Wargaming, l'éditeur de jeux vidéo qui aimait l'histoire

Wargaming, l'éditeur de jeux vidéo qui aimait l'histoire

RENCONTRE – Il y a 100 ans, le tout premier tank faisait son apparition lors de la bataille de la Somme. Un siècle plus tard, World of Tanks, le jeu vidéo aux plus de 150 millions de joueurs, lui a rendu un hommage inattendu et bien réel. Derrière ce jeu à succès, l'éditeur bélarusse Wargaming et sa passion pour la grande Histoire.

Il est 7h20 ce jeudi 15 septembre sur Trafalgar Square, en plein coeur de Londres. Les badauds, touristes en décalage horaire et travailleurs matinaux, s'arrêtent interloqués. Au pied de la célèbre colonne Nelson, un tank a pris place. Et pas n'importe lequel, un Mark IV, char britannique utilisé pendant la Première Guerre mondiale.


Aucun combat en vue, mais une commémoration : il y a 100 ans, jour pour jour, le tout premier char d'assaut faisait son apparition dans un conflit. Le Mark One avait fait basculer la bataille de la Somme, changeant à tout jamais les stratégies militaires et l'art de la guerre.


Depuis, le tank est devenu une "figure" incontournable de tous conflits, coups d'état, situations délicates du XXe siècle et après. Un incontournable dans les pays de l'ancien bloc de l'Est et dans les yeux d'un homme, Viktor Kislyi, millionnaire Bélarus de 40 ans, fan d'histoire et de jeu vidéo. Accompagné de son frère et de trois autres amis, il a créé il y a 18 ans Wargaming.net, spécialiste du jeu de simulation historique en ligne. Et son fer de lance se nomme World of Tanks. Un jeu gratuit qui passionne plus de 180 millions de joueurs dans le monde sur ordinateur, consoles et mobiles.

Une histoire d'échecs, de jeux vidéo et de guerre

Lancé en 2010, World of Tanks est devenu une manne financière malgré son statut "free-to-play" (gratuit à l'installation, mais avec des achats intégrés possibles). Il est aussi le fruit d'un travail de passionnés qui ont noué des partenariats avec les plus grands musées militaires du monde pour pouvoir modéliser au détail près les chars intégrés dans le jeu. "La première fois que j'ai rencontré Viktor Kislyi, nous avons longuement discuté de notre première approche des tanks, comment leur histoire avait changé notre vision du monde", explique Richard Smith, directeur du musée des blindés de Bovington (Angleterre). "Nous avons beaucoup de points communs : les échecs, les jeux vidéo, l'histoire militaire. Mais surtout une envie commune de donner envie d'aimer l'histoire de la guerre et de la faire comprendre".


Avec le musée anglais, Wargaming a mis sur pied un événement peu ordinaire à Londres en exposant à nouveau un char sur Trafalgar Square, un siècle après le Mark One qui y était devenu le symbole de l'avancée technologique britannique. Pour cet anniversaire, un Mark IV -le dernier Mark One existant n'étant plus en état de rouler- a même parcouru quelques hectomètres dans les rues londoniennes. Un évènement rendu possible par la volonté de l'éditeur qui a accompagné financièrement l'évènement. Pourtant, World of Tanks ou ses déclinaisons suivantes World of Warships et World of Warplanes, ne sont pas des jeux vidéo historiques type. A la différence d'un Soldat Inconnu d'Ubisoft qui retraçait l'histoire d'un enrôlé de la Première Guerre Mondiale avec un véritable souci du détail, ou bien même du prochain Battlefield 1 d'Electronic Arts – qui s'arrange quelque peu de l'histoire de la même époque-, chez Wargaming, point d'histoire, juste des tanks sur un champ de bataille.



Et quand on demande à ses responsables pourquoi de tels passionnés d'histoire n'ont jamais songé à faire un jeu historique sur la guerre, leur réponse est simple : c'est un jeu de passionnés de tanks pour d'autres passionnés de tanks, surtout en Europe de l'est où le char opère une certaine fascination comme ce fut le cas pour un petit Bélarus prénommé Viktor.

Un mécène au service de l'histoire

Amoureux de ses tanks, mais aussi de tout ce qui a trait à la Première et à la Seconde Guerre mondiale, Viktor Kislyi a mis sa fortune au service de la transmission du savoir. "Nous cherchions un partenaire suffisamment puissant pour pouvoir transmettre notre passion pour les tanks", souligne Richard Smith. "Wargaming a été l'interlocuteur parfait. L'éditeur avait la force de frappe d'un jeu vidéo à forte notoriété et la passion pour en parler."


Devenu une sorte de mécène, Viktor Kislyi ne se contente pas d'un jeu vidéo gratuit à succès. Il est aussi prompt à lancer de véritables expéditions pour retrouver des trésors de guerre que l'on dit enfouis (il a financé une mission pour retrouver un vieil avion allemand ou encore pour suivre la folle rumeur qui disait que des appareils britanniques avaient été envoyés et enterrés en kit en Inde). Car le jeu vidéo n'est finalement… qu'un jeu pour cet érudit, grand joueur d'échecs. Ce qui le motive, c'est de faire apprendre.

Un hommage et des remerciements

"S'il n'y avait pas eu le Mark One, il n'y aurait pas de World of Tanks. On voulait vraiment commémorer les 100 ans", martèle Stéphane Vallet, le directeur de la communication de Wargaming. "On a choisi Londres car ce sont les Britanniques qui ont inventé le tank, même s'il a foulé le sol français d'abord." Durant plusieurs mois, ses équipes ont travaillé sur l'opération, convaincu les autorités londoniennes d'un projet fou qui ferait circuler un tank vieux de près de 100 ans dans les rues de la cité. Mais ce n'est pas tout car l'Histoire n'est pas qu'un spectacle. 


Pour accompagner l'évènement, il a logiquement ajouté le célèbre tout premier tank à la collection des 450 chars du jeu, mais aussi prévu des opérations spéciales en ligne et sorti une appli "Tank 100". "Cela permet aux joueurs de se sortir du jeu vidéo pour en apprendre encore plus sur le sujet. Si cela leur donne envie d'ouvrir un livre sur le sujet, de regarder un film… alors, c'est gagné !", s'enthousiasme le directeur de Bovington.


Vous pouvez ainsi accéder à une histoire des chars blindés depuis les plans de Leonard de Vinci au XVe siècle jusqu'au tout premier déploiement lors de la bataille de la Somme le 15 septembre 1916. Mais l'appli est également riche en expériences : visitez un char à 360° ou suivez l'engin sur le champ de bataille, contournez-le en 3D grâce à la réalité augmentée.

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