Éric Roy : "Zinedine Zidane est un fédérateur, comme Carlo Ancelotti"

Éric Roy : "Zinedine Zidane est un fédérateur, comme Carlo Ancelotti"

INTERVIEW - Nommé entraîneur de l'équipe première du Real Madrid ce lundi soir, après un an et demi à la tête du Castilla, l'équipe réserve du club merengue, Zinedine Zidane a tout à prouver. Éric Roy, qui a obtenu son diplôme en même temps que lui et a donc suivi sa formation de coach au plus près, lève le voile sur le Zidane entraîneur. Le consultant de beIN Sports, arrivé lui aussi à la tête de l'OGC Nice par la grâce d'une promotion interne, se montre optimiste.

Vous avez côtoyé Zinedine Zidane durant votre formation d'entraîneur, quelle impression vous a-t-il fait à ce moment-là ?
Une bonne. Je l'ai affronté plusieurs fois quand il jouait en France mais je ne le connaissais pas plus que ça. J'avais l'image du joueur qu'il était. C'était forcément gratifiant de le côtoyer. Il est aussi discret qu'on peut le penser, mais en même temps, il a une personnalité bien affirmée. Disons qu'il ne parle pas à tort et à travers, il est souvent très juste dans ce qu'il dit. Notre promotion était réduite, on était seulement cinq, alors on échangeait beaucoup. Ça lui a permis de s'exprimer, de prendre la parole et donner ses opinions bien arrêtées. C'était un élément moteur, par son envie d'apprendre et de comprendre. Il était à la fois très demandeur et très à l'écoute.

Il est longtemps passé pour un grand taiseux, ferait-il un bon orateur dans un vestiaire ?
Pfff ! Vous savez, moi, j'ai eu beaucoup d'entraîneurs, avec des personnalités complètement différentes. Quelqu'un comme Gérard Gili, par exemple, était plus un taiseux qu'un extraverti qui parle tout le temps. Chacun entraîne avec sa personnalité. L'important, c'est ce que l'entraîneur peut dégager, sa capacité à faire passer ses messages, à convaincre ses joueurs. Alors bon, quand on s'appelle Zidane, on a déjà plus d'arguments que d'autres. Y compris s'il s'agit d'entraîner de très grands joueurs, comme ceux du Real Madrid. Ça ne fait pas tout, mais ça fait gagner du temps. De toute façon, s'il est là, au lieu de couler une retraite paisible, c'est parce qu'il le veut. Il a conscience des risques qu'il prend. Lui, il connaît tout ça. Il connaît trop le métier pour ne pas savoir. Sa passion du foot transpire chez lui. Surtout, il a cette envie de transmettre. Et il est prêt.

Quelles sont ses principales qualités en tant que coach ?
Pendant notre formation, on a eu la chance d'aller voir de très grands entraîneurs en situation : Guardiola au Bayern, Ancelotti au Real, Allegri à la Juve. Et Zizou a trois qualités en commun avec ces coachs : la tranquillité, une assurance naturelle, une personnalité forte. On sent qu'il est très apaisé et les joueurs ont besoin qu'on leur transmette cette sérénité. C'est marrant parce qu'on échangeait sur nos ressentis quand on était joueurs et il m'a confié qu'il n'avait jamais la pression quand il entrait sur le terrain... À côté de ça, il a ce caractère qui lui permettra de dire ce qu'il pense à n'importe quel joueur, sans faire de complexe d'infériorité.

C'est si important ? 
Bien sûr. J'ai lu que Benitez demandait à Modric d'arrêter de jouer de l'extérieur du pied, qu'il montrait à Ronaldo comment tirer les coups francs. Ça me choque un peu. Modric est un des meilleurs milieux du monde, tu ne vas pas le refaire à son âge... Quand tu t'appelles Benitez, c'est difficile d'évoquer ces aspects techniques dans ces clubs-là. À Troyes ou Angers d'accord, mais au Real... Zidane, ayant été un des plus grands techniciens de l'histoire du foot, n'ira même pas sur ce terrain-là. Je le vois plus comme un fédérateur, à l'image d'un Ancelotti. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant qu'il ait été son adjoint. La relation avec les joueurs, dans un très grand club, c'est même le plus important.

Plus que l'aspect tactique ?
Demain, n'importe quel entraîneur arrive au Real Madrid, il ne va pas chambouler le 4-3-3. Vous avez Ronaldo, Benzema et Bale devant, qui va toucher à ça ? Ancelotti et Benitez l'ont aligné, Guardiola ferait la même chose. Il n'y a que dans les très grands matchs, face à des équipes de niveau équivalent comme le Barça et l'Atlético, que tu vas faire des ajustements tactiques qui vont faire la différence. Mais contre Getafe, franchement, est-ce que Zidane va avoir besoin de mettre une organisation spéciale en place ? Non, il aura besoin de faire comprendre à son équipe qu'elle est la meilleure d'Espagne, qu'elle se doit d'imposer son jeu.

Ce serait donc mieux pour lui d'entraîner le Real, où la pression est énorme, plutôt qu'un club de moindre dimension ?
Seul l'avenir nous le dira. Mais je crois que s'il n'est pas allé à Bordeaux, comme on l'annonçait, c'est parce qu'il n'a pas eu les garanties qu'il souhaitait. Zinedine est bien conscient qu'il est condamné à réussir. Et il vaut mieux finir dans les trois premiers en Espagne que 6ème en France. Qu'est-ce que Bordeaux peut espérer de plus avec son effectif ? Il a préféré attendre le Real. Et je le comprends : c'est beaucoup moins périlleux. Et puis n'oublions pas que c'est "son" club.

Le passage de l'équipe réserve à l'équipe première ne risque-t-il pas d'être un peu trop brutal, surtout en cours de saison ?
Mais en France, personne ne s'offusque qu'on fasse de la promotion interne en cours de saison ! Pourquoi on s'en offusquerait concernant Zinedine Zidane ? Le Real est un grand club mais lui aussi a un nom important. Ce n'est pas illogique. Surtout que Florentino Perez songe à le lancer depuis un moment maintenant. Il doit même regretter de ne pas l'avoir fait dès le début de cette saison.

Aujourd'hui, beaucoup de gens pointent son inexpérience...
C'est un faux problème. Comment Guardiola a commencé ? Il a été promu de la réserve à l'équipe première. Si on ne te donne pas ta chance, tu n'auras jamais d'expérience. Ancelotti a commencé en D2 italienne. Luis Enrique était au Barça B avant d'aller à Rome et au Celta Vigo, où ça n'a pas trop marché, avant de revenir à la maison mère. Il n'y a pas qu'un seul cheminement. Il n'y a que la valeur des hommes. De toute façon, comme tout le monde, il sera jugé sur ses résultats. Si je me mets à sa place, je ne vois pas comment je pourrais refuser ce poste. Qui sait si l'occasion se représentera ?

Avez-vous perçu des progrès chez lui entre le début et la fin de votre formation ?
Forcément, elle a duré trois ans en tout. À la fin, il était beaucoup plus à l'aise. Quand on partait dans des clubs, on se retrouvait à entraîner une équipe réserve, des joueurs qu'on ne connaissait pas, qui ne parlaient parfois pas la même langue que nous. Ce n'était pas facile. Mais ce qui a dû le plus le faire progresser, c'est son expérience au quotidien avec ses joueurs du Castilla. Rien n'est plus formateur que se retrouver en situation, à l'entraînement puis en match. Il ne faut pas croire que tout le monde peut entraîner en 3ème division. Depuis un an et demi que je ne l'ai pas vu, il a dû prendre une plus grande dimension encore. Il connaît très bien l'environnement. Et il sera très bien accueilli par le vestiaire et les socios. Contrairement à Benitez.

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