11-Septembre : pourquoi Barack Obama protège l’Arabie Saoudite ?

11-Septembre : pourquoi Barack Obama protège l’Arabie Saoudite ?

(ANTI)TERRORISME - Le Congrès américain a voté une loi permettant aux victimes du 11-Septembre de poursuivre en justice l'Arabie Saoudite. Obama y oppose son veto, par peur que la loi se retourne contre les Etats-Unis.

 Voilà bien une action qui pourrait ternir la popularité de Barack Obama. Le président américain s'apprête à opposer son veto, ce vendredi 23 septembre, à une loi du Congrès autorisant les proches des victimes des attentats du 11-Septembre à poursuivre l'Arabie Saoudite. 15 des 19 auteurs des attentats du 11-Septembre étaient des Saoudiens mais l'implication de l'Arabie Saoudite n'a jamais été démontrée.


Ce veto n'est pas simplement une protection à l'encontre d'un allié. La logique de la Maison Blanche est implacable : cette loi affaiblirait le principe d'immunité qui protège les Etats (et leurs diplomates) de poursuites judiciaires et risque, par un effet boomerang, d'exposer les Etats-Unis à des poursuites devant divers tribunaux à travers le monde.

Le Congrès rejettera sûrement son veto

A la Maison Blanche, on pense qu'il s'agit d'une "mauvaise loi", a résumé jeudi son porte-parole Josh Earnest. Et côté monarchies du Golfe, même son de cloche. Elles mettent en garde contre "un grave précédent". Déjà que les relations entre ces deux géants du monde sont tendues depuis qu'Obama a réintégré l'Iran, grand rival chiite, dans le jeu diplomatique.


Pourtant, le texte, baptisé "Justice Against Sponsors of Terrorism Act" ("Justice contre les sponsors d'actes de terrorisme") et voté le 9 septembre dernier, n'est pas encore mort. Les deux tiers des élus du Congrès pourraient décider de rejeter le veto, ce qui est fort probable, et de fait, la loi entrera en vigueur. Voilà de quoi achever la présidence Obama sur une note bien amère.

Les victimes du 11-Septembre, intouchables citoyens

Il faut dire que le sujet est des plus sensible aux Etats-Unis, pays encore traumatisé par les attentats du 11 septembre 2001. Et le 8 novembre, en même temps que le scrutin présidentiel, les Américains renouvellent une partie du Congrès. L'enjeu est donc tout aussi diplomatique qu'électoral.

Quinze années se sont écoulées, il est grand temps que justice soit rendue pour les victimes du 11-SeptembreTerry Strada, dont le mari, Tom a été tué dans la tour du World Trade Center où il travaillait

Ryad pèse de tout son poids pour empêcher cette loi de passer. Il y a plusieurs mois, un haut responsable saoudien a menacé de représailles si le texte était adopté, évoquant la vente de centaines de milliards de dollars en bons du Trésor et autres actifs américains. Mais nous l'avons vu, ce qui inquiète la Maison Blanche, c'est aussi le retour de bâton. Imaginez la porte ouverte pour les victimes de la guerre du Vietnam, d'Hiroshima et de Nagasaki, des prisons type Abou Ghraib ou Guantanamo ?


Au cas où, l'Union européenne a rappelé que l'immunité des Etats était "un pilier central du droit international", et a mis en garde contre toute dérogation à ce principe qui pourrait pousser d'autres pays à s'engouffrer dans la brèche. Les Européens auraient-ils eux aussi à l'esprit quelques moments de l'Histoire que l'on pourrait leur reprocher aujourd'hui ?

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