Attentat d'Ankara : pourquoi tant de haine entre Turcs et Kurdes ?

Attentat d'Ankara : pourquoi tant de haine entre Turcs et Kurdes ?

ZOOM - La Turquie, qui accuse la guérilla kurde d'avoir perpétré l'attentat d'Ankara mercredi, a bombardé dans la nuit de jeudi à vendredi des secteurs kurdes en Syrie. L'explosion d'une voiture piégée qui a fait 28 morts témoigne du "conflit dans le conflit" qui oppose ces deux acteurs du dossier syrien. Une rancoeur vieille de près d'un siècle. Explications.

Depuis son apparition en 2011, le conflit en Syrie n'a cessé de se complexifier. Entre une liste d’acteurs s’allongeant au fil des mois et un territoire de plus en plus morcelé, de vieux démons se sont réveillés : entre la Russie et les Etats-Unis évidemment, mais aussi entre la Turquie et les Kurdes. Pour preuve, l’attentat mercredi à Ankara, planifié - selon le pouvoir - par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les Kurdes de Syrie.

Si les principaux responsables kurdes ont rejeté leur responsabilité dans la mort de 28 personnes, un groupe proches des rebelles du PKK, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), a revendiqué vendredi l'attaque suicide. Celle-ci illustre le récent emballement du conflit entre les vieux ennemis : depuis samedi, l'artillerie turque bombarde ainsi tous les jours les positions tenues par les Unités de protection du peuple (YPG), les milices kurdes de Syrie. Elle l'a à nouveau fait dans la nuit de jeudi à vendredi. De quoi faire resurgir le spectre d’un conflit vieux de trente ans, lequel a provoqué la mort de 45.000 personnes. Un conflit qui, s’il a pris la forme d’une lutte armée en 1984, trouve sa source en la chute de l’empire ottoman après la Première guerre mondiale.

Le territoire kurde morcelé entre plusieurs pays

Le Traité de Sèvres, adopté en 1920, prévoyait en effet la création d’un Etat kurde entre la province de Mossoul et l'est de l'Anatolie. C’est dans cette zone que ce peuple musulman - essentiellement sunnite - est établi, entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. L’espoir d’un Etat sera de courte durée : en 1923, Mustafa Kemal, plus connu sous le nom d’"Atatürk", est devenu l’homme fort de Turquie et le territoire kurde est morcelé entre la Turquie, l'Iran, mais aussi la France (pour la Syrie) et la Grande-Bretagne (pour l'Irak).

Malgré ce revers, les Kurdes aspirent toujours à la création de leur propre Etat, suscitant les craintes des pays dans lesquels ils sont installés. Les choses s’accélèrent en 1978 : Abdullah Ocalan fonde en Turquie le PKK, parti de tendance marxiste-léniniste, pour défendre les intérêts des Kurdes. Las, il engage la lutte armée en 1984 contre le pouvoir d’Ankara, ce dernier répliquant par une féroce répression. Dix ans plus tard, l’armée turque ira même jusqu’en Irak pour lutter contre l’armée du PKK, contraignant à l’exil 2 à 3 millions d’individus.

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La crainte d'un territoire autonome

En 1999, Ankara parvient à mettre la main sur Abdullah Ocalan. Son leader emprisonné, la fin du PKK n’est plus qu’une question de temps, estime la Turquie. Sauf que depuis sa cellule, le visage de la révolte kurde dirige encore son mouvement : cessez le feu, campagne pour une autonomie politique au sein de la Turquie et non un Etat indépendant... En 2012, le dialogue reprend enfin avec Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre turc. Des pourparlers de paix se déroulent, aboutissant à un cessez-le-feu.

Celui-ci tiendra jusqu’à ce que le conflit syrien s’embourbe : Le Parti de l'union démocratique (PYD) et sa milice des Unités de protection du peuple (YPG) ont profité ces derniers jours de l'offensive lancée par l'armée du régime de Damas, soutenue par l'aviation russe, autour d'Alep pour prendre le contrôle de plusieurs secteurs auparavant tenus par les rebelles syriens. La Turquie redoute désormais que les Kurdes des YPG, qui contrôlent déjà une grande partie du nord de la Syrie, n'étendent leur influence à la quasi-totalité de sa zone frontalière et y déclarent l'autonomie. Comme un retour à la case départ.

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