Guy Roux : "Non, Serge Aurier ne devrait pas aller en prison"

Guy Roux : "Non, Serge Aurier ne devrait pas aller en prison"

INTERVIEW - En balançant dimanche dernier sur Europe 1 que "Serge Aurier devrait aller en prison", Guy Roux a défrayé la chronique et fait réagir beaucoup de monde, dont des personnalités telles que Didier Drogba et Willy Sagnol. Alors que le joueur est reçu ce lundi par ses dirigeants, l'ex-entraîneur d'Auxerre se montre bien moins vindicatif. Et s'explique.

Vous avez déclaré que "Serge Aurier devrait aller en prison"...
(il coupe) C'est une retranscription tronquée de ce que j'ai dit. À ce moment-là, je vous rappelle que tout le monde l'accablait. En gros, moi aussi, je disais que c'était inadmissible. Je précise que c'était à la radio, sur Europe 1, et que je m'exprimais dans le cadre de mon activité professionnelle de consultant. Et donc un des journalistes présents me dit : "Ça vaut quand même pas la peine de mort !" Je réponds qu'elle n'existe plus et qu'elle est commuée en prison. Alors il ajoute : "Mais vous n'allez quand même pas le mettre en prison à perpet' !" Et je réponds : "Non, mais il y a d'autres degrés de prison." Voilà, je l'ai dit comme ça, sur le ton de la plaisanterie. Ce n'était pas : "Il faut le mettre en prison." C'était un débat superficiel sur la peine de mort et la prison.

Vous avez aussi déclaré qu'"il devrait y avoir de vraies sanctions pénales"...
Je ne m'en souviens pas. Mais c'est pareil, c'est une extrapolation du fameux mot "prison" qui est arrivé dans la conversation. D'abord, je tiens à dire que Serge Aurier est un garçon que j'aime bien, parce que je l'ai connu gamin à Lens, un club que j'ai entraîné pendant trois mois (en 2007, ndlr). Et je sais pertinemment que, quand il était au centre de formation, c'était un garçon bien éduqué par ses parents et bien noté, c'est-à-dire intelligent et qui n'avait commis aucun écart, d'aucune sorte. Donc j'avais plutôt tendance à l'excuser. Maintenant, je ne pouvais pas l'excuser après avoir entendu ses propos, en étant en même temps un défenseur de Laurent Blanc.

Les propos tenus par Guy Roux sur Europe 1, on vous laisse vous faire votre propre idée.

Quel est donc le fond de votre pensée au sujet de cette affaire Aurier ?
Pour tout vous dire, moi, paysan, je ne savais même pas ce que c'était qu'une fiotte. J'ai été obligé de demander (rires). Simplement, je continue de penser qu'à cette heure-là de la nuit, 72 heures avant un match, il aurait dû dormir, avec sa fiancée ou tout seul. En tout cas sans la fumée d'une pipe, enfin d'un machin. Encore un mot (la chicha, ndlr) que je ne connaissais pas. À Auxerre ou dans le Morvan, ça n'existe pas. Nous, on fumait plutôt un "paquet de gris". Bon, avec son copain, ils étaient en pleine divagation. Je pense qu'il ne se rendait pas compte qu'il communiquait avec le monde entier à ce moment-là, et que certains pouvaient l'enregistrer. Après, il y a son âge et puis les mœurs... Il y a trois millions de personnes qui parlent le langage de banlieue, comme les ouvriers de Paris parlaient l'argot jadis. Serge Aurier a sans doute parlé le langage du quartier où il vivait enfant. Alors il se lâchait là-dedans. Ça fait quelques circonstances atténuantes.

De quelle sanction devrait-il écoper selon vous ?
C'est passible de la commission de discipline du Paris Saint-Germain. Ça ne regarde que le club et son règlement intérieur. Il se défendra devant ses dirigeants ( l'entretien a eu lieu ce lundi à 11h , ndlr), qui vont peser la chose avec un certain recul. La chaleur de l'émotion aura disparu et le jugement sera plus serein. Il est évident que Laurent Blanc va laisser faire l'entreprise dans laquelle il travaille, parce que c'est un sage. Et puis la brûlure de l'injure a dû diminuer, au bout de huit jours. On pensait que le vestiaire ne pourrait plus le voir et voilà qu'un joueur important (Blaise Matuidi, ndlr) nous dit le contraire. Tout ça va tasser les choses.

EN SAVOIR + >> Pour Matuidi, le PSG "a besoin" de Serge Aurier, "l'ami de tout le vestiaire"

Est-ce que vous comprenez quand même les réactions outrées que vos propos ont pu provoquer ?
Vous savez, je suis consultant à la télévision depuis 1984 et à la radio depuis 1992, j'ai été entraîneur pendant 41 ans, alors je connais bien le métier de journaliste. On dit que la jeunesse a évolué mais le métier de journaliste aussi. Énormément. Depuis les réseaux sociaux et les chaînes d'info en continu. Alors bien sûr, je comprends que ces mots aient pu choquer. Mais ça arrangeait tout le monde de ne pas vouloir comprendre. À ce moment-là, ce qui était formidable pour les gros titres, c'était le mot "prison". Maintenant, est-ce que le mot "fiotte" n'est pas une injure ?

Si.
Alors je n'avais pas totalement tort, puisque l'injure est prévue dans le code pénal (rires).

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