Collision évitée avec un Airbus A320 : "Les drones ne sont pas des jouets"

Collision évitée avec un Airbus A320 : "Les drones ne sont pas des jouets"

AVIATION - Selon le Bureau d'enquêtes et d'analyses, le drone serait passé à seulement cinq mètres de l'aile gauche de l'avion, forçant le pilote à effectuer une manœuvre d'urgence pour l'éviter. Pour en savoir plus sur la présence de l'engin sans pilote incriminé à près de 1600 mètres d'altitude, metronews a contacté Yahn Hélin, pilote et formateur professionnel.

Le drame a été évité de justesse. Encore une fois. Le 19 février dernier, un Airbus A320 d'Air France assurant la liaison entre Barcelone et Paris a évité une collision avec un drone volant à une altitude de 1600 mètres. Si le pire a pu être évité grâce à la vigilance des deux pilotes, il n'en reste pas moins que ce genre d'incident est de plus en plus fréquent.

Alors que le Bureau d'enquête et d'analyse (BEA) poursuit ses investigations pour tenter d'identifier le drone et son propriétaire, metronews a contacté Yahn Hélin, pilote de drone professionnel et fondateur d'un centre de formation pour télépilotes de Noyon (Picardie), pour essayer de comprendre comment ce drone a-t-il pu se retrouve à une telle altitude.

Piratage ou drone artisanal ?

"Il est peu probable qu'il s'agisse d'un drone de loisirs destiné au grand public, assure le formateur. Sauf exception, ces drones sont bridés logiciellement à 150 m d'altitude par le fabricant afin de rester à portée de vue de leur opérateur. Et même si certains modèles ont la capacité une altitude de 1600 mètres, le constructeur est le seul à pouvoir modifier cette restriction, et cette demande doit être justifiée."

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L'autre hypothèse, celui d'un piratage ? "Ce n'est pas impossible, reconnaît Yahn Hélion, qui considère toutefois la théorie peu plausible. En revanche, il est possible que son opérateur ait pu déconnecter le GPS ou utiliser un drone de fabrication artisanale. Dans ce cas, évidemment, le bridage de l'altitude n'est plus activée." Ce qui induirait qu'il s'agit d'un acte volontaire, ce qui n'a pas encore été démontré par l'enquête du BEA.

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Acte malveillant ou perte de contrôle ?

"L'autonomie moyenne des drones de loisirs lorsqu'ils sont à plein régime ne dépasse pas 15 min en vol, reprend l'expert. Et il faut compter au moins cinq minutes pour atteindre une altitude de 1600 mètres, si on tient compte de la vitesse, qui est de 21 km/h." Un timing serré, qui laisse dire au professionnel que l'incident aurait pu se produire en raison de la perte de contrôle de l'engin.

"C'est un phénomène assez rare, mais cela peut arriver en raison notamment d'un mauvais calibrage du GPS", poursuit l'expert. Par conséquent, l'appareil ne parvient plus à se localiser : c'est ce qu'on appelle un 'fly away'. Selon lui, un pilote professionnel ne peut pas être à l'origine d'un tel incident. D'autant plus que ce n'est pas une bonne publicité pour le drone.

"Les drones ne sont pas des jouets"

"Même s'ils peuvent y ressembler, les drones ne sont pas un jouet, rappelle l'expert. En raison de leurs performances grandissantes, ils peuvent se révéler dangereux s'ils sont mis entre de mauvaises mains. Si l'enquête révèle qu'il s'agit d'un acte volontaire dû à de l'inconscience, c' est très grave car les conséquences auraient pu être dramatiques."

En juillet dernier, un avion de la Lufthansa avec 108 passagers à bord avait frôlé un drone alors qu'il amorçait sa descente vers le principal aéroport de Varsovie, en Pologne. L'engin sans pilote est passé à 100 mètres de l'appareil, qui se trouvait alors à une altitude de 760 mètres environ. Et plusieurs incidents de survols de centrales nucléaires ou de Paris ont eu lieu à l'automne 2014. 

Selon un rapport de la Federal Aviation Administration (FAA) , l'instance de réglementation de l'aviation civile aux Etats-Unis,le nombre de drones perçus à plus de 3000 mètres d’altitude est passé de 288 en 2014 à 650 en 2015 aux Etats-Unis. Et ce phénomène pourrait bien s'exporter chez nous dans les années à venir.

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