Nicolas Anelka : "Tout le peuple français insultait Domenech"

Nicolas Anelka : "Tout le peuple français insultait Domenech"

EXCLUSIF – Le taiseux, celui qui exècre les médias et dont la parole à valeur de gouttes d'eau dans le désert a accepté de parler de son avenir, de son passé, de son actualité et de son image de bad boy du football français, du football tout court. Fidèle à lui-même, aimé et encore plus détesté, il se livre sans langue de bois.

Le 14 mars, le jour de vos 35 ans, vous avez annoncé sur Twitter que vous mettiez un terme à votre contrat avec West Bromwich Albion. Etes-vous toujours footballeur ?
Je suis d’abord un homme libre, qui profite enfin de ses enfants, notamment de ma fille (Lina Liù, Ndlr), née en octobre. Je ne suis pas spécifiquement à la recherche d’un club mais je reçois des propositions. La moindre des choses est de les étudier. Je n’ai pas encore décidé. Mon contrat avec West Brom a officiellement pris fin le 29 mars. A moins d’un miracle, pas de nouveau défi avant la saison prochaine. Que ce soit en Europe ou dans les pays exotiques, j’ai envie de kiffer le foot comme lorsque j’étais jeune, de renouer avec l’insouciance et l’amour du jeu de mes débuts. En attendant, je cours, je m’entretiens. Je connais mon corps, je sais ce dont il a besoin pour être prêt le moment venu. Car il existe de bonnes chances pour qu’on me voie encore sur les terrains [ dimanche 6 avril, le club brésilien de l'Atlético Mineiro a annoncé son recrutement, ndlr ].

"Domenech n'a pas respecté le meilleur buteur de l'histoire du football français"

La Coupe du monde au Brésil approche. Repensez-vous à la précédente, la seule que vous ayez disputée, en Afrique du Sud, et dont vous avez été exclu pour avoir insulté Raymond Domenech ?
Non je n’y repense pas du tout. Ce qui est arrivé devait arriver ! L’insulte dans le vestiaire  –  et ce ne sont pas les mots mentionnés à la une de L’Equipe  – , est la conséquence de notre dialogue quand il m’a rendu visite à Londres. En Afrique du Sud, on savait très bien qu’on allait droit dans le mur. On a provoqué assez de réunions avec lui pour qu’il procède à des changements tactiques. Mais il n’en a fait qu’à sa tête et tout me monde a subi... Quand je l’entends se poser en victime en disant qu’il ne pouvait rien faire, ça me fait tellement rire. Mais bon, pour vendre son livre, il devait bien faire du sensationnel !

Regrettez-vous ce qui s’est passé ?
Non. J’ai insulté dans un vestiaire un coach que tout le peuple français insultait déjà, un coach qui n’a jamais rien gagné à part un titre de champion de D2 et le Tournoi de Toulon ! Il ne connaît pas la gagne. Je respecte l’homme car je pense que c’est une bonne personne mais je n’ai aucun respect pour l’entraîneur. Il n’est pas à la hauteur. Quand tu as été dirigé par Ancelotti et d’autres grands, il est très dur de l’être par Domenech ! Cette Coupe du monde n’est pas une cicatrice et j’assume tout ce qu’il s’est passé. Si je devais le refaire, je le referais car il le méritait à ce moment-là ! Un coach qui demande le respect mais qui est incapable de respecter le meilleur buteur de l’histoire du football français (Thierry Henry, ndlr) ne mérite aucun égard.

"Pogba est un joueur extraordinaire"

Que vous inspire Didier Deschamps, l’actuel sélectionneur de l’équipe de France ?
C’était un gagneur comme joueur, il l’est aussi comme entraîneur. Ce n’est pas le hasard. Cela facilite les choses et inspire le respect du groupe. Il a été capitaine, il sait parler aux joueurs, réagir dans les moments délicats. Il faut lui faire confiance. En plus, il entretient de bons rapports avec le président de la Fédération.

La nouvelle vague Bleue est incarnée par Paul Pogba, tout juste 21 ans, avec qui vous avez joué à Turin...
On a disputé des matches amicaux ensemble et on s’est bien amusés ! A la Juve, il est au-dessus. On a beaucoup discuté en Italie. C’est un joueur extraordinaire, technique et mature. C’est un leader, intelligent sur et en dehors du terrain.

Quels joueurs vous font rêver aujourd’hui ?
Je regarde peu de matches et il n’y a qu’un seul joueur que j’apprécie vraiment : Ronaldo, El Fenomeno. Mais Messi et Cristiano Ronaldo sont deux extra-terrestres. Du jamais-vu. Des joueurs qui marquent 50 buts par an, ça n’existe pas !

"Si c'était à refaire, je recommencerais"

Qu’avez-vous pensé de la victoire du PSG mercredi soir contre Chelsea (3-1) en quart de finale de la Ligue des champions ?
C’est bien pour Paris et surtout pour le football français. Mais attendons le match retour parce que Chelsea est très fort et ils vont marquer à Stamford Bridge, c’est certain. Gagner la C1 est possible. Paris est le club numéro un en France. Il n’a déjà plus d’adversaire. C’est aussi un risque d’écraser la concurrence.

A la lueur de votre trajectoire et de votre potentiel, avez-vous le sentiment d’un gâchis ?
Dans un parcours, certains choisissent la difficulté. C’est mon cas. Je peux me regarder dans un miroir, je suis fier de moi, de mon chemin. Si c’était à refaire, je recommencerais. Les titres, c’est bien, mais on ne les emporte pas dans la tombe ! Je n’ai aucun regret. J’aurais pu être lisse, faire plaisir à tout le monde, notamment à la presse, mais ce n’est pas mon caractère. Malgré toutes les barres de fer que j’ai eues dans les roues – à ce niveau, ce ne sont plus des bâtons ! –, malgré tous ceux qui, dès 17 ans quand j’ai quitté Paris pour Arsenal prédisaient que je ne réussirais jamais, je suis toujours debout, avec la même ligne de conduite et les mêmes valeurs. J’ai toujours cru en ce que je faisais. Et je n’ai jamais mis un genou à terre !

> Lire aussi la seconde partie de l'interview
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