Arrêtez de nous parler du France-Bulgarie de 1993 ! 5 bonnes raisons de ne pas faire la comparaison

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FOOTBALL – À chaque opposition entre l’équipe de France et celle de Bulgarie, c’est la même histoire : les souvenirs de la désillusion de 1993 refont surface un peu partout dans la presse. Avant le match de samedi soir (20 h 45 sur TF1), il serait temps que cela cesse.

Le propre du traumatisme est de ressurgir devant des signaux rappelant son origine. Ici, concernant l’équipe de France, nous avons presque affaire à un cas d’école : seulement deux matchs éliminatoires à jouer pour se qualifier pour la Coupe du monde, et dans ces deux derniers adversaires, la Bulgarie... La situation actuelle des Bleus rappelle immanquablement celle des aînés de 1993, en tête de leur groupe qualificatif avant ces deux matchs, avant de sombrer face aux Bulgares (1-2) à la dernière minute, puis de regarder le Mondial américain de 1994 à la télévision. 

Pour tout dire, la simple perspective d’affronter la Bulgarie nous vaut, à chaque fois, des retours dans ce passé, dressant inlassablement des parallèles avec l’actualité. Des parallèles qui n’ont pourtant pas lieu d’être. En témoigne ce comparatif entre la rencontre du 17 novembre 1993 et celle de samedi soir, qui n’ont en fait absolument rien à voir.

Une affaire de contextes

On ne dira pas que le nul concédé à domicile face au Luxembourg (0-0) au dernier match incite à l’optimisme. Mais une certaine bienveillance, de la part du public et des médias, continue d’entourer le groupe France. D’ailleurs, la déconvenue luxembourgeoise est venue rappeler tout le monde, en premier lieu les joueurs, à l’ordre et à la vigilance. À l’inverse, les aînés de 1993 baignaient dans une certaine euphorie avant leurs deux dernières rencontres. La première des deux sera ensuite perdue (2-3) contre Israël et fera naître un pessimisme ambiant… Qui finira par déteindre sur les joueurs.

L’ambiance dans le vestiaire des Bleus

"Le groupe vit bien." La phrase est devenue un poncif, en tout cas un élément de langage footballistique un peu trop récurrent. Concernant les Bleus de Didier Deschamps, elle traduit pourtant une réalité. Les images rigolardes des séances d’entraînement ou celles des posts des joueurs sur les réseaux sociaux sont là pour prouver la bonne humeur générale. On ne pouvait vraiment pas en dire autant concernant les Bleus de 1993, dont le groupe était miné par les inimitiés entre les joueurs du PSG et de l’OM, principaux clubs pourvoyeurs de joueurs pour la sélection à l’époque. En outre, les deux attaquants titulaires, Éric Cantona et Jean-Pierre Papin, étaient très fâchés cette année-là... 

Les générations françaises

Au-delà des rapports entre joueurs, la qualité intrinsèque des effectifs français n’est pas, non plus, comparable. Celui de 1993 reposait, on l’a dit, principalement sur ceux de l’OM et du PSG. En ce temps-là, il était rare de faire carrière à l’étranger, et dès qu’un joueur cadre était indisponible, il fallait souvent piocher dans le ventre mou du Championnat de France. Didier Deschamps, lui, peut se targuer de pouvoir puiser dans le réservoir le plus fourni de l’histoire du football français. Au milieu et en attaque en particulier, des joueurs aussi forts que Tiémoué Bakayoko, titulaire à Chelsea, ou Nabil Fekir, dans une forme resplendissante avec l’OL, ont ainsi dû être laissés de côté. Précisons, en outre, que sept joueurs du groupe actuel n’étaient même pas nés en novembre 1993.

Les générations bulgares

Côté bulgare, le phénomène exactement inverse s’est produit. On ne le savait pas encore sur le moment mais nos bourreaux allaient faire sensation à la Coupe du monde de 1994 aux États-Unis, où ils allaient se hisser jusqu’en demi-finales. Dans leurs rangs se trouvent alors des joueurs tels que Hristo Stoichkov, star de l’attaque du Barça mythique de Johan Cruyff, ou Emil Kostadinov, auteur du but fatal, et titulaire indiscutable au FC Porto. Plus largement, la plupart d’entre eux évoluaient dans de bons clubs européens, malgré les règlements bien plus contraignants à l’époque pour recruter des étrangers. L’équipe de Bulgarie actuelle ne compte, elle, aucun joueur de renommée internationale. Absente de toutes les dernières grandes compétition internationales, elle se trouve visiblement au fond d'un creux générationnel.

En vidéo

France-Bulgarie : revivez le traumatisme de novembre 1993

L’état d’esprit des sélectionneurs

Didier Deschamps n’en mène pas forcément très large juste avant ce périlleux déplacement. Mais Gérard Houiller, en 1993, en avait, lui, beaucoup, beaucoup plus gros sur la patate, lui qui avait qualifié dès le coup de final David Ginola de "salaud", pour avoir raté le centre ayant abouti au but de la victoire bulgare. Près de 20 ans plus tard, le sélectionneur d’alors révélait, dans son livre Secrets de coachs, toute la tension accumulée dans son groupe et au sein même du staff technique : "David Ginola avait dit que Jean-Pierre Papin et Eric Cantona ne devraient pas jouer en équipe de France ! C'est un salaud parce qu'à chaque fois que Papin ou Cantona touchaient le ballon, ils se faisaient siffler à cause de lui. J'ai fait l'erreur de ne pas l'exclure. Aimé Jacquet (son adjoint, ndlr) m'en a empêché. Je voulais le dégager. Sans lui, je suis sûr qu'on se qualifiait." À côté, l’équipe de France actuelle, c’est le monde des Bisounours.

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