Arabie saoudite : un prince appelle le royaume à autoriser la conduite pour les femmes

Arabie saoudite : un prince appelle le royaume à autoriser la conduite pour les femmes

DROIT DES FEMMES - Un prince saoudien a appelé les dirigeants du royaume wahhabite à octroyer le droit de conduire aux femmes. Pour se faire entendre, Al-Walid ben Talal a évoqué "des actes injustes" et un "coût" important pour l'économie du pays.

Si la rumeur a souvent couru dans les diwaniya (les salons) de Ryad, jamais la très conservatrice dynastie saoudienne n’avait souhaité franchir le pas et autoriser les femmes à conduire. A ce jour, l’Arabie saoudite demeure donc le seul pays au monde où l’on prive les femmes de ce droit. Une restriction sexiste que le prince et milliardaire Al-Walid ben Talal aimerait voir disparaître. 


Dans un communiqué, ce moderniste, connu pour ses prises de position en faveur des femmes, a étayé les raisons pour lesquelles le royaume devrait les autoriser à prendre le volant. "Empêcher une femme de conduire est aujourd'hui une question de droit semblable à celle qui se posait quand il leur était interdit d'avoir accès à l'éducation ou d'avoir une identité à elle". Les priver de ce droit constitue selon lui, "des actes injustes" qui sont "beaucoup plus restrictifs que ce qui est légalement permis par les préceptes de la religion" musulmane. Mais si les conservateurs admettent que l’islam n’interdit pas aux femmes de conduire, certains font le lien avec la capacité qu’elles auraient à tromper leur mari ou à s’adresser à un inconnu si une roue venait à crever. Allez comprendre.

Les chauffeurs étrangers coûtent cher à l'économie saoudienne

Pour étoffer son argumentaire, Al-Walid ben Talal évoque "un coût économique" pour le pays. Le journal saoudien Al-Riyadh souligne par ailleurs que près de 800.000 chauffeurs étrangers conduisent les familles à travers le pays, soit une dépense de plusieurs milliards de dollars pour l’économie saoudienne. En moyenne, chaque famille dépense 3800 riyals (950 euros) par mois pour louer les services d’un chauffeur. A cet argument s'ajoute celui sur la baisse des réserves pétrolières nationales. En outre, octroyer le droit de conduire aux femmes constitue "une demande sociale urgente que la conjoncture économique justifie", ajoute le prince saoudien.  


Le 26 octobre 2013, une soixantaine de femmes militant pour le droit de conduire avaient défié les autorités saoudiennes. "Le 26 octobre sera un jour au cours duquel les femmes en Arabie saoudite diront qu'elles sont déterminées [...] et que cette question doit être résolue", affirmait à l'époque Manal Al Sharif, emprisonnée neuf jours en 2011 pour avoir posté une vidéo d’elle au volant. En avril dernier, le vice-prince héritier Mohammed ben Salmane, fils du roi actuel, a présenté un vaste programme pour réformer l'économie saoudienne et réduire sa consommation de pétrole. Il avait estimé qu'il revenait à la société de décider si les femmes pourraient conduire un jour. Leur condition reste très contraignante en Arabie saoudite. Car si elles n’ont pas le droit de conduire, les femmes ne peuvent pas non plus manger au restaurant ou voyager seules, ni sortir sans voile. 

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