Mais que se disent les joueurs de foot quand ils mettent leur main devant la bouche ?

Mais que se disent les joueurs de foot quand ils mettent leur main devant la bouche ?

COMMUNICATION – Avec l'arrivée des réseaux sociaux, la multiplication des micros au bord des terrains et la création de l'émission J+1 diffusée sur Canal+Sport depuis 2013, les footballeurs ont adopté un nouveau tic : la main devant la bouche. Ce phénomène s'est propagé à une vitesse folle dans le but de protéger du mieux possible leur communication. Décryptage d'une nouvelle mode très répandue chez les joueurs de L1.

Aujourd'hui, il est difficile voire impossible de regarder un match de football sans que l'on n'assiste à un petit rituel auquel s'adonnent les joueurs de Ligue 1 : poser la main devant sa bouche afin de communiquer avec un de ses coéquipiers. Le phénomène s'est répandu à une vitesse folle en raison de la multiplication des caméras et des micros présents au bord des terrains, de la montée en puissance de Twitter, qui parvient à capter les moindres faits et gestes des footballeurs, et de la création de l'émission J+1 sur Canal+Sport.

Sa séquence "Version Originale", qui révèle la teneur des propos échangés par les acteurs du Championnat de France, a sans nul doute eu son importance dans l'amplification de ce phénomène. Et forcément, depuis 2013, et l'installation du programme phare de la chaîne, les acteurs du Championnat de France se montrent de plus en plus méfiants, par peur de voir une discussion personnelle, parfois un peu gênante, sortir au grand jour.

"Les joueurs sont laissés libres de s'exprimer comme ils l'entendent"

"Ce n'est pas de la défiance, mais ils préfèrent mettre la main devant la bouche dès qu'ils voient une caméra. Ils le font systématiquement parce qu'ils ont vu qu'on pouvait écouter ce qu'ils s’échangeaient, révèle un journaliste de la chaîne cryptée. On se rappelle de l'épisode de Benjamin Mendy et Giannelli Imbula qui parlaient de leur voiture et de leur virée à 230 km/h . A partir de ce moment-là, ils se sont dit "on met la main". Après ça, Mendy et Imbula n'ont plus parlé de ce genre de choses sur un terrain." Et on peut les comprendre, puisque le reflet de certains de leurs péchés mignons inavouables est mis en lumière dans cette séquence. Une prise de position qui leur appartient totalement, à en croire Olivier Blanc, directeur de la communication de l'Olympique Lyonnais, un club où les joueurs cultivent également ce fameux tic.

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"On n'a jamais rien dit à ce sujet. De la même manière qu'on ne demande pas aux joueurs de s'exprimer ou de ne pas s'exprimer auprès de tel ou tel média, explique-t-il. On ne leur dit pas de masquer leur bouche avec la main. Ils sont tout à fait laissés libres de s'exprimer comme ils l'entendent. On essaye simplement de savoir ce qui se passe, que ce soit organisé." Mais une question existentielle demeure : que cherchent donc à cacher les footballeurs ? Quels sont ces sujets de conversation si passionnants qu'il est impératif de tenir à la manière de Tommy De Vito et Henry Hill dans "Les Affranchis" ? "Parfois les joueurs évoquent des choses personnelles, prennent des nouvelles de leurs copains et copines... Rien de véritablement intéressant, décrypte ce journaliste de Canal+. Ensuite, ils peuvent également parler de l'aspect tactique d'une rencontre. Un joueur va donner quelques consignes à son partenaire, lui préciser l'adversaire qu'il doit marquer sur les coups de pied arrêtés..."

Des échanges somme toute assez classiques pour des joueurs qui causent comme tout un chacun du match à venir sur leur lieu de travail. Sauf que cet espace "privé" pour un salarié lambda tombe "malheureusement" dans le domaine public quand il est joueur de foot pro... "Moi je pense qu'ils ont le droit de le faire s'ils en ressentent le besoin. Ce n'est pas parce que deux joueurs se parlent sur un terrain que ça devient une conversation publique. Donc c'est normal qu'ils cherchent maintenant à se protéger, résume Olivier Blanc. Si on est tous les deux dans un couloir et qu'on discute, ce n'est pas agréable qu'il y ait quelqu'un pour dire à tout le monde ce qu'on se raconte... même si on a rien à cacher. Surtout que maintenant, on place des micros longue distance spécifiquement à cet effet. Donc peut-être le font-ils justement pour atténuer le son."

"Thiriez veut vraiment que l'image de la L1 soit bien lisse"

Ah, justement, les fameux micros, parlons-en. Sans eux, ces échanges ne verraient pas le jour. Ils sont de plus en plus nombreux au bord des pelouses et dans les coursives des stades afin de capter du mieux possible les apartés secrets des joueurs, et parfois même les réactions déplacées de certains. Demandez donc à Zlatan Ibrahimovic qui avait fait les frais de la multiplication des moyens techniques mis en place au stade Chaban-Delmas de Bordeaux en mars 2015 avec son célèbre "pays de merde". Cet événement aurait d'ailleurs incité la LFP à recadrer le diffuseur historique du Championnat de France. "Après la sortie d'Ibrahimovic, la LFP a demandé à voir moins de micros à côté des bancs de touche et également dans la zone dans laquelle se trouvait Zlatan à Bordeaux, nous révèle un journaliste de Canal. Frédéric Thiriez veut vraiment que l'image de la Ligue 1 soit bien lisse. Ils ne sont pas forcément en faveur de ce genre de procédés et essayent de contrôler. Et c'est vrai qu'on entend moins de choses que lors des deux premières saisons."

Ce geste reproduit à l'envi par les joueurs, avant, pendant et après les matchs a finalement incité les observateurs du foot, lassés par cette mauvaise manie, à s'immiscer dans les conversations secrètes des joueurs. Peut-être de manière un peu trop brutale même si en Espagne, des émissions entières sont dédiées au décryptage des attitudes, aux dissections des petites insultes, d'un regard lâché dans le feu de l'action par un joueur à son coéquipier ? "Pour arriver à un équilibre, il faut toujours se demander pourquoi les gens agissent de telle manière. La meilleure façon que ça se passe bien, c'est qu'il y ait un respect mutuel, conclut le directeur de la communication de l'Olympique lyonnais. Il y a des endroits où il peut se passer des choses qui ne méritent pas l'interprétation qui en est faite. Et puis deux joueurs qui se retrouvent, qui se sont chambrés pendant un match ou qui discutent, n'ont pas forcément envie que tout le monde les entende." Message reçu ?

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