Patrick Amoyel, le psy du djihad

Patrick Amoyel, le psy du djihad

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TERRORISME - Psychanalyste et professeur de psycho-pathologie, Patrick Amoyel a été le maître d’œuvre des récents colloques sur le djihadisme à Nice. Interview.

Comment vous êtes-vous intéressé au djihad ?
En 2004, j’ai fondé l’association Entr’Autres, pour tisser du lien social interculturel. Au départ, il y avait des Tchétchènes, des Arabo-musulmans, des Vietnamiens, des Africains… Petit à petit, on s’est retrouvés entre nous, à cause du repli identitaire. Et récemment est intervenue la radicalisation politique de l’islam, au moment des premiers départs pour le djihad. J’ai décidé alors de travailler scientifiquement sur ce sujet.

Comment percevez-vous cette radicalisation ?
Par notre présence sur le terrain. Un seul exemple : j’ai un cours à la fac de Nice intitulé "Juifs, chrétiens et musulmans en Méditerranée". Il y a cinq ans, j’avais une étudiante voilée. Cette année, j’en ai dix avec le niqab.

Qu’avez-vous mis en place ?
Nous avons monté un groupe interuniversitaire d’études sur le djihadisme avec Sciences Po, l’EHESS, Paris VII, la fac de Nice… Nous avons organisé plusieurs colloques, d’autres sont prévus en mars à Paris et à Nice. J’assure aussi des formations pour les gendarmes, les policiers, les proviseurs, les personnels pénitentiaires… Et on a créé un réseau d’action des mamans solidaires, dont la première réunion s’est tenue hier.

De quoi s’agit-il ?
De rencontres entre des mères touchées par le départ d’un enfant pour le djihad et d’autres potentiellement concernées. Ce réseau a une fonction thérapeutique mais c’est aussi un support pour la recherche. On apprend beaucoup de ces parents-là, notamment sur les manœuvres de dissimulation de leur enfant avant leur départ.

Combien de départs ont-ils été relevés dans les Alpes-Maritimes ?
110, sur les 1 400 départs en France.

Les vidéos de l’État islamique freinent-elles le mouvement ?
Au contraire. Elles n’ont pas un effet rebutant, mais recrutant. On parle d’islamo-fascisme, mais on est au-delà, dans un phénomène proche du nazisme. Les barrières de civilisation ont sauté, on touche au noyau de destructivité nazie inhérent à l’homme.

N’êtes-vous pas alarmiste ?
Non, je suis lucide. Nous n’en sommes qu’au début du début de la radicalisation. Ce qui se joue, dans l’islam, c’est une course à celui qui donnera la véritable identité musulmane, une tentative d’être le super-musulman, c’est-à-dire celui se fait l’instrument de la gloire de Dieu.
 

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