Comment fonctionne Telegram, la messagerie préférée des jihadistes

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EXPLICATION - Lancée en 2013, l'application Telegram permet de communiquer gratuitement par internet et d'échanger messages, photos et vidéos très difficilement repérables en raison du système de cryptage très perfectionné du service. Un outil très prisé, notamment, par les organisations terroristes. Ainsi, les deux détenus de Fresnes, qui fomentaient un attentat depuis leur cellule et qui ont été mis en examen le 9 octobre, utilisait ce genre d'application cryptée.

Derrière cette application sortie de l’anonymat bien malgré elle, on trouve Pavel Dourov, le fondateur de VKontakte, le "Facebook russe". Connu comme "l’ami des hackers", il a lancé en 2013 une application ultra-sécurisée pour échapper au gouvernement de Vladimir Poutine avant de fuir aux Etats-Unis l’année suivante. Telegram fonctionne sur le même principe que WhatsApp ou Viber en permettant aux utilisateurs de communiquer par internet sans coût, où qu'ils se trouvent dans le monde, et d'échanger rapidement textes, vidéos et photos. 

Clé du succès de Telegram, le système de cryptage très perfectionné du service est un véritable souci pour les services antiterroristes qui n'arrivent pas à le casser pour surveiller des suspects. Mais aussi pour des Etats. Dans plusieurs pays, dont l’Iran, l’Indonésie ou encore la Russie, pays d'origine du fondateur Pavel Dourov, des demandes de blocage ont été formulées, en vain. "Le droit à la vie privée est plus important que notre crainte de subir de mauvaises choses, comme le terrorisme". Le dirigeant en est revenu", clamait-il alors.

100 millions d'utilisateurs

Il aura fallu attendre les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et le début de l’enquête pour que Telegram se mette à bloquer des centaines de comptes d’utilisateurs. De nouvelles procédures permettent aux utilisateurs de lui signaler des "contenus publics discutables" par mail.


Telegram revendique plus de 100 millions d'utilisateurs actifs chaque mois et 12 milliards de messages échangés chaque jour. Un potentiel qui n'a pas échappé à Daech. Après avoir tenté de rallier à sa cause les utilisateurs de WhatsApp ou Viber en envoyant aléatoirement des messages, l'EI s'était emparé du réseau russe pour sa propagande. L'organisation terroriste avait notamment profité de la fonctionnalité "chaîne" qui permet de s'adresser à un nombre illimité d'utilisateurs. Amaq, l’agence de presse de l’organisation terroriste, y possède même une chaîne sur laquelle elle diffuse sa propagande et entretient le contact avec ses combattants. 

Comment fonctionne Telegram ?

Son utilisation est simple : on peut s’en servir pour échanger de façon classique avec une ou plusieurs personnes, ou en toute discrétion grâce aux "chats secrets" (dits des conversations "flash") où les messages s’autodétruisent après la lecture. L'envoi se fait par message, photo ou vidéo. Une façon aussi d'éviter le coût des SMS et de s'assurer que les échanges sont ultra-sécurisés, que ce soit sur mobile, tablette ou ordinateur. Comme sur WhatsApp, l’utilisateur peut ajouter ses contacts en entrant leurs numéros de téléphone et créer des groupes rassemblant jusqu’à 5.000 personnes. De même qu’il peut, comme sur YouTube, créer sa propre chaîne, sur laquelle d’autres utilisateurs peuvent intervenir.

Prisée de la classe politique

Mais Telegram n’est pas seulement prisée des terroristes. Selon un article de  L'Express, Jean-Luc Mélenchon serait "un utilisateur intensif" de l’application, de même que Christian Estrosi, "trois conseillers de Marion Maréchal Le Pen", ainsi qu'Emmanuel Macron, qui, ébranlé par la fuite de sa déclaration d’impôts dans la presse, ne jurerait désormais que par elle. "On connaît l'appareil d'Etat et ses dévoiements, a également déclaré Arnaud Montebourg à l'hebdomadaire, pour expliquer pourquoi il s'était équipé du logiciel. Il faut se méfier du pouvoir en place... et des suivants. Sans oublier le risque que représentent certaines sociétés privées d'espionnage, qui n'ont pas de limite".


Même argumentaire pour Gilles Boyer, proche d'Alain Juppé, qui explique que "l'histoire récente a démontré que tout était possible, que nos échanges sont susceptibles d'être lus". Pour François Fillon, toujours selon L'Express, utiliser Telegram n’est pas une question de paranoïa, mais de "prudence". "Depuis que nous savons que les interceptions sont faciles à réaliser sur les mobiles, nous nous sommes tous équipés de Telegram et de WhatsApp. C'est une consigne suivie depuis deux ans et demi déjà".

Telegram est-elle aussi sécurisée qu'on le croit ?

Certains experts en cybersécurité ont critiqué l’application, avançant que seuls les messages des conversations "flash" étaient chiffrés, contrairement à WhatsApp qui chiffre l’intégralité des échanges. "Telegram est sujet aux bugs," explique à 01net.com Thaddeus Grugq, expert. "L'appli fonctionne avec un chiffrement fait maison et a déjà fait fuiter de volumineuses métadonnées. Elle vole les carnets d’adresse et est maintenant connu pour être un repaire de terroristes. On ne pouvait pas faire pire combinaison pour une messagerie sécurisée". Si rien ne permet d'assurer que Telegram n'est pas aussi sûre que le prétend le fondateur, force est de constater que son protocole n'a pas été créé par des spécialistes. Selon plusieurs médias américains dont The Daily Dot, le fondateur de Telegram aurait préféré passer outre le protocole de WhatsApp qui a fait ses preuves, pour engager des mathématiciens non experts dans le domaine.

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