Real Madrid : Zinedine Zidane entraîneur, ça vaut quoi au juste ?

Real Madrid : Zinedine Zidane entraîneur, ça vaut quoi au juste ?

FOOTBALL - Même les plus jeunes de nos lecteurs connaissent ses sublimes arabesques et ses passes lumineuses. Mais personne ne connait vraiment les talents de coach de Zinedine Zidane, nommé lundi soir entraîneur de "son" Real Madrid. Alors metronews a sollicité des témoins privilégiés pour éclaircir cette zone d'ombre.

"Plus je regarde du foot (et j'en regarde beaucoup), plus je crois que l'importance qu'on accorde aux coachs est de l'ordre du mythe. Ce sont les joueurs qui font tout", lâchait, le 20 décembre, Gary Lineker. La vieille gloire anglaise n'a sans doute pas complètement tort. Mais pas complètement raison non plus. José Mourinho, Pep Guardiola ou Carlo Ancelotti l'ont montré récemment en changeant, chacun à leur manière, le visage de leurs équipes respectives. Et c'est précisément ce qu'attend Florentino Perez, le président du Real Madrid, de son tout nouveau coach, Zinedine Zidane. À la différence que le Français n'a, lui, aucune expérience à faire valoir à ce poste très exposé. Ce qui pose une question cruciale : quel entraîneur est-il ?

Lui-même ne le sait peut-être pas encore tout à fait, après à peine un an et demi passé à la tête du Castilla, l'équipe réserve du club merengue. "Il a une vraie vision de ce qu'il veut faire, assure pourtant Guy Lacombe, qui a dirigé la formation de coach de Zinedine Zidane à la Direction technique nationale (DTN). Il a développé un projet de jeu pendant son cursus. Mais, au fur et à mesure, il s'est aperçu qu'il devait surtout développer un projet d'équipe, en fonction des joueurs à sa disposition, ce qu'il a fait avec le Castilla. Ce sont beaucoup de problèmes à résoudre. Du coup, aujourd'hui, il a une vraie connaissance, qui lui épargnera ces problèmes avec l'équipe A."

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Mais quel projet de jeu ? Et quels problèmes ? "Il veut du jeu offensif, bien construit, avec le ballon qui sort de derrière. Un jeu à l'image de celui qu'il aimait pratiquer quand il jouait. Mais avec le Castilla, ses joueurs n'étaient pas forcément faits pour ça, et il avait dû effectuer quelques réglages. Quelque part ça tombait bien, parce que les soucis que connaît actuellement l'équipe première du Real ressemblent étrangement à ceux qu'il a eus ces derniers mois. Des problèmes d'équilibre et de récupération du ballon", précise celui qui, clin d'oeil du Destin, l'a aussi formé en tant que joueur dans les équipes de jeunes de l'AS Cannes, il y a trente ans.

En clair : il lui a fallu solidifier un bloc trop friable. Et devra donc encore s'y atteler. Sans pour autant renier un goût pour le panache qu'il partage avec les socios madrilènes. Ce qu'avait parfaitement réussi un Pep Guardiola tout aussi inexpérimenté quand il a pris les commandes du Barça en 2008, avec un jeu tout en passes courtes, qui part de derrière. Alors, Zizou et Pep, même combat ? La comparaison fait pouffer Guy Lacombe : "J'ai eu la chance de le connaître très jeune et il a toujours joué juste, en donnant le tempo à ses coéquipiers. Cette justesse dans la passe, c'est ce qu'il va demander à ses joueurs. Après, la passe, qu'elle fasse 5 ou 20 mètres, peu importe. Il a une idée du football qui inclut aussi le réalisme de la gagne. C'est un compétiteur." Et un pragmatique.

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Il ne faut donc pas s'attendre à voir Zinedine Zidane privilégier la dimension esthétique sur le plan collectif, mais plutôt miser sur la technique de ses joueurs. Ce que nous disait déjà Éric Roy, son camarade de promotion, voyant plutôt en lui "un fédérateur comme Ancelotti". L'entraîneur Luis Fernandez, qui a couvé le jeune ZZ durant ses débuts professionnels en 1989, confirme : "Aujourd'hui, ce sont les joueurs qui ont le pouvoir. Et je pense que son vestiaire l'attendait avec impatience et déborde d'envie de l'aider. Mourinho et Benitez, ce sont deux entraîneurs qui tirent sur la corde, enchaînent les prises de becs avec les uns et les autres, mais ne font pas de psychologie. Et ça fatigue les joueurs. Zizou est plus dans le registre du relationnel. Il va être très proche d'eux."

Saura-t-il pour autant les haranguer et en tirer le meilleur, lui qui est longtemps passé pour un grand taiseux ? "Déjà, il y a deux ans, quand il était adjoint d'Ancelotti, je l'ai vu prendre des positions par rapport à des attitudes, et beaucoup parler avec les joueurs à l'entraînement. Zidane, il ne faut pas le voir face aux médias, il faut le voir au contact des hommes. C'est là qu'il va être très bon", croit Luis Fernandez. Guy Lacombe, lui, indique : "On ne le connaît pas du tout dans l'intimité d'un groupe. Mais pour en avoir discuté avec David Bettoni, qui l'écoute tous les jours, y compris pendant les matchs, il a un réel impact sur les joueurs."

Interrogé sur ce point précis par TF1, son ami et adjoint, passé avec lui du Castilla au grand Real Madrid, avait ainsi décrit coach Zidane il y a quelques semaines : "Ce n'est pas quelqu'un qui va donner 100 conseils par jour aux joueurs, du genre, il faut faire ci, il faut faire ça. Il a des principes, il donne un cadre, et à l'intérieur de ça, comme c'est un instinctif, il agit à partir de comment il sent."

En attendant de voir, on a demandé à Guy Lacombe si, à la fin de sa formation, il s'était dit que Zinedine Zidane ferait un bon entraîneur. Réponse : "Je me suis surtout dit qu'il avait beaucoup progressé, dans tous les domaines, en particulier son regard sur le jeu. Analysez les matchs du Castilla, vous verrez bien qu'il a pris des décisions qui ont directement influencé les résultats de son équipe. Si vous m'aviez demandé, à sa sortie du centre de formation de Cannes, s'il allait devenir le meilleur joueur du monde, vous m'auriez pris pour un fou si j'avais dit oui. Eh bien là, c'est la même chose." Ça promet.

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