Livre prônant le djihad : une polémique mais pas d'interdiction

Livre prônant le djihad : une polémique mais pas d'interdiction

RELIGION - A l'occasion du ramadan, la large diffusion en France d'un livre intitulé "La voie du musulman" fait polémique. Prônant la lutte armée contre les ennemis de l'islam, il fait l'objet de pétition réclamant son interdiction. Saisi, le ministère de l'Intérieur indique à metronews qu'il ne peut toutefois pas le retirer de la vente. Explications.

Dans le cadre d'une "opération Ramadan", la maison d'édition Albouraq diffuse depuis 2001 plusieurs ouvrages islamiques dans les librairies de France. Cette année, l'un d'entre eux fait polémique. Intitulé "La voie du musulman", il contient des propos radicaux prônant le djihad. Vendu dans les magasins spécialisés ainsi que dans les rayons livres des hypermarchés, il est sujet à plusieurs pétitions qui souhaitent faire interdire sa vente,  rapporte ce mardi Le Figaro .

"La voie du Musulman", éditée en avril 2014, promet sur sa quatrième de couverture "des solutions conformes aux exigences du monde moderne". L'auteur, le cheikh algérien Abu Bakr Al-Jazairi, y conduit une exégèse du Coran et de hadith ( recueil des actes et paroles de Mahomet et de ses compagnons ) pour éclairer la conduite des pratiquants de l'islam. Mais après des chapitres sur "la foi" du musulman, "la bienséance", "la morale du musulman" ou les "pratiques religieuses", le chapitre "rapports sociaux" évoque longuement un sujet pour le moins controversé : "la guerre sainte, le djihad".

"Les musulmans doivent installer toutes sortes d'usines d'armement"

Dans ces onze pages, l'auteur développe une analyse belliqueuse de l'islam. "Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l'Islam et de la communauté musulmane. C'est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir", commence-t-il page 263. Par conséquent, poursuit-il, "les musulmans doivent installer toutes sortes d'usines d'armement pour fabriquer tout genre d'armes en usage dans le monde". Page 267, le livre indique que "les musulmans doivent aussi se perfectionner et s'améliorer dans l'art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe". Et d'asséner, 13 pages plus loin : "L'hérétique : c'est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l'Islam, s'il refuse, il sera passible de la peine de mort".

Contacté par metronews, le groupe Carrefour, qui fait partie des points de vente du livre, souligne que "d'autres magasins le vendent aussi" à l'occasion du mois du ramadan. Agacée de cette polémique, l'enseigne souligne que sa vente s'est achevée dans leurs rayons le 19 juillet. La Fnac, qui vend toujours l'ouvrage, admet également dans les colonnes du Figaro que "vu le contexte, c'est sensible".

"Il n'y a pas d'appel à la haine ou d'apologie au terrorisme"

Une opinion partagée par Mansour Mansour, directeur de la maison d'édition Albouraq, qui estime que "l'actualité est l'élément déclencheur de la polémique". Le problème, selon lui, ce sont "les amalgames" dont est souvent victime l'islam en France. "Dire que c'est un livre djihadiste est exagéré, c'est du bluff", estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu'une petite partie de l'ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins "prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande".

Le ministère de l'Intérieur nous confirme avoir été alerté au sujet de ce livre "salafiste aux propos radicaux". Mais bien que la polémique intervienne en plein plan anti-djihad , les services de Bernard Cazeneuve assurent qu'ils ne peuvent rien faire. "On ne peut pas interdire des livres dès qu'ils sont choquants. S’il n'y a pas d'appel à la haine ou d'apologie au terrorisme, on ne peut pas l'interdire. Ce n'est pas un délit de prôner le djihad, ce n'est pénalement pas répréhensible", affirme-t-on cabinet du ministre, tout en assurant mener "une expertise juridique" pour s'en assurer. Et le ministère des Cultes de tempérer la polémique, en rappelant que ce genre de contenus n'est pas l'apanage d'ouvrages islamiques : "Si l'on prend la Bible, c'est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l'interdire".

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