Angleterre-France : le football comme réponse aux attentats de Paris

Angleterre-France : le football comme réponse aux attentats de Paris

AMICAL - Ce mardi soir à Wembley, quatre jours après les attentats ayant frappé Paris et le Stade de France, les Bleus joueront contre l'Angleterre. Et personne ne se souciera un instant du résultat. Et pour cause, le football, jeu préféré des hommes, a d'autres vertus.

En conférence de presse, on pose souvent des questions. C'est un peu le principe. Mais on n'obtient assez rarement des réponses. Pour résumer, on dira que les journalistes sont devenus obsédés par leur recherche de la petite phrase, quand joueurs et entraîneurs ont fini par se perdre dans leurs grandes phrases toutes faites. Un grand oublié : le jeu. En ce sens, la conférence de presse qui s'est tenue lundi soir à Wembley, à la veille du match amical Angleterre-France, a été proprement extraordinaire. Il a fallu que Didier Deschamps et Hugo Lloris évoquent publiquement les attentats de vendredi, qui ont notamment visé les Bleus et leur public, pour la première fois (ils s'y étaient logiquement refusé ce fameux soir). Et il a finalement été question de l'essence même du sport-roi.

"Notre seul pouvoir : jouer"

Dans le groupe, un joueur a été "touché dans (sa) chair" (dixit Didier Deschamps) : Lassana Diarra. Sa cousine, Asta Diakité, qu'il a défini comme "un repère" et "une grande sœur" dans une lettre publiée après coup, a été abattue par les terroristes. "On a partagé ce moment avec lui. Il est resté assez discret. Son envie est la même que celle de tous les joueurs : être sur le terrain et plonger dans le match", a expliqué le gardien et capitaine de l'équipe de France. Son sélectionneur, presque ému aux larmes, a lâché ceci à son sujet : "On lui a dit qu'il pouvait partir mais il a voulu rester. C'est un geste fort de solidarité. Sa présence est rassurante. Les autres ont parlé avec lui."

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Jouer pour être ensemble. Et pour oublier. "Notre seul pouvoir est de jouer, d'offrir une échappatoire aux gens, a formulé Hugo Lloris. On ressent beaucoup d'émotions. On doit donc se focaliser sur le match." Mardi soir, il ne s'agira pas de gagner ou de perdre, mais juste de partager le moment. "Jouer, ne pas jouer... On a eu quelques doutes, a ajouté le portier. Une décision a été prise, on la respecte. Ce sera une occasion de représenter notre pays et les victimes. Au final, c'est plus important que le foot et que l'équipe." Comme un service rendu à la nation meurtrie.

Le foot est une respiration

Le contexte est particulier mais, le sport ayant été justement pris pour cible, il lui faut bien se défendre. Défendre son existence. "Vendredi, nous étions dans notre match. Nous avons entendu le bruit, sans savoir réellement ce qui se passait", s'est souvenu Didier Deschamps. Quand le pays suffoquait, ceux qui étaient au foot respiraient. Mais seulement parce que les agresseurs n'ont pas pu entrer. Ceux qui voulaient écouter de la musique au Bataclan n'ont pas eu cette chance. Toutefois, l'idée est là : le foot est une respiration. Un acte commun et universel. Anodin et indispensable.

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"Le sport est un symbole dans la vie sociale et économique. Il représente l'union et la diversité dans tous les domaines. Il n'aura jamais ni couleur, ni religion, a pointé le sélectionneur. Et le foot est le sport le plus populaire. Il porte beaucoup de valeurs qui, aujourd'hui, deviennent encore plus importantes. C'est un devoir de les respecter. Il permet d'unir les gens à tout moment." Ce sera d'ailleurs plus éclatant que jamais ce mardi soir, à Wembley, quand Anglais et Français, éternels rivaux, chanteront le même hymne, déploieront le même drapeau.

Mais quel intérêt, alors, de regarder un match, si ce n'est pour son résultat ? "Ces trois derniers jours, on a beaucoup discuté. Mais on aussi eu une activité physique qui a été une sorte d'échappatoire. On a essayé d'évacuer cette immense tristesse. On doit continuer de le faire avec le plus de dignité et de sérénité possible", a indiqué le coach. Avant de lancer : "Vous savez ce que représente ce match. Il n'a pas qu'une dimension sportive. On veut montrer qu'on est fiers d'être français, dans une enceinte historique et merveilleuse. On a un devoir de performance à cause de ça." En moins de mots, Bill Shankly, l'entraîneur mythique du Liverpool des seventies, avait dit : "Le football n'est pas une question de vie ou de mort. C'est bien plus important que ça."

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