Harcèlement sexuel dans les festivals de rock : un phénomène invisible en France ?

Harcèlement sexuel dans les festivals de rock : un phénomène invisible en France ?

TABOU – Coachella, Glastonbury, Bravalla… Depuis quelques années, les plus grands festivals de musique sont entachés par une série d'agressions sexuelles. Un phénomène peu ébruité en France, même si, pour la première fois ce week-end, une association tiendra un stand à Rock en Seine pour sensibiliser les festivaliers.

Quatre viols et 23 agressions sexuelles. C'est le triste bilan du plus grand festival de rock suédois, celui de Bravalla, qui s'est tenu fin juillet.  Une situation inacceptable pour les organisateurs qui ont décidé d'annuler, purement et simplement, l'édition 2018, laquelle pourrait être remplacée par un festival sans hommes.


Une idée -radicale- qui pourrait essaimer car l'Europe du Nord n'est pas la seule concernée. En Grande-Bretagne, lors de l'édition 2016 du célèbre festival de Reading, deux viols se sont produits. Et ces quelques cas ne constitueraient que la partie émergée de l'iceberg. Car selon un bulletin du Ministère de la Justice, 85% des victimes de viol renoncent à porter plainte auprès des autorités outre-Manche. En mai dernier, 28 festivals anglais avaient fait apparaître le même jour sur leurs sites internet respectifs le hashtag, #saferspacesatfestivals" ("des espaces plus sûrs dans les festivals"), un mot-clé de soutien à une campagne de sensibilisation.

"Ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule"

Et en France ? Si du côté des organisateurs les langues ont du mal à se délier : "Nous n’avons pas l’habitude de voir ces comportements", assurait fin juillet dans Elle Jérome Tréhorel, des Vieilles Charrues, les initiatives de prévention qui se développent ça et là ne laissent aucun doute quant à l’existence du problème. Fin juillet, l’Association pour l’égalité entre les hommes et les femmes (AEFH) a tenu une permanence pendant les 81es Fêtes de Bayonne. Résultat, un cas de harcèlement rapporté par une mineure et beaucoup d’information transmise auprès des jeunes. Avec un slogan imparable : "Ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule". 


"A l'instar de ce qui se passe en Espagne, entre autres aux Fêtes de Pampelune, où les associations d'aide aux victimes d'agressions sexuelles ont pignon sur rue, nous avons ouvert ce centre en complément avec d'autres associations qui œuvrent dans la ville, et je crois que c’était une première en France", indique à LCI la présidente, Marie-Hélène Ville. "Nous étions là pour prévenir les violences sexistes, en particulier tout comportement indigne, une simple injure dans la rue, qui n'est pas punie par la loi pénale, mais qui fait que la femme victime est en état d'affaiblissement et peut devenir au fil de la soirée une proie facile, accablée par ces injures", explique-t-elle. 

Un lieu d'écoute à Rock en Seine

Autre initiative inédite, l’association En avant toute(s) tiendra ce week-end  un stand durant le festival Rock en Seine à Saint-Cloud pour sensibiliser les 120.000 festivaliers à ce type de violences. "Nous étions présents en juillet au festival parisien de Solidays et nous nous sommes rendus compte que beaucoup de jeunes femmes venaient se plaindre de comportements déplacés de la part de certains hommes", explique à LCI Louise Delavier, "Il nous est donc paru évident qu’il fallait mettre en place un lieu spécifique pour que la parole se libère". 


Parler, le nerf de la guerre, sans doute. En tout cas un premier pas pour dénoncer ce phénomène, dont on commence seulement à parler, y compris en France. "Car il est souvent bien difficile pour une femme de confier à chaud une agression sexuelle quelle qu’elle soit, et c'est là tout le problème", avance Louise Delavier. 


Rappelons que les agressions sexuelles sont des infractions pénales passibles de cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende. Le viol est puni de 15 ans de prison. Les injures aggravées sont passibles de six mois de prison et de 22.500 euros d'amende. La non-assistance à une personne en péril est punie de cinq ans de prison et de 75.000 euros d'amende.

Festival Rock en Seine : du 25 au 27 août 2017 - Domaine national de Saint-Cloud -  Saint Cloud

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