Oui, Carrefour a le droit de vendre des fruits et légumes "interdits"

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AGRICULTURE - Depuis mercredi 20 septembre, Carrefour propose à la vente une dizaine de fruits et légumes dits ''interdits'', car issus de semences paysannes. Que se cache-t-il derrière cette appellation ? Explications.

Oignon rose d’Armorique, artichaut Camus du Léon, artichaut Glas Ruz, échalote demi-longue de Cléder, potimarron Angélique, butternut Kouign Amann, tomate Kanevedenn, haricot coco du Trégor, rhubarbe acidulée de Bretagne, radis noir d’Armorique… Depuis mercredi 20 septembre, des noms bizarres ont fleuri sur les étals d'une quarantaine de magasins Carrefour en Ile-de-France et en Bretagne. 


Des fruits et légumes jamais commercialisés en grande surface car issus de semences paysannes non inscrites dans le catalogue national. Ce dernier faisant plutôt la part belle à des espèces "standardisées, plus résistantes aux transports et dépendantes des pesticides, donnant des fruits et légumes plus uniformes". Pour autant "la commercialisation des produits issus de ces semences paysannes n'est, elle, pas interdite", explique Carrefour. Du coup, l'enseigne a flairé le filon et se pose une nouvelle fois en pionnier dans le domaine du "manger vrai", après avoir été précurseur dans le développement du bio et la suppression des OGM dans ses produits.

Alors coup de com' ou réelle volonté d'offrir à ses clients une meilleure qualité ? Pour Carrefour, il est grand temps de faire bouger les lignes car "deux millions de variétés de fruits et légumes, dont les semences n'ont pas le droit d'être vendues, vont finir par disparaître". 


"Faux", rétorque le Groupement interprofessionnel des semences et plants (Gnis). "2 millions, c'est le nombre de variétés recensées dans le monde. Pourquoi ne commercialiser que 10 variétés si les paysans français ont autant de semences en leur possession ?", s'interroge François Burgaud, directeur des relations extérieures. "Les variétés ne disparaissent pas seulement en raison des politiques agricoles. Il existe plein d'autres facteurs, comme l'urbanisation. 1 hectare de terre défriché pour construire un supermarché va détruire autant de plantation", explique-t-il à LCI. Et pour enfoncer le clou le Gnis met en avant les 3200 variétés de légumes, dont 350 variétés anciennes, qui sont déjà sur le marché, via leur catalogue. 

Problème : inscrire une semence dans ce fameux catalogue national coûte cher, trop cher pour les petits producteurs qui ne peuvent pas se le permettre ( il faut débourser entre 1.000 et 10.000 euros pour des variétés nouvelles et 550 euros pour les anciennes). Avec son "marché interdit", Carrefour entend donc se passer de ce catalogue et proposer à ses clients des aliments riches en goûts et en nutriments.


L'enseigne s'est engagé, sur une durée totale de cinq ans, avec deux groupements de producteurs bretons de légumes, Bio Breizh et Kaol Kozh qui utilisent des semences paysannes et vont eux-mêmes cultiver et sélectionner les légumes. "Quand Carrefour est venu nous voir, on était très méfiant, on pensait surtout qu'il voulait faire un coup de communication", souligne René Léa, le président de Kaol Kozh, dans le Huffington Post. "Nous leur avons expliqué qu'on voulait un contrat sur le long terme et bien rémunéré car cultiver des semences paysannes coûte plus cher. Ils ont accepté toutes nos conditions!"


A travers cette initiative, Carrefour entend aussi faire changer la loi. Pour cela une pétition a été lancée sur le site Change.org. Celle-ci recueillait ce jeudi soir plus de 30.500 signatures. 

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