VIDÉO - Avec "Détour", Michel Gondry revisite les vacances d'été au smartphone

RENCONTRE - Un tricycle qui finit par doubler de volume, un van Volkswagen tout droit échappé des années 1970, une route des vacances pleine de nostalgie… et une pomme qui orne le générique de fin ! Non, cela n’a rien de véritablement incongru. Bienvenue dans l’univers de Michel Gondry, revisité à l’iPhone pour annoncer l'été.

Apple a confié au réalisateur français de Eternal Sunshine of the Spotless Mind et L’Ecume des Jours un projet de film reflétant l’esprit des vacances d’été en France. Il en résulte un court-métrage de 10 minutes, fruit d’une seule contrainte : être tourné avec un smartphone à la pomme. 


"Ça s’est présenté comme une publicité Apple pour promouvoir l’iPhone 7", raconte-t-il à LCI. "J’étais sceptique. Mais au fil des premières réunions, je me suis aperçu qu’ils attendaient vraiment de moi un court-métrage aussi personnel que possible. Un état des lieux de la France en vacances avec un côté nostalgique."

Rassuré, Michel Gondry sait qu’il va pouvoir laisser parler sa créativité. "J’ai eu la sensation de pouvoir m’exprimer, et sur mon territoire qui plus est, l’enfance, la France, les vacances…", explique-t-il, heureux qu’Apple ait choisi un Français pour représenter la France et "éviter les clichés." Ce réalisateur de génie a alors carte blanche pour son sujet, son cadre, ses plans. Il veut lui imprimer ses propres souvenirs, des clins d’œil à la vision des vacances estivales (on aperçoit notamment des supporters du Tour de France dans un virage).

Détour met en scène une famille se rendant sur son lieu de villégiature. Accroché à l’arrière du véhicule, le tricycle de la petite fille se détache et va mener sa route dans la roue de sa petite propriétaire. Un tricycle qui n'était qu'un élément parmi d'autres initialement, mais qui a pris le dessus pour recentrer ce road-movie autour de lui, souligne le réalisateur. 


Pas de doute possible, nous sommes bien dans l'univers de Gondry : des scènes loufoques en accéléré aux éléments démesurés. De personnages improbables croisés (déguisés en poussins) aux effets de caméra maison. Il y met un peu de lui (ce ruisseau dans lequel il s'est baigné des centaines de fois, les Cévennes où il a une maison…). Le film n'a finalement rien de publicitaire et fleure bon la France d'antan, celle "où il n'y avait pas des autoroutes partout, où on prenait les routes de campagne et on traversait les petits villages", se remémore-t-il avec une nostalgie qui rappelle la vision des vacances de Charles Trénet dans Nationale 7.

Des souvenirs de vacances façon Nationale 7

"J’ai insisté pour qu’on tourne dans cette région que j’adore. Et puis après, j’ai réalisé que cette région était belle car elle était bien arrosée", s'amuse l'homme derrière la caméra. L'équipe de tournage a dû faire face à une météo parfois capricieuse lors de la dizaine de jours consacrée au tournage. "Dès le départ, on s’est dit que, si on tournait comme un film et pas comme une publicité, on devait faire face aux changements de météo et aux imperfections possibles sur la luminosité. Si pour un plan, on avait du soleil et pas pour le suivant, c’était comme ça et on devait s’adapter. C’est ce qui fait la différence d’apparence entre un film "honnête" et une publicité où tout est parfaitement raccord". 


S'adapter, le maitre-mot pour lui. Passer d'une caméra à un smartphone n'a rien d'évident la première fois. Mais Michel Gondry a gardé quelques automatismes, comme celui de prendre son chef opérateur habituel, Laurent Brunet. "Au départ, je voulais tenir la caméra moi-même pour être dans l’esprit," explique-t-il. "Et puis, je me suis dit que si l’image craignait, je ne voulais pas être le seul responsable (rires)". Et d'ajouter : "Laurent Brunet était enchanté, excité. C’était un peu un challenge pour lui car il se lançait aussi dans l’inconnu. Il a fait le même travail de chef op’ même si l’appareil est plus léger."

Rien ne laisse supposer que Détour a été tourné avec un appareil -qui filme tout de même en 4K- et à l'aide de l'appli Filmic Pro (16 €) qui permet des réglages poussées. L'ancien publicitaire se félicite de n'avoir rien eu à sacrifier artistiquement. "On a fait exactement tout ce qu’on avait envie de faire. On avait une super équipe et un casting au top", ajoute le fantasque réalisateur. S'il ne cache pas avoir été un peu sceptique avant tournage, Michel Gondry reconnait aussi les avantages de tourner avec des moyens aussi léger. "Indéniablement, on a plus de liberté. On prend des décisions plus rapides et davantage liées à l’intérêt de l’histoire ou des personnages plutôt qu’à l’intérêt logistique", analyse le créateur de Soyez sympa, rembobinez ! Il a ainsi pu tourner près de la rivière qu'il voulait déjà comme arrière-plan pour le clip Isobel de Bjork. Un choix refusé pour des questions d'accessibilité avec des caméras et du matériel de tournage traditionnel.

Un hommage à l'iPhone à Tatie et Lamorisse

"Je n'ai pas voulu abuser ou utiliser les artifices de l'iPhone (différentes fonctionnalités, ndlr), des angles invraisemblables, des mouvements exagérés. Je me suis dit ‘ok, on tourne avec l’iPhone, mais je vais l’utiliser comme si c’était une grosse caméra’", résume Michel Gondry, expliquant n'avoir pas voulu changer d'approche et faisant plutôt des références à des films qu'il aime. Il cite ainsi pêle-mêle Jacques Tatie et Albert Lamorisse, "une époque où le langage cinématographique était quand même dépendant de la mécanique et de la lourdeur technologique. Les plans étaient plus installés, plus rares et justifiés par rapport à la narration ou au placement des comédiens. J’avais vraiment envie d’avoir cette qualité de film". Faire appel à de l'ancien avec du moderne : tout le personnage est résumé.

Michel Gondry admet y avoir trouvé quelques sources de satisfaction. "J’avais une Bolex (une vieille caméra Super 16mm des années 1960, ndlr). Je la prenais et j’allais tourner. Maintenant, il n’est pas impossible que je le fasse avec un smartphone. Il y a un côté immédiat qui permet de matérialiser mes idées immédiatement", reconnaît-il. "Il y a parfois des idées qui paraissent très fragiles et on se demande si ça vaut vraiment le coup de les faire. L’envie passe très vite alors que, parfois, ce sont les meilleures idées." Celle-ci valait vraiment le Détour en tout cas.

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