TFC-PSG : les supporters toulousains répondent à l'attaque de Pascal Dupraz

TFC-PSG : les supporters toulousains répondent à l'attaque de Pascal Dupraz

LIGUE 1 – Toulouse-Paris, c’est vendredi soir que ça se joue. Une semaine auparavant, l'entraîneur, Pascal Dupraz, avait violemment chargé ses supporters sur le thème de « vous ne venez au stade que pour les gros matchs ». LCI donne la parole à trois d’entre eux, concernés par ces propos.

« Il n’y avait pas assez de monde à mon goût et, bien sûr, contre Paris, il y aura 33 000 personnes, avec le retour des maillots réversibles, ceux pour qui je n’ai aucune considération, parce qu’ils viennent une fois au match dans l’année. J’espère qu’ils paieront 300 boules la place ! » Comme souvent, Pascal Dupraz n’a pas mâché ses mots. Mais même le concernant, il est rarissime d’entendre un entraîneur charger ainsi ses propres supporters. Le TFC venait pourtant de battre Guingamp (2-1) samedi dernier, mais le coach se projetait déjà sur la chaude réception du PSG, ce vendredi soir. Comment cette attaque a-t-elle été reçue par ceux qu’elle visait ? LCI a interrogé trois de ses cibles.

Yann, 35 ans, directeur commercial, se rend régulièrement au Stadium depuis dix-neuf ans

« J’ai vu que les ultras étaient contents parce que eux aussi en ont ras le bol. Moi, j’ai été un peu gêné au début, en découvrant ses propos, même si je sais qu’il choque volontairement les esprits en disant ça. Mon maillot n’est pas réversible. Si le PSG gagne, je serais déçu. J’habite à Albi, à une heure du Stadium, et j’y vais de temps en temps, mais je regarde plus souvent les matchs à la télé. Si je n’ai pas le réflexe de me déplacer, c’est parce que le club ne joue pas le jeu pour le moment. C’est une galère sans nom pour y aller en transports, il n’y a pas de bouche de métro, pas de bus, ni même de place pour se garer aux alentours. Aujourd’hui, l’équipe offre un peu plus de spectacle que ces dernières années mais elle ne me donne pas encore la motivation supplémentaire pour venir. L’an passé, pour TFC-OL, il y avait un gros enjeu, j’avais rameuté des gens et mis tout le monde dans ma voiture. Maintenant, j’attends de voir. Regardez Nice, ils ont rendu fou tout le monde avec Balotelli. Pardon mais Toivonen, ça ne soulève pas les foules. On a un bon collectif, des jeunes gars qui se battent, mais il n’y a pas ce truc qui t’émoustille. Le PSG, avec ses stars, remplit les stades. Nous, on n’a personne pour nous faire vibrer comme à l’époque de Beto Marcico (1985-92, ndlr). Dupraz fait parler de nous, c’est bien, mais il faut que le club se pose les bonnes questions. Pourquoi certaines loges au Stadium ne sont même pas louées ? Pourquoi Airbus sponsorise le Stade toulousain mais pas le TFC ? OK, on fait ce qu’on peut avec 35 millions de budget, mais pourquoi Nice, avec 40, arrive à signer Balotelli et Dante ? »

Pierre-André, plombier, 37 ans, se rend régulièrement au Stadium depuis vingt-neuf ans

« J'ai été abonné pendant pas mal d'années, de la saison en National (2001-02, ndlr) jusqu'à il y a deux ou trois ans. J'ai lâché devant le spectacle affligeant et les résultats. Mais il n'y a pas que ça. J'habite à une heure de Toulouse (à Pamiers, ndlr) et j'y vais de moins en moins. Quand Dupraz parle de "maillot réversibles", il a raison à 100%. Aujourd'hui c'est Paris mais hier c'était Marseille. J'ai conscience qu'en n’y allant pas vendredi je suis le premier fautif, comme bon nombre de Toulousains et de supporters de Midi-Pyrénées qui suivent le Tèf . Mais il y a des spécificités propres à Toulouse qui expliquent la pauvre affluence du Stadium. Déjà, le club de la ville, c'est le Stade Toulousain, pas le TFC. Après, hormis une ou deux campagnes européennes pas dégueulasses et deux-trois coups d'éclats –dont ce maintien miraculeux la saison dernière–, ce club n'a pas d'histoire, en comparaison avec Lyon, Marseille ou même Bordeaux et Nantes. Le TFC sera suivi le jour où ce club sera une place forte de la Ligue 1, ni plus ni moins. Redonner de la ferveur au Stadium est un challenge peut-être plus difficile que le maintien obtenu la saison dernière. Il n'y a qu'un moyen d'y parvenir : gagner des titres. C'est pas gagné. »

Bertrand, informaticien, 38 ans, se rend régulièrement au Stadium depuis trente ans

« Cette histoire de maillots réversibles, il faut la resituer dans le contexte. Du temps du grand Marseille, on passait effectivement de 10 000 spectateurs pour Toulouse-Brest la semaine d’avant à 35 000 contre l’OM, et plein de Toulousains venaient avec des maillots de Marseille. On en voyait même dans le virage, au milieu des ultras ! On a grandi avec ça. Aujourd’hui, il y a quand même plus d’attachement au club de la part des gens du coin. Et c’est parce que l’équipe est monté en gamme. Pourquoi ils ne viennent pas plus ? Parce que le stade est mal foutu. Et parce qu’ils ont été biberonnés au rugby qui gagne. Du coup, tu ne vas pas voir le TFC qui perd. On n’a jamais réussi à fidéliser un grand nombre de supporters sur une saison. On souffre déjà du syndrome de la grande ville, où tu peux faire autre chose qu’aller au stade le weekend. Il y a aussi beaucoup d’étudiants, qui ne sont pas de là et qui s’en fichent. Il n’y a pas de passion foot à Toulouse. C’est historique. Mais à l’époque de Gignac, par exemple, on tournait à 24 000 supporters de moyenne. Les bons résultats font venir les gens. On venait voir Gignac. Dupraz ne va pas suffire. Là, on est à 14 000… Il suffit d’enchaîner deux mauvais résultats et il n’y a plus personne. En plus, là, l’hiver va revenir…  Le public toulousain n’est pas exclusivement toulousain. Après, autour, tu as toute une région qui est un désert footballistique. Le TFC est le grand club de la région. Ces gens d’Albi, de Rodez, de Castres doivent faire de la route. Alors ils ne viennent que quand il y a un enjeu, en fin de saison, même si c’est le maintien. C’est l'effet du retour des beaux jours. »

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