Au fait, pourquoi l'URSS a-t-elle finalement perdu la conquête de la Lune ?

Au fait, pourquoi l'URSS a-t-elle finalement perdu la conquête de la Lune ?

ESPACE - Il y a tout juste 50 ans ce mercredi, une sonde soviétique se posait sur la Lune. Trois ans avant que Neil Armstrong ne pose son pied sur le satellite naturel de la Terre, l'URSS domine la conquête spatiale. Pourtant, malgré leur avance, les Soviétiques ne remporteront pas cette victoire hautement symbolique. Pour quelles raisons ? Flashback.

La guerre par procuration. A l'heure où le monde s'inquiète d'un conflit nucléaire entre les deux superpuissances de l'époque, l'opposition entre les Etats-Unis et la Russie prend surtout la forme d'une compétition scientifique, dans l'armement bien sûr, mais également et surtout dans l’aérospatial. A l'aube des années 1960, les Soviétiques possèdent dans ce domaine une longueur d'avance sur leur ennemi juré. Après la première mise sur orbite du désormais célèbre Spoutnik, le 4 octobre 1957, le pilote de chasse soviétique Youri Gagarine devient le premier homme dans l'espace. A bord de de la capsule Vostok 1, le 12 avril 1961, le cosmonaute de 27 ans réalise le tour de la Terre à une altitude moyenne de 250 km. Ce nouvel exploit consacre la suprématie soviétique dans la conquête de l'espace.

Une semaine plus tard, sur le plan politique cette fois, s'achève pour les Américains le fiasco cubain de la Baie des cochons. Pour le président Kennedy, c'en est trop. Le 20 avril, "il demande à Johnson, son vice-président, également en charge des affaires spatiales : comment peut-on battre les Russes ?", raconte à metronews Jacques Villain*, historien de la conquête spatiale. Il n'y a qu'une chose à faire, lui répond Johnson, c'est d'aller sur la Lune". L'annonce de ce projet fou est officiellement faite par JFK, le 25 mai, devant le Congrès. Le programme Apollo est lancé.

Septiques...

Mais les Américains partent de loin et les succès soviétiques s'accumulent dans la première moitié des années 1960. Le 18 mars 1965, Alekseï Leonov effectue une première sortie dans l'espace. Puis, le 3 février 1966, soit il y a cinquante ans jour pour jour, la sonde Luna 9 se pose pour la première fois sur le sol lunaire. Encore une fois, les Américains ratent de peu la première place, faisant alunir Surveyor 1 quatre mois plus tard.


Mais bientôt la chance de l'URSS va tourner. En réalité, si les Soviétiques disposent depuis plusieurs années d'un propulseur très performant doté d'une poussée considérable, le moteur américain F1, en développement depuis 1959, donne de réels motifs d'espoir à la Nasa. Surtout, les Soviétiques, à commencer par Khrouchtchev, ne croient pas les Américains capables d'envoyer un homme sur la Lune. En conséquence, ils attendront 1964 et la sortie des premières fusées américaines Saturn pour lancer leur programme concurrent avec l'objectif de réaliser en trois ans ce que les Américains ont prévu de faire en dix.

..., les Soviétiques se dispersent

"A cela s'ajoutent des luttes internes au sein des programmes spatiaux soviétiques. Deux projets sont en effet menés de front : l'un de contournement de la Lune et l'autre de débarquement sur la lune", nous éclaire Jacques Villain. Des projets particulièrement onéreux "qui dispersent les efforts soviétiques", notamment depuis la mort, en 1966, de Sergueï Korolev, le père des premiers exploits astronautiques soviétiques, en charge du projet de débarquement sur le satellite de la Terre. Moscou mettra notamment six mois à lui désigner un successeur dans un calendrier déjà serré.

Pendant ce temps, les Etats-Unis rattrapent leur retard. Fin 1968, notamment, la mission Apollo 8 sera un succès avec des images tournées par les astronautes américains qui feront le tour du monde. Le 21 juillet 1969, Neil Amstrong, qui avec Edwin "Buzz" Aldrin et Michael Collins ont pris place à bord du vaisseau Apollo 11, pose le premier et en mondiovision, son pied sur la Lune. Et éclipse en une foulée les nombreux exploits passés de l'ennemi soviétique...

*Jacques Villain est notamment l'auteur de "Irons-nous vraiment un jour sur Mars ?", aux éditions Vuibert (2011).

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