France-Russie : de retour au Stade de France, les supporters des Bleus veulent "vivre comme on vivait avant"

France-Russie : de retour au Stade de France, les supporters des Bleus veulent "vivre comme on vivait avant"

FOOTBALL - Mardi soir face à la Russie, l’équipe de France retrouvera le Stade de France pour la première fois depuis la funeste soirée du 13 novembre 2015. Comment les supporters appréhendent-ils ce retour ?

Longtemps, le Stade de France est resté associé à une seule date : celle du 12 juillet 1998. Depuis le 13 novembre 2015 et les trois explosions ayant fait un mort et 46 blessés autour de l’enceinte dyonisienne durant France-Allemagne (2-0), une seconde, beaucoup moins joyeuse, est désormais acollée à ce lieu. Que les Bleus et leur public retrouvent pour la première fois mardi soir à l’occasion de la réception de la Russie, dernier match de préparation à Saint-Denis avant l'Euro 2016. Une certitude : il ne sera pas plein, puisque 65.000 spectateurs (sur une capacité de 80.000) sont attendus. La faute à ce contexte bien particulier ?

"On voulait revenir le plus vite possible"

Le doute est permis. "L’appréhension est déjà liée au temps d’attente pour entrer dans le stade parce que la sécurité sera archi-renforcée. Donc on se demande si on sera à nos places pour le coup d’envoi. Plein de gens m’ont dit qu’ils ne pourront arriver qu’en début de soirée", détaille Fabien Bonnel, président des "Irrésistibles Français", le plus grand groupe de supporters des Bleus.

Et pour le reste ? "Nous, on avait envie de revenir au Stade de France le plus vite possible. Justement parce que la soirée du 13 novembre avait été gâchée, assure-t-il. On n’avait pas pu aller dans notre bar après le match pour trinquer avec les potes comme on fait d’habitude. Il est situé tout près de là où ça avait pété. Donc on a surtout envie de revivre une soirée normale jusqu’au bout." Difficile, pourtant, de croire qu’elle pourra l’être.

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"On ne peut pas être sur le qui-vive en permanence"

"Mardi, le score de France-Russie n’aura aucune signification, pointe ainsi l’emblématique Clément d’Antibes, flanqué de son fameux coq, Balthazar. J’y serai, avec tous les adhérents de mon association, qui ont vécu le 13 novembre. Ce souvenir sera plus important que tout le reste. J’encouragerai les Bleus, bien sûr, mais il y aura une atmosphère totalement différente. Même si j'avais eu une place pour ma petite-fille de 13 ans, je ne l’aurais pas emmenée, par exemple. C’étaient vraiment des moments effroyables de terreur. Honnêtement, ça ne peut pas s’oublier."

Il faudra donc faire un effort. Et y mettre du cœur. Fabien Bonnel : "On y pensera forcément, puisque les mesures de sécurité vont nous rappeler que le climat n’est pas celui d’avant ces attentats. Mais de toute façon, si un mec veut se faire péter, il a autant de chances de le faire au Stade de France que dans le métro, au théâtre ou n’importe où ailleurs. On ne peut pas être sur le qui-vive et porter un gilet pare-balles en permanence. Au contraire, on est pressés d’y être, On doit montrer qu'on veut s'amuser. On prépare même une grosse animation sur tout le virage nord au moment de l’entrée des joueurs, rapport au fait que ce sera le dernier match ici avant l'Euro."

Un match pour atténuer l'angoisse

De son côté, Clément d’Antibes en fait comme une affaire d’honneur : "Ce sera émouvant. Maintenant, il faut arriver à passer ce cap. Mais je pense que ce sera un peu tendu mardi. Tous les gens qui étaient présents le 13 novembre y repenseront. D’ailleurs, il y en a aussi beaucoup qui ne viendront pas. Beaucoup de gars de mon association, qui étaient là avec leurs gosses, m’ont dit qu’ils étaient traumatisés et ne retourneront plus jamais au Stade de France. Je comprends ce sentiment mais d’un autre côté, personnellement, je me sens obligé d’y retourner. De la même manière qu’on reste supporter même dans la défaite, il faut le rester même dans ce contexte. Puisque les joueurs seront présents, j’ai envie d’être solidaire avec eux."

Quelque part, ce match devrait justement servir à atténuer l’angoisse. "Savoir qu’une bombe avait pété juste à côté de nous, ça n’avait pas été facile à vivre. En plus, j’avais dû rassurer des parents qui avaient perdu leur gosse dans le mouvement de foule à la sortie, alors que je venais d’être papa… Moi, je serai dans un état d’esprit festif mardo mais si la majorité des spectateurs restent aux aguets et craintifs, forcément, le climat sera tendu, se projette Fabien Bonnel. A chacun de se prendre en main. Mais bon, il y aura un énorme dispositif de sécurité, avec des palpations, qui devrait rassurer tout le monde. Une fois qu’on sera tous ensemble, en tribunes, ça devrait bien se passer. Parce qu’on a tous envie de vivre comme on vivait avant." C'est tout l'enjeu de cette rencontre.

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