Beyond Good and Evil 2 : le space opera démesuré et déjanté que l'on attendait ?

JEU VIDÉO – Lors de l’E3 2017 qui s’est tenu mi-juin à Los Angeles, Ubisoft a frappé un grand coup en donnant vie à un projet espéré par les fans depuis 14 ans : la suite de "Beyond Good and Evil". LCI est allé à la rencontre de son créateur Michel Ancel, ému de l'accueil réservé à son jeu et pas peu fier de nous en dévoiler un peu plus du contenu.

Voilà 14 ans que les fans de Jade, la photoreporter, et Pey'j, l’homme cochon qui l'accompagne, attendaient le retour de la saga Beyond Good & Evil. Depuis le salon du jeu vidéo E3 2017 et la conférence Ubisoft, ils peuvent y croire. Un trailer coup de poing, de nouveaux héros et un humour toujours présent : de quoi provoquer l'hystérie dans la salle et une sacrée émotion à son créateur Michel Ancel venu donner un premier aperçu de son Beyond Good and Evil 2. Le papa également de Rayman ou encore Les Lapins Crétins racontera plus tard ne pas s’être attendu à un tel accueil alors qu'il entrait sur scène et avoir eu un peu de mal à réaliser. 

 

Il faut dire que le projet aura été long à se concrétiser. Marquant pour ses joueurs, acclamé par la presse, BGE (pour les intimes) n'a pourtant pas connu le succès commercial escompté. Mais pas de quoi empêcher Michel Ancel d'envisager une suite, soutenu par Yves Guillemot, le patron d'Ubisoft, qui porte également le jeu dans son cœur. Même plus d'une décennie plus tard, après moult remous, des velléités de départ, les deux hommes restent très liés par ce projet. Quand on lui demande si BGE est son lien indéfectible avec Ubisoft, le Montpelliérain répond avec un sourire au visage que "faire un jeu comme ça aujourd’hui, ce n’est possible que chez Ubisoft". "C’est la raison pour laquelle j’ai eu envie de rester", reconnaît-il après plus d’un quart de siècle chez l'éditeur français. 

Un vaste univers pour voyager sans limite

Beyond Good & Evil 2 faisait partie jusque-là de ces Arlésiennes du jeu vidéo. Des jeux que l'on voudrait voir, dont on sait que le cœur bat quelque part, qui se manifeste parfois sans jamais réellement prendre forme. BGE2 a cette fois passé une tête, et même une belle, pour marquer les esprits et poser le cadre. Il restait à savoir si le jeu existait au-delà de premières images à couper le souffle et de l'entrée en scène de son truculent singe au bandana, totalement barré.

En marge du salon, dans un espace empli de posters et artworks à l'effigie des nouveaux héros, mais aussi des futurs vaisseaux ou planètes, nous avons eu la chance de pouvoir faire plus amples connaissances avec ce prequel (évènements qui se déroulent avant le premier jeu). "Nous voulions pouvoir repartir de zéro avec de nouveaux personnages. Il y a néanmoins quelques clins d'œil au passé, aux anciens héros", explique Michel Ancel, évoquant notamment cette mystérieuse femme brune à la fin du trailer qui rappelle Jade ou les photos à prendre durant le jeu. Le tout nouvel environnement, somptueux, prend enfin vie sous nos yeux, boosté par le moteur graphique Voyager spécialement créé pour BGE2 et qui a fait beaucoup de l'avancée du jeu. "La technologie, c’est fondamental pour un projet pareil. C’est difficile à accepter pour l’attente et le travail que ça nécessite. Mais on peut dire : ‘Ça y est, on y est !’". 

En vidéo

Beyond Good and Evil 2 : le premier trailer

Cachée sous le soleil du sud de la France, voilà des années que l’équipe d’Ubisoft Montpellier peaufine son jeu. Une première vidéo avait vu le jour il y a une dizaine d'années, "avec les outils et les consoles de l’époque, mais nous n'avions pas la technique pour aller au bout de nos ambitions", raconte Michel Ancel. "Ce n’était pas le jeu que nous voulions faire !" Alors, le projet est avorté et les équipes se tournent vers d'autres cieux, dont la création de Rayman Origins et Rayman Legend en 2D. Mais il a son projet à cœur. "On a toujours eu l’idée de faire ce jeu. Alors on s’y est remis. Avec des moments de doute aussi", ajoute le sudiste. Il y a un peu plus de trois ans, BGE2 renaît de ses cendres. "On a désormais la technologie, des planètes qui se modifient en temps réel, sont vivantes. Du voyage. On se dit que c’est vrai cette fois !", s’enthousiasme-t-il comme un enfant montrant fièrement son nouveau jouet. 

A entendre parler les équipes, ce qui frappe, c’est l’ambition du jeu. BGE2 sera un jeu d'aventure dans un monde en ligne où le joueur va jouer sur plusieurs échelles : du petit module volant -antre qui va évoluer au fil de sa quête jusqu'à devenir un énorme vaisseau - en passant par les bas-fonds glauques d'une ville jusqu'à une balade dans l'univers et ses planètes. Rien que ça ! "C'est un changement d'échelle jamais vu dans le jeu vidéo", se félicite son créateur. "Nous avons désormais la technologie et c'est pour ça qu'on sait que le jeu va se faire", assure-t-il. "Il n’y a rien qui peut nous arrêter parce qu’on est heureux de travailler sur ce projet. On peut y aller et le terminer." On y retrouve aussi l'humour, la mise en scène scénaristique et la musique signée Christophe Héral qui avaient fait le charme du premier opus.

"Explorer, rencontrer d'autres personnages et d'autres joueurs"

Beyond Good & Evil 2 se déroule au XXIIe siècle. L’Inde et la Chine sont devenues de grosses puissances colonisatrices de l'espace, aidées par des financements privés et des armées d'esclaves hybrides mi-homme, mi-animal. Vous y créerez votre héros, pirate des airs puis capitaine et devrez composer au fil de l'aventure votre équipage avec des êtres venus de tous bords. BGE2 évoluera avec vous, vos actions et réactions. "L’idée est d’explorer, de rencontrer d’autres personnages, des joueurs. C’est ça la force de BGE2", souligne Guillaume Brunier, producteur du jeu. "Le jeu évolue en permanence, vit sa vie au-delà de nos investigations, mais toujours logiquement." Un sixième de la Terre a été recréé pour la simple planète que l'on a vue. Des éléments seront gérés de manière "procédurale cadrée", générés informatiquement avec des informations préenregistrées (telle zone doit subir des attaques de météorites; ici une cité tournée vers le culte ou l'économie, placée sur des minerais, etc.). 

 

Nous avons pu visiter la cité de Ganesha au sein de laquelle trône une statue géante de la divinité. Dans les pas du singe Knox, nous voilà capable de passer de l'intérieur de son vaisseau géant à une envolée en jet pack par-dessus les maisons avant de sauter dans un mini-module et de filer à 20.000 km/h vers l'espace. D'un simple zoom en quelque sorte et avec une fluidité totale. Un monde prometteur que l'on survole avec admiration tant il semble parti pour répondre aux ambitions d'un projet qui met déjà une cinquantaine de personnes sur le coup. "Et bien d'autres sans doute à venir", glisse Guillaume Brunier. 

 La première approche de BGE2 laisse entrevoir un jeu monumental. Peut-être même démesuré, craint-on de dire de peur de le voir basculer du côté obscur du trop ambitieux et finalement un peu raté No Man's Sky. Mais pourtant, à entendre l'équipe d'Ubi Montpellier si sûre de son fait et d'atteindre son but, on veut y croire avec eux. "Si on l'annonce aujourd'hui, c'est qu'on sait qu'on va le finir", nous rassure Michel Ancel. Il compte désormais aussi sur les fans pour contribuer à la réussite avec le lancement du "Space Monkey Program". Un programme mêlant retour des joueurs, crash tests et avis sur l'évolution du jeu. Reste à savoir quand on prendra rendez-vous manette en mains. "D'ici six-huit mois, on pourra donner une date plus précise", nous promet-on... 

La première démo technique de Beyond Good and Evil 2 (en anglais)

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