Jeux vidéo, applis, réseaux sociaux : comment les terroristes communiquent entre eux

Jeux vidéo, applis, réseaux sociaux : comment les terroristes communiquent entre eux

SURVEILLANCE - Depuis ce week-end, la Playstation 4 est au cœur d'une polémique : en cause, un article publié par le site d'information américain Forbes affirmant que la console de jeux de Sony aurait été utilisée pour communiquer et planifier les attentats du 13 novembre. Si aucun élément, à ce stade de l'enquête, ne permet de prouver son implication, elle n'en reste pas moins sous haute surveillance, et depuis déjà longtemps. Pour en savoir plus, Metronews a interrogé un expert en cybersécurité.

La rumeur circule depuis ce week-end : les terroristes auraient utilisé la console de jeux Playstation 4 de Sony pour communiquer et planifier les attentats de Paris. A l'origine de la controverse, une petite phrase glissée dans un article de Forbes, relatant des propos tenus par le ministre des Affaires étrangères belge quelques jours avant les attentats de Paris, à l'occasion d’une conférence organisée par le média américain Politico : "J'ai entendu que le mode de communication entre terroristes le plus difficile à surveiller, c'est la PS4. C'est très, très difficile pour nos services",  avait déclaré Jan Jambon . Un peu plus loin dans l'article de Forbes , on apprend toutefois que lors des perquisitions réalisées en Belgique samedi dernier "des preuves auraient été découvertes, incluant une console Playstation 4". Vous aurez noté l'emploi du conditionnel.

"S'il ne s'agit pour l'heure que d'une hypothèse, les échanges au sein des consoles de jeux vidéo figurent dans la liste des canaux de communication potentiellement surveillés par les services de renseignement", confirme à metronews Gérôme Billois, expert en cybersécurité au sein du cabinet Solucom et membre du Cercle européen de la sécurité et des systèmes d'information. "Tout système de communication par messagerie peut potentiellement être utilisé par les terroristes, que ce soit par le biais d'une console de jeux vidéo, de réseaux sociaux peu fréquentés ou des sites de rencontre", ajouter Éric Freyssinet, chef de la division de lutte contre la cybercriminalité.

Oui, les consoles peuvent être utilisées par les terroristes

"La PlayStation 4 de Sony, comme la Xbox de Microsoft ou la Wii de Nintendo, permet de communiquer entre amis ainsi qu'entre joueurs. Il n'est donc pas impossible que des terroristes aient pu les détourner de leur usage initial", estime le spécialiste en cybersécurité. Sony, de son côté, réfute toute accusation de laxisme  : "Lorsque nous identifions ou sommes informés de ce type de conduite, nous nous sommes engagés à prendre les mesures appropriées en collaboration avec les autorités compétentes et allons continuer de le faire".

À titre d'exemple, le magazine Forbes explique dans son article qu’il est possible de créer un niveau personnalisé avec le jeu vidéo Super Mario Maker afin d'écrire un message avec des briques donnant des instructions sur l’heure et le lieu d’un attentat. Ou bien encore d’écrire des mots sur des murs dans Call Of Duty en utilisant des rafales de tirs dont les impacts finissent par disparaître et donc à ne laisser aucune trace. En 2013, des documents fournis par Edward Snowden avaient montré que la NSA et le GCHQ ont surveillé World of Warcraft pour y déceler des messages terroristes ou tenter d’infiltrer des groupes. Par ailleurs, ils peuvent aussi communiquer avec la voix, en utilisant un langage codé et de manière quasi instantanée. Ce qui ne facilite pas le travail des services de renseignements.

Telegram : la nouvelle appli des djihadistes pour communiquer

Comme le rapporte Numerama , Daech communiquerait massivement par le biais de l’application Telegram. Disponible pour quasiment tous les téléphones et ordinateurs, elle permet de dialoguer sans prendre le moindre risque car les messages sont instantanément cryptés. À l'instar de Viber (également dans le collimateur des services de renseignement), l’application prône la liberté totale des communications. "Ce qui arrange bien les terroristes qui les utilisent désormais pour leur communication opérationnelle", relève Gérôme Billois. "Depuis l'affaire Snowden et les excès de surveillance de la NSA, les entreprises du secteur ont renforcé la sécurité de leurs outils en renforçant la cryptographie des données pour rassurer leurs clients quant à la confidentialité de leurs données personnelles."

Les terroristes islamistes utilisent en effet depuis longtemps les outils numériques de communication. "Depuis plusieurs mois, on observe qu'ils fréquentent de moins en moins les réseaux sociaux classiques qui sont de plus en plus réactifs pour fermer les comptes sur Twitter et Facebook, reprend l'expert en cybersécurité. Dorénavant, ils utilisent des réseaux plus fermés mais aussi efficace pour la propagande publique et la communication de masse", la plupart du temps en langue arabe.

Vers des outils numériques "faits-maison" ?

Il suffit de télécharger le navigateur Tor pour devenir invisible sur le réseau. Toutefois, même si l'accès à cet outil d'anonymisation a été simplifié par ses fondateurs pour attirer davantage d'internautes, il n'en reste pas moins nécessaire d'avoir quelques notions d'informatique. Or c'est loin d'être le cas de la plupart des terroristes. D'ailleurs, les données contenues dans le téléphones des auteurs des attaques du 13 novembre n'étaient pas cryptées, ce qui a permis aux enquêteurs de récupérer des informations précieuses.

Mais jusqu'à quand ? "On sait aujourd'hui que Daech développe ses compétences dans le domaine cyber. Ce qu'il faut craindre, c'est le moment où ils possèderont leurs propres outil faits-maison", souligne notre spécialiste, tout en rappelant qu' "il ne faut pas oublier qu'Internet offre beaucoup plus de bénéfices que de risques". 

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