à Moi, Daniel Blake en passant par Le Ruban Blanc et autres amabilités. Vous voyez ?

 

Pedro Almodovar, président pop jamais couronné sur la Croisette, en sait quelque chose. Y a-t-il pensé au moment d’établir ce palmarès qui a déjoué bien des pronostics ? La composition de son jury aurait du nous mettre la puce à l’oreille. On pense à notre frenchie Agnès Jaoui, spécialiste de l’humour grinçant qui a dû bien se marrer devant les déboires de Christian (génial Claes Bang), un directeur de musée d’art moderne qui part en vrille lorsqu’on lui vole son téléphone portable. Mais aussi à l’Allemande Maren Ade, réalisatrice de la comédie douce-amère Toni Erdmann l’an dernier. Chouchou des festivaliers, elle était injustement rentrée bredouille de son séjour sur la Côte d’Azur…

Avouons-le : le film de Ruben Östlund est l’un de seuls à nous avoir déridé au cours d'une quinzaine plutôt séduisante mais pas franchement réjouissante, entre disparition d'enfants, attentat à la bombe et maladie grave. Attention, The Square n’est pas une franche pochade. Et le rire n’y est jamais gratuit. Il naît des situations inextricables dans lesquelles s’enfonce son antihéros arrogant, d’une amante qui le cuisine sur sa vie sexuelle sur son lieu de travail, à la campagne de communication désastreuse que réalise pour lui deux geeks de la génération Facebook qui feront grincer des dents les plus connectés d’entre nous... 

 

Et puis The Square contient LA scène qui nous a dressé les poils sur les bras. Soit l’incroyable performance d’un artiste contemporain qui se prend pour un chimpanzé. Et qui après avoir agréablement diverti les riches invités d’un dîner mondain organisé par Christian, plonge la salle dans la perplexité, l’angoisse puis la colère pure lorsqu’il refuse de sortir de son personnage. Un résumé à elle seule de cette satire nos petits travers contemporains, bien plus parlante que des dizaines de films à thèse. Rire de soi-même pour aller mieux ? Message reçu ! 

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