France-Russie : le match d’après, comme si de rien n’était

France-Russie : le match d’après, comme si de rien n’était

REPORTAGE - Aux abords, puis dans le Stade de France, les premières retrouvailles avec les Bleus depuis le 13 novembre se sont déroulées dans une atmosphère bon enfant, chacun s’efforçant d’enfouir le souvenir du vendredi noir et de se tourner vers le football.

On vous le confesse : on a ressenti comme un pincement au cœur au moment de nos premières foulées dans les larges allées autour du Stade de France depuis le vendredi 13 novembre 2015, un soir où l’on avait passé bien plus de temps à se soucier de ce qu’il passait à l’extérieur de l’enceinte.

Ce mardi 29 mars 2016, marquant le retour des Bleus à Saint-Denis, il pleuvait encore aux alentours de 18h, mais le soleil pointait déjà le bout de son nez. Et, comme un ultime symbole de cet instant de transition hors du temps, un arc-en-ciel s’est élevé au-dessus du toit. Ce qui nous a émus au point de l’immortaliser par une photo. Cette soirée forcément particulière pouvait commencer.

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On venait alors, une fois n’est pas coutume, de franchir un rideau de sécurité avant même de s’approcher du stade. Une fouille et une palpation vite effectuées (avec le sourire) et nous voilà dans la place, pas forcément rassurés quant à la rigueur de ce dispositif, mais au moins plongés dans un bain exclusivement footballistique. Celui-là-même qu’on avait craint de ne pas retrouver de sitôt. Abordés par nos soins, les CRS, bien plus nombreux qu’à l’accoutumée, avaient reçu pour consigne de ne pas répondre aux sollicitations, mais nous ont repoussés presque amicalement : "Si j’avais été en civil, je vous aurais répondu avec plaisir !"

"On n'a même pas pensé aux attentats"

Côté supporters, on a ressenti cette même forme d’insouciance. "C’est la première fois qu’on vient au Stade de France pour un match des Bleus. Franchement, on n'a même pas pensé aux attentats au moment de prendre nos places. Là en arrivant, oui, c’est sûr que c’est un peu dans nos têtes. Mais on est juste là pour voir du foot", nous a assuré Matthieu, 27 ans, venu de Cambrai avec quatre amis aussi décontractés que lui. Un discours largement répandu dans une foule volontiers rigolarde, où l’on a vu beaucoup de couples et même quelques enfants en bas âge. Signe d’une crainte toute relative. Des témoins nous ont, certes, indiqué avoir vu un homme à terre et menotté devant la porte R, entouré de policiers. Mais rien de bien anxiogène.

Dans la boutique officielle FFF en face de la porte T, Maty, 25 ans, vendeuse, confirme elle aussi ce sentiment : "Je n’étais pas ici le 13 novembre mais je suis venue le lendemain faire la minute de silence devant l’endroit d’une des explosions. Depuis, je suis revenue travailler pour les matchs du Tournoi des VI Nations, c’est sûr qu’il y avait un peu d’émotion mais rien de plus. Et ce (mardi) soir c’est pareil, je viens juste faire mon travail, sans aucune appréhension." Un membre du service de sécurité nous a dit la même chose, en substance : "C’est un match comme un autre." Un maquilleur (en bleu-blanc-rouge) bossant pour un sponsor des Bleus s’est, lui, presque offusqué de notre approche : "Ne nous parlez pas de ça. On est justement là pour mettre de la bonne humeur."

Dans l’enceinte, cette ambiance joviale a joué la prolongation. "Mes proches étaient beaucoup plus inquiets que moi. On sait que les stades sont bien protégés. Donc là, je me sens en sécurité. Comme on l’a vu aujourd’hui, on vit dans un monde où les avions peuvent être détournés. La menace, on vit avec en permanence, mais il n’y a rien de particulier par rapport à ce match-là", nous a confié Dominique Severac, suiveur historique de l’équipe de France pour le quotidien Le Parisien, croisé en tribune de presse. Alors que Bixente Lizarazu, le consultant de TF1, ne souhaitant pas nous répondre, a tout de même fini par lâcher, la mine grimaçante : "J’ai envie de passer à autre chose." Un peu comme tout le monde, en somme.

"Daech ! Daech ! On t'enc*** !"

Une fois l’échauffement des joueurs terminé, le speaker a tout fait pour élever le taux de décibels, avec un certain succès. Ont suivi les deux hymnes, dont une vibrante Marseillaise. Puis le silence est retombé d’un coup, le temps d’une minute de recueillement, exécutée à la perfection (chose rare en France), en hommage aux victimes des attentats… de Bruxelles. Le ciel s’est alors remis à pleurer, pour ne plus s’arrêter 90 minutes durant.

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Le 13 novembre 2015 a finalement laissé complètement place au 10 juin 2016, date du match d’ouverture de l’Euro, qui aura lieu ici même contre la Roumanie. "Tous unis derrière un même objectif : le titre", affichait fièrement une banderole, sous un tifo représentant le trophée Henri-Delaunay, déployée dans le virage nord par les "Irrésistibles Français ". Ce même groupe de supporters qui, au moment du coup d’envoi, entonnait un chant qui fut la seule vraie référence concrète au vendredi noir de Saint-Denis : "Daech, Daech, on t’encule !" Ensuite, il y a eu des olas, des drapeaux agités, de nombreux "Qui ne saute pas n’est pas français", quelques "Allez les Bleus", deux belles Marseillaises a capella... Et des sifflets quand la Russie a inscrit son second but. Le foot, quoi. D’ailleurs, les Bleus l’ont emporté 4-2. Mais l’essentiel était ailleurs : les lendemains chantaient.

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