Kaba Diawara : "Quand on change de club pendant le mercato d'hiver, faut pas jouer sa star !"

Kaba Diawara : "Quand on change de club pendant le mercato d'hiver, faut pas jouer sa star !"

INTERVIEW - Kara Diawara a eu une carrière bien remplie : 18 clubs (en France, en Angleterre, au Qatar, en Turquie et à Chypre) en 28 ans dans le foot pro. Avec nombre de transferts hivernaux à son palmarès. Du coup, on a demandé à l'ex-attaquant d'Arsenal, de l'OM et du PSG son point de vue sur le marché de janvier. Mevlut Erding et Morgan Amalfitano, si vous nous lisez...

Laurent Blanc et Arsène Wenger ont déclaré qu'il fallait "supprimer le mercato d'hiver". Vous qui avez beaucoup changé de club en janvier pendant votre carrière, qu'en pensez-vous ?
J'en pense qu'ils prêchent pour leur paroisse. Ils ne veulent pas perdre de joueurs. Et puis, leur équipes tournent bien cette année. Mais quand ça ira moins bien et qu'il y aura beaucoup plus de joueurs mécontents de leur temps de jeu, ils seront bien contents de pouvoir en changer trois ou quatre, et de rajeunir leur effectif au passage. Ce qui est vrai cette saison ne le sera peut-être pas pendant la prochaine. En fait, ils pensent plus à eux qu'à leurs joueurs. Quand tu ne joues pas, que tu ne sais pas quoi faire, que tu galères un peu, ça fait du bien de savoir que d'autres clubs s'intéressent à toi. Et surtout de repartir sur un nouveau challenge. Je suis bien placé pour en parler

Diriez-vous que vos transferts en cours de saison ont été plutôt bénéfiques ou l'inverse ?
Des fois, ça s'est bien passé. Quand j'étais à Bordeaux et que je suis parti à Rennes (en janvier 1998, ndlr), pour me lancer (parce qu'on ne peut pas parler de relance, j'avais 21 ans), j'ai joué tous les matchs et j'ai sauvé le club de la relégation. Ça m'a permis de revenir à Bordeaux avec six mois de plus en professionnels dans les jambes. Ensuite, on m'a plus pris au sérieux. D'autres fois, ça s'est moins bien passé. Disons que, sur une carrière, ça s'équilibre.

C'est vraiment beaucoup plus difficile de changer de club en hiver ?
Oui, la saison est déjà lancée. Il faut tout faire plus vite. Tu n'as pas les quatre ou cinq semaines de préparation estivale pour prendre tes marques. Le groupe vit ensemble depuis six mois, voire une ou deux saisons. Tu peux connaître deux ou trois joueurs de l'effectif pour les avoir croisés avant, mais c'est tout. Le temps de trouver ta maison, tu restes à l'hôtel, alors que les autres sont déjà chez eux. Personne ne va te proposer d'aller au restaurant avec toi. Tu te retrouves tout seul, en attendant que la famille arrive, pour le déménagement. Si tu es dans un pays étranger, il faut apprendre la langue. Le Championnat bat son plein, donc il faut tout de suite être performant. Et pour nous, les attaquants, il n'y a pas 36 façons de l'être. Ce n'est vraiment pas facile. Il faut une capacité d'adaptation, aller vers les autres, être ouvert, souriant. Et il ne faut pas jouer sa star !

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En 2000-01, vous avez changé de club deux fois dans une même saison...
Eh oui, on avait le droit à l'époque (rires). Il n'y avait pas de dates de mercato en Angleterre à ce moment-là. En fait, j'ai joué les deux premiers matchs de Championnat avec le PSG puis, fin août, j'ai été prêté à Blackburn, où je ne suis resté qu'un mois et demi. Il n'y a que des usines et le stade là-bas. J'étais parti pour vivre à Manchester parce que beaucoup de joueurs faisaient le trajet en covoiturage. On partait le matin tous ensemble. Et au moment où tout était ficelé pour mon appartement... Je suis parti à West Ham. Et bon, Londres, c'est quand même plus sympa.

Quels souvenirs gardez-vous de cette saison à trois clubs ?
Le problème, c'est que j'avais quitté Paris pour avoir du temps de jeu, mais en ayant mal au genou. Puis, arrivé en Angleterre, avec le froid et l'humidité, mon genou a encore plus gonflé. C'était vraiment une saison galère, que j'avais bien commencée, mais au bout de laquelle je me suis fait opérer, à Strasbourg. J'ai passé beaucoup de temps à l'infirmerie. Enfin, j'étais en Premier League et j'ai pu jouer quelques bouts de match. Tout n'a pas été si noir. J'en ai tiré quelque chose. Humainement, j'ai rencontré des bons gars. J'ai vécu à Londres, j'ai perfectionné mon anglais... Aujourd'hui, à 40 ans, je suis content d'avoir vécu ça. Mais à 25 ans, avec un genou en l'air et toutes les perspectives de jeu qui s'éloignent, c'était dur.

Aujourd'hui, quel conseil donneriez-vous à un joueur qui hésite à changer de club cet hiver parce qu'il ne joue pas assez ?
Je lui dirais de me téléphoner pour lui répéter tout ce que je viens de vous dire (rires). Et je pense qu'il resterait dans son club, pour essayer de faire sa place. Avec l'âge, on se rend compte que, à part si on nous promet vraiment une place de titulaire, un transfert en janvier est rarement gage de réussite. L'expérience le prouve. Comme je disais, s'intégrer dans un effectif en cours de saison, c'est compliqué. En général, il vaut mieux persévérer là où on est. Sauf si on se voit proposer un gros challenge sportif ou une offre financière qui ne se refuse pas. Chacun voit midi à sa porte. Mais il faut quand même y réfléchir à deux fois.

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